Business, béton et démesure : notre arrivée à Dubaï
La ville de Dubaï, où se tient la COP28, sommet mondial pour le climat, est parsemée de gratte-ciel. - Flickr / CC BY-ND 2.0 Deed / Michaela Loheit
La ville de Dubaï, où se tient la COP28, sommet mondial pour le climat, est parsemée de gratte-ciel. - Flickr / CC BY-ND 2.0 Deed / Michaela Loheit
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Aller à Dubaï, aux Émirats arabes unis, c’est entrer dans le monde de l’industrie pétrolière, de la bagnole triomphante, de la débauche énergétique. Notre journaliste raconte son arrivée dans la cité hôtesse de la COP28.
Dubaï (Émirats arabes unis), reportage
Après avoir pénétré l’espace aérien iranien, le bon gros A380 vire légèrement sur l’aile tribord. En douceur, le géant des airs se place sur l’axe qui le mènera à Dubaï. En attendant, le soleil s’écroule vers l’ouest.
Le sol commence à se tapisser de myriades de lumières. Des villages et des villes pense-t-on. Curieusement, ces points lumineux apparaissent plus brillants et presque dansants. Ils percent sans peine le crépuscule, vous défiant presque à travers le hublot. Ce sont des torchères. De tout son long, le littoral iranien est illuminé par ces gigantesques flambeaux où les pétroliers consument le gaz qu’ils ont séparé du pétrole. Bienvenue dans les pays de l’or noir.
À mesure que l’Airbus amorce sa descente, les torchères se font plus brillantes. En voilà même une sacrée équipe : nous survolons probablement la raffinerie de l’île de la perle perdue, la septième plus importante installation de ce type en Iran.
Concert de spots multicolores
Au-dessus du golfe arabo-persique, à quelques dizaines de milles nautiques de notre destination, une cinquantaine de navires de pêche sont en action. Vestiges de ce qui fut l’une des activités les plus prospères des Émirats arabes unis, ils illuminent de leurs lamparos les eaux noires, bien moins fertiles qu’avant l’exploitation du pétrole.
Le gros porteur ralentit sa course. Et déjà apparaît Dubaï. Très vite, se dessinent les façades profilées des gratte-ciel. Contrastant avec la lumière vive et jaune de la mégapole, les nombreuses autoroutes urbaines (embouteillées en ce début de soirée) balafrent la cité de leur lame rouge ou blanche selon l’axe de la circulation.
L’avion se pose. Apparaissent les façades ultramodernes de Matar Dubaï el Dawlyy, l’aéroport international de Dubaï, siège d’Emirates, l’une des plus puissantes compagnies aériennes du moment.
À l’intérieur, c’est le faste ! Vitrée, la plateforme de débarquement surplombe le hall d’arrivée de plusieurs dizaines de mètres. Les étages supérieurs sont, apparemment, soutenus par des piliers tout de métal argenté revêtus. En se laissant guider vers le sol par un escalator sans fin, vous traversez presque un mur d’eau mis en lumière par un concert de spots multicolores. Moyennant la lecture par un scanner de votre passeport et un joli sourire à la caméra biométrique, vous pourrez pénétrer dans le hall d’accueil. Espoir déçu. Pas une de ces caméras high-tech ne fonctionne. Les policiers aux frontières nous ont fait un accueil plus efficace.
L’aéroport est connecté par la ligne rouge du métro dubaïote au site de l’Expo 2020, où les tentes de la COP28 ont été dressées. Je m’engouffre dans le wagon le moins bondé. Mauvaise pioche, c’est celui réservé aux femmes. Un mastard (le contrôleur du train) ne tarde pas à m’en expulser.
Le piéton n’existe pas
Je descends à la station Al Khail. Nettoyée jour et nuit, elle est proprissime. Dehors, dans ce parking déserté, planté de quelques arbres (les seuls que j’ai vus cette nuit-là) l’air marin m’enveloppe. Chaud, poisseux, iodé, il est le seul élément de naturalité que j’ai perçu depuis mon arrivée.
Face à moi, l’université américaine : une sorte de fortin d’architecture vaguement ottomane. L’espace lui est disputé par les gratte-ciels, tous plus hauts les uns que les autres. Dans ceux qui ne sont pas achevés, les travaux se poursuivent parfois. Ils semblent être bâtis par des entreprises chinoises.
Dans les rues, pas âme qui vive. D’ailleurs, aux yeux des automobilistes, le piéton n’existe pas. À mesure que je me rapproche du front de mer, les trottoirs s’élargissent. Quelques arpents de pistes cyclables et « trottinettables » ont été construits.
Direction le 65e étage
J’arrive devant la tour où se niche l’appartement qui m’abritera durant la quinzaine. Destination le soixante-cinquième étage. Le logement est, comme l’aéroport, moderne et kitsch. Dans le salon, le mur est flanqué d’un écran noir gigantesque dont les fils pendouillent lamentablement. Grand comme une carte à jouer, le balcon vous fait plonger sur le port.
À perte de vue, des vedettes, des yachts, des buildings, de futurs gratte-ciel en construction. Vous n’entendez pas le son de la ville, mais le bruit des systèmes de climatisation, perchés sur les toits des immeubles les moins élevés. Métropole de 3 millions d’âmes, Dubaï a déjà préparé l’après-pétrole. Il sera fait de business, de tourisme, de shopping, d’extravagance et d’industrie propre, bien sûr. L’écologie n’est pas arrivée à bon port. Ah si ! Sur le trajet, j’ai vu de grandes affiches annonçant la tenue de la COP28. Sponsorisées par un constructeur auto.