Beulin-Pinatel : deux visions de l’agriculture, interviews croisées

8 juillet 2014 / Marie Astier (Reporterre)



L’un est président d’un groupe agro-industriel qui pèse sept milliards de chiffre d’affaires, l’autre est paysan dans la Loire. L’un veut une agriculture compétitive et exportatrice, l’autre défend une agriculture paysanne basée sur l’autonomie. Entre les représentants des deux syndicats agricoles français, deux visions de l’agriculture s’affrontent. Alors que la loi sur l’agriculture est discutée au Parlement, entretien croisé avec Xavier Beulin et Laurent Pinatel.


"Il passe de temps en temps le dimanche"

Xavier Beulin est souvent décrit comme un agrobusinessman, il n’aime pas cela et répète qu’il est agriculteur avant tout. La rédaction de Reporterre s’est donc mis dans la tête de rencontrer le président du premier syndicat agricole français (FNSEA, Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles) sur son tracteur...

Elle a même tenté un coup de fil sur sa ferme, cinq cents hectares à Trainou dans le Loiret, exploités en céréales et oléagineux avec son frère et deux de ses cousins. "Il passe de temps en temps le dimanche" nous a répondu sa belle-sœur.

Quant au service communication de la FNSEA, il dit que c’est impossible : "Ce n’est pas à l’ordre du jour pour l’instant", et puis les co-gérants de l’exploitation ne seraient pas d’accord...

Alors, finalement, Reporterre a accepté une interview sur ce qui semble être son principal lieu de travail : son bureau au siège de la FNSEA, dans le 8e arrondissement de Paris.


- Xavier Beulin -

Les pas résonnent dans le hall immense, l’hôtesse d’accueil appelle la secrétaire. C’est un attaché de presse qui vient nous chercher. Le bureau est spacieux et dépouillé, mis à part la table de travail recouverte de livres. Avec sa chemise blanche et ses ongles bien propres, le président du principal syndicat agricole a effectivement des airs de PDG. Mais montera-t-il sur son tracteur à l’occasion de la moisson du blé qui arrive ? "Ah, j’espère avoir le temps !" répond-t-il dans un soupir.

En tracteur et en retard

Laurent Pinatel, lui, est bien arrivé en tracteur, et en retard. Rendez-vous sur sa ferme à Saint-Genest-Lerpt, dans la Loire. Il devait venir nous chercher à la gare de Saint-Etienne, mais a finalement dépêché son père à sa place. Il n’a pas eu le temps, devant aller chercher du foin pour ses seize vaches allaitantes et quarante vaches laitières.

Il exploite sa ferme avec sa sœur, un employé et un apprenti. "On a terminé notre conversion en bio en 2013, explique-t-il. Depuis, on a moins de vaches mais plus de transformation." Une partie du lait sert à fabriquer des yaourts et du lait cru sur place. Avec la viande, ces produits sont vendus en priorité en local, dans les AMAP, les cantines scolaires et les commerces du coin.

Quand il est devenu porte-parole de la Confédération Paysanne il y a un peu plus d’un an, l’agriculteur a passé un contrat avec son syndicat : "Ils ne me payent pas, je suis bénévole, mais ils rémunèrent un salarié qui me remplace trois jours par semaine sur la ferme." Le lundi et le vendredi, il est dans la Loire ; du mardi au jeudi, il est à Paris.

Au début, ses collègues de la capitale trouvaient qu’il travaillait trop. "Puis finalement ils ont compris que pour bien assumer ma fonction, défendre les paysans, il fallait que je conserve mon activité agricole", raconte-t-il.


- Laurent Pinatel -

L’agriculture française doit-elle être compétitive et exportatrice ?

Xavier Beulin, lui, a délaissé ses champs pour ses mandats. Il en cumule une douzaine : administrateur au Crédit Agricole, vice-président de la Copa-Cogeca (syndicat agricole européen), président du Conseil économique et social régional du Centre, président de l’Alliance européenne des oléo-protéagineux, président du Grand port maritime de La Rochelle, etc.

Mais surtout, il préside Sofiprotéol, gigantesque groupe agro-industriel qui réunit les acteurs de la filière des oléo-protéagineux, des producteurs aux transformateurs, en passant par la recherche et la commercialisation.

Il affiche sept milliards de chiffre d’affaires pour 2013. Parmi ses filiales on compte Lesieur, premier français des huiles végétales, Diester Industrie, leader sur le biodiesel ou encore Glon Sander, lui aussi leader dans la nutrition des animaux d’élevage.

L’agroalimentaire, ça "pèze"...

Est-ce un modèle de développement pour l’agriculture française selon lui ? Il paraît presque flatté de la question : "Je n’aurai pas la prétention de dire ça. Mais c’est un exemple de construction de filière gagnant-gagnant : pour le producteur, l’industrie et le consommateur."

Les activités de son groupe résument bien sa vision de l’agriculture française : exportatrice, compétitive, classée parmi les premières au niveau mondial. "Avec l’agro-alimentaire, l’agriculture c’est un secteur qui pèse 3,5 millions d’emplois, qui a un chiffre d’affaires cumulé de 220 à 240 milliards d’euros par an et qui pèse 12 milliards nets d’exportation", se plaît-il à rappeler.

Il s’inquiète "d’une situation qui n’est plus tenable dans ce pays qui est la perte de compétitivité de l’agriculture française." Il accuse d’abord "les charges sociales qui pèsent énormément sur la compétitivité coût."

Mais surtout, "c’est la compétitivité hors coût que nous voulons absolument dénoncer. La règlementation française est excessive. Ça grogne vraiment chez les agriculteurs", affirme-t-il en tant que porte-parole des campagnes.

Le discours colle parfaitement aux revendications de beaucoup de patrons français : trop de charges, trop de normes. La FNSEA a d’ailleurs participé au "cri d’alarme" lancé par huit organisations patronales à l’exécutif le 29 juin dernier dans le Journal du dimanche.

Un déjeuner avec Hollande, et les arbitrages changent en sa faveur...

Xavier Beulin est donc un patron plus qu’un agriculteur qui, selon Laurent Pinatel, a l’oreille de l’exécutif : « Sur la politique agricole commune, tout le monde a été consulté, dit le porte-parole de la Confédération paysanne. Puis la veille des annonces, Beulin a déjeuné avec François Hollande. Le lendemain, les arbitrages avaient changé, avec beaucoup moins d’aides aux mesures agro-environnementales et aux petites exploitations.

Xavier Beulin est invité à manger à l’Elysée et pas nous ! François Hollande l’a même emmené en Turquie pour gagner des parts de marché. Donc je pense que le poids de la FNSEA est réel », estime-t-il. François Hollande aussi est d’ailleurs venu chez Xavier Beulin, à l’occasion des 30 ans de Sofiprotéol.

Un empire omniprésent

Même chez les agriculteurs, échapper à l’empire Beulin est un challenge : il fournit les aliments pour le bétail et son biocarburant coule dans les réservoirs de presque tous les tracteurs français. "Il est présent dans le gasoil à hauteur de 7 %, explique Laurent Pinatel. Mais j’en ai trouvé avec 0 % de biodiesel, comme cela je ne finance pas la FNSEA !"


- Laurent Pinatel -

Quant au terme de "compétitivité" cher à son adversaire : "Oui bien sûr, l’agriculture paysanne doit être compétitive, avoir une efficacité économique. Mais il faut revoir la définition de la compétitivité. Est-ce une agriculture industrielle qui pollue dont les coûts sont supportés par la collectivité ? Pour nous une agriculture compétitive doit créer de l’emploi et de la valeur ajoutée. Or aujourd’hui, quand on parle d’exportation on est sur du volume."

Alors, l’agriculture française doit-elle exporter ? "On s’est posé la question, reconnaît le porte-parole de la Confédération paysanne. Si vous produisez du lait bas de gamme pour exporter du lait en poudre, vous créez peu d’emplois. En revanche avec un fromage haut de gamme, là, oui. Donc on est pour l’exportation des produits à forte valeur ajoutée, si au préalable la souveraineté alimentaire est assurée."

Autre avantage de cette position, "quand on vend du haut de gamme on n’entre pas en concurrence avec l’agriculture des pays vers lesquels on exporte."

"L’agro-écologie", qu’est-ce que c’est pour vous ?

Pour Beulin, le son de cloche est totalement différent. Le projet du ministre de l’agriculture Stéphane Le Foll de "faire de la France le leader de l’agro-écologie" laisse Xavier Beulin perplexe : "La difficulté c’est que certains entendent par agro-écologie une sorte de décroissance de l’agriculture, de retour à une agriculture du passé. Il faut que ce soit au contraire synonyme d’agriculture moderne, progressiste, j’espère que c’est bien cela dans la tête du ministre. Si cela veut dire produire plus et produire mieux, on est en phase."

Le projet de loi d’avenir pour l’agriculture, l’alimentation et la forêt, qui entame son deuxième passage devant les députés ce lundi 7 juillet, ne le réjouit pas plus. Le Président de la FNSEA y trouve trop d’environnement et pas assez de compétitivité :

"Sur le temps que j’y consacre, l’environnement c’est le sujet numéro un. C’est terrible. Je ne vais pas dire que je le regrette. Mais j’aimerais de temps en temps qu’on remette l’économie au même niveau."

Ne pense-t-il pas que l’agriculture a connu certains excès, tué les sols à coups de pesticides et pollué les nappes phréatiques au nom du productivisme ? « Ça ne veut rien dire productiviste ! Ce terme là je le réfute. On est dans une agriculture qui cherche à optimiser », s’emporte-t-il.

Avant de reprendre : « Je ne conteste pas qu’il y a eu pendant une vingtaine d’années des connaissances insuffisantes parce que la commande publique c’était : il faut produire, mais on est sortis de ce cycle là aujourd’hui. Et puis des excès il y en a eu partout, dans les usines aussi. »

Pour lui l’avenir de l’agro-écologie passe par l’économie circulaire, avec « une nouvelle relation entre animal et végétal ». Les céréales nourrissent les animaux, qui produisent des effluents. Ceux-ci alimentent des méthaniseurs qui produisent à la fois de l’énergie et un digestat, un fertilisant riche en minéraux épandus dans les champs. La boucle est bouclée.

Quant aux OGM, oui, "c’est aussi une piste. (...)" Xavier Beulin est connu comme un ardent défenseur des biotechnologies : "Ce que je déplore pour un pays qui a inventé le vaccin contre la rage, c’est qu’on ne se pose pas la question : ’Est-ce que ça peut être utile ou pas pour faire progresser l’agriculture ?’ "

Un discours qui ne change rien au fond

A la Confédération Paysanne, Laurent Pinatel reconnaît qu’on y a presque cru aux ambitions agro-écologiques du ministre : "Le discours est super séduisant, on parle enfin de changer de modèle agricole ! Les mesures sur les pesticides, par exemple, avec l’obligation d’épandre de nuit pour ne pas toucher les abeilles, ou les limitations autour des habitations indiquent que Stéphane Le Foll veut changer les pratiques."

Mais impossible d’être vraiment enthousiaste, "car en même temps on continue de nous vendre que le modèle productiviste peut apporter de la croissance et qu’il faut continuer d’exporter. (...) Je pense que Hollande défend une idée du modèle agricole proche de celle de Beulin."

A l’opposé, le porte-parole des paysans travailleurs estime que "l’agroécologie doit permettre aux paysans de produire là où ils sont. L’agriculture paysanne est basée sur l’autonomie. On doit pouvoir décider de comment on oriente sa ferme et si le marché est limité, on n’est pas obligé de produire beaucoup."


- L’étable de Laurent Pinatel. -

PAC : 80 % de aides vers 20 % des exploitations

Il dénonce le système actuel, vérouillé par la Politique agricole commune (PAC) de l’Union européenne : "Aujourd’hui c’est la PAC qui décide de ce qu’un agriculteur va semer dans son champ. Les paysans sont plus victimes d’un système que coupables. Ils sont coincés. Il faut adapter l’agriculture au climat, pas aux primes PAC, pour obtenir des produits de meilleure qualité, avec moins de pesticides et plus de goût."

Pour lui, la PAC peut choisir de réorienter le système. Chaque année elle reverse 9,1 milliards d’euros aux agriculteurs français. Aujourd’hui, 80 % des aides vont vers 20 % des exploitations, majoritairement situées dans les grandes plaines céréalières. "Il y a une agriculture prédatrice, qui prend à l’agriculture paysanne", dénonce Laurent Pinatel.

La Confédération paysanne propose de donner ces aides plutôt en fonction de critères environnementaux et du nombre d’emplois sur l’exploitation, afin de favoriser les petites fermes. "Stéphane Le Foll dit que les deux modèles peuvent cohabiter. Nous on dit que ça ne peut pas. Il y a un moment où il faut prendre l’argent aux uns pour donner aux autres."

Les pesticides, comment on réduit ?

Pour la FNSEA, depuis quelques semaines, c’est devenu le symbole des contraintes qui pèsent sur les agriculteurs. Le gouvernement a introduit dans la loi d’avenir pour l’agriculture la possibilité de limiter les pulvérisations de pesticides près des "lieux sensibles" : par exemple les écoles, les crèches ou les maisons de retraite.

"Si on devait pratiquer toute interdiction à moins de 200 mètres des habitations, ce serait la catastrophe !, s’insurge Xavier Beulin. Ça veut dire qu’un tiers des surfaces agricoles de France, je ne sais pas ce qu’on fait dessus... Mais pas grand chose !"

Plutôt que des restrictions, Xavier Beulin prône des "bonnes pratiques". A travers la formations des agriculteurs d’abord : "Il existe maintenant des certi-phytos, c’est comme le permis de conduire mais pour les pesticides." Et puis les technologies permettront de réduire les doses, "comme avec les appareils ’anti-dérive’, pour que le produit soit bien pulvérisé sur le sol et pas ailleurs", détaille le patron de la FNSEA.

"La bonne dose au bon moment au bon endroit"

"On est entré aujourd’hui dans une agriculture raisonnée, avec la bonne dose au bon moment et au bon endroit, poursuit-il. Quand vous êtes malade, vous allez vous soigner. Quand une plante est malade, il faut aussi la soigner. Cela ne veut pas dire pour autant qu’on est en train d’empoisonner le voisinage, il faut sortir de tout ça."

Mais impossible selon lui de se passer de pesticides car ils servent à "pallier ce que la nature ne nous a pas apporté". Il prend pour exemple sa propre exploitation : "En 2011, le printemps était très sec, très sain, on n’a pas eu besoin de traiter. Moins 25.000 euros de consommation de produits phytosanitaires. Ces années là je suis heureux ! Mais en 2012 on a eu un printemps pourri, dans ce cas là on fait quoi, on laisse crever ?"

De plus en plus de maladies chez les agriculteurs

"Mais de plus en plus d’agriculteurs ont des maladies neurologiques et hormonales ! , s’inquiète Laurent Pinatel. Donc il faut trouver comment faire une agriculture moins dépendante des pesticides, tout le monde le dit."

Le bio, peut-être une partie de la solution : "De plus en plus d’agriculteurs font le pas, cela fait tâche d’huile. Mais est-ce que tout le monde peut faire du bio ? Je ne crois pas. Nous, à la ferme, on a décidé de faire plus de transformation, c’est un choix. Mais on ne peut pas embarquer tout le monde dans la vente directe."

La clé, c’est une transition douce. Comme sur sa ferme. "On a d’abord supprimé les pesticides, puis les engrais, puis on s’est mis à soigner les vaches à l’homéopathie", détaille-t-il.

La ferme des Mille vaches, qu’en pensez-vous ?


- Salle de traite de la ferme-usine des mille vaches -

A la FNSEA, la question semble mettre mal à l’aise. Pas question de condamner le projet, pas question de le soutenir non plus. "Ce n’est pas notre modèle de développement, répond sèchement le Président. Après, qu’il y en ait une, ce n’est pas cela qui me gêne. (...) Sortons de notre nombrilisme franco-français, je vois des étables de 2000 à 3000 vaches partout en Europe. (...) On est dans une économie ouverte en France. Les exploitations sont soumises à des réglementations dont on ne peut imaginer l’ampleur. Quand on est au bout de multiples recours comme ici, c’est que c’est viable."

Mais à l’écouter, le modèle des exploitations laitières aujourd’hui en France n’est pas le bon non plus : "Si je fais un petit benchmark européen, l’exploitation moyenne laitière c’est 80 à 100 vaches contre 50, voire plutôt un peu moins, en France. Là on va sortir des quotas laitiers. Donc il ne faut pas décrocher par rapport à nos concurrents européens !"

La demande est là, soutient-il : "On a trois projets d’investissements chinois pour faire du lait en poudre." Il faut donc agrandir les exploitations laitières françaises, pour gagner là encore en "compétitivité". Mais, "c’est très compliqué, déplore-t-il. C’est déjà lourd financièrement, mais alors les tracasseries administratives..."

Le symbole de "tout ce qu’on ne veut pas"

Pour la Confédération paysanne, la ferme-usine des Mille vaches est devenue le principal dossier du moment, le symbole "de tout ce qu’on ne veut pas. On a déjà perdu l’amont avec les semences, l’aval avec la transformation, et avec ce modèle on perd la production !"

La liste des raisons de s’opposer au projet est longue : "Ce projet accapare des terres alors qu’il y a plein de jeunes qui souhaitent s’installer. Il industrialise l’agriculture : allez voir les bâtiments, physiquement c’est une usine. La production alimentaire est un sous-produit de la production de l’énergie, car c’est le méthaniseur qui rapportera de l’argent.

Il précarise l’emploi, il paraît que le promoteur M.Ramery serait en contrat avec une société roumaine. Il aura un impact environnemental car la méthanisation se fera avec 50 % de boues de stations d’épuration, de déchets verts et d’ordures ménagères et cela sera ensuite épandu sur les 3.000 hectares de terre, etc., etc."

Répression et connivences

Surtout, le porte-parole de la Confédération paysanne s’interroge sur la "répression syndicale, tellement violente, à laquelle on fait face. Il y a forcément quelque chose derrière". Après la dernière action du syndicat, Laurent Pinatel a passé deux jours en garde à vue, Reporterre a largement raconté les évènements.

Xavier Beulin aurait des liens avec Michel Ramery, à l’origine du projet. "C’est Sofiprotéol qui va fournir le tourteau pour nourrir les mille vaches", avance Laurent Pinatel. Mais les liens iraient encore plus loin : "Ramery et Beulin auraient des maisons dans le même village au Sénégal." Et selon lui, même François Hollande aurait fait un tour dans ce fameux village. L’information reste à vérifier, mais "il serait allé se reposer dans une maison au Sénégal..."

Autant d’informations vivement contestées par Xavier Beulin. "Non, ce n’est pas Sofiprotéol qui va fournir les aliments des animaux. On est plusieurs sur le marché. Je ne connais pas bien le fonctionnement de cette exploitation."

Quant à Michel Ramery, "on s’est croisé une seule fois il y a plusieurs années, il souhaitait me parler de son projet." Quant à la maison au Sénégal, "je suis en procès contre les auteurs de cette diffamation ! La coordination rurale du Gers, un syndicat minoritaire a soutenu que j’ai une exploitation laitière au Sénégal et vend du lait à vil prix !"

Enfin, que pense-t-il des deux jours de garde à vue de Laurent Pinatel ? "Je n’ai pas d’avis sur la question, c’est une affaire juridique. Mais d’un point de vue syndical, c’est vrai que je ne suis pas satisfait qu’un syndicaliste puisse se retrouver en garde à vue de cette manière."

Pour vous, qu’est-ce qu’un agriculteur ?

Encore une fois, pas question d’accepter le terme d’agrobusinessman, "cela me fait penser à des investisseurs qui n’ont rien à voir avec l’agriculture et qui mettent leur fric dans la culture", s’emporte Xavier Beulin.

"Par contre chef d’entreprise ça je veux bien. Parce qu’un agriculteur même s’il est sur une exploitation de vingt-cinq hectares avec une très haute valeur ajoutée et trois salariés, c’est un chef d’entreprise."

Il souhaiterait que la loi d’avenir agricole définisse mieux le statut d’agriculteur : "C’est quelqu’un qui doit être responsable de son entreprise, en détenir une partie majoritaire du capital, et qui doit être formé. On est plutôt sur un modèle de type familial, à taille humaine, et c’est ce qu’on veut conserver... Mais des capitaux extérieurs à l’agriculture qui viennent y investir, ça, niet."


- La ferme de Laurent Pinatel. -

Chef d’entreprise Vs paysan

Un terme qui ne convient pas à Laurent Pinatel. "Quand les jeunes agriculteurs me disent qu’ils sont des chefs d’entreprise je leur réponds qu’il n’y en a pas un seul qui accepterait d’investir autant pour gagner le SMIC."

Il conteste la tendance à l’agrandissement des fermes, lui-même a fait le choix de ne plus agrandir son exploitation : "Un jour, Xavier Beulin nous a dit que quelqu’un avec dix hectares et dix biquettes, ce n’est pas un agriculteur. Et bien dans mon département la présidente de la Confédération paysanne a neuf hectares, vingt-cinq chèvres, et une qualité de vie que bien des agriculteurs lui envient !"

Le porte parole de la Confédération paysanne défend logiquement le terme de paysan. "Ça vient de pays, donc un paysan il doit d’abord produire pour le pays. Mais pas n’importe comment, donc il doit aussi le préserver : son eau, son sol, ses paysages. Puis il doit employer le pays, d’abord en créant son propre emploi et peut-être d’autres."




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Source : Marie Astier pour Reporterre

Photos :
. Xavier Beulin : FNSEA
. Laurent Pinatel et sa ferme : Marie Astier
. Portrait rapproché de Laurent Pinatel et salle de traite : Hervé Kempf

Lire aussi : La loi agricole fait quelques pas vers une agriculture moins polluante


Cet article a été rédigé par une journaliste professionnelle et a entrainé des frais. Merci de soutenir Reporterre :

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