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COP28

Le pétrole, l’un des enjeux de la COP à Dubaï

La présidence émiratie de la COP28 veut transformer la finance, soit inciter les investisseurs privés à placer leurs capitaux dans des projets proclimat.

La COP28, qui se tient jusqu’au 12 décembre à Dubaï, pourrait contribuer à réduire nos consommations d’énergies fossiles. Mais rien n’est encore acquis. Reporterre vous détaille tous les enjeux de ce sommet sur le climat.

Les sommets climatiques de l’ONU ont ceci de particulier : chaque participant ou presque y a son agenda propre. À Dubaï, sans surprise, les enjeux énergétiques seront au cœur des échanges.

Sultan Al Jaber, le patron de la COP, est aussi ministre de l’Industrie de son pays et PDG d’Adnoc, la compagnie pétrolière émiratie, dotée des onzièmes réserves d’hydrocarbures du monde. Désormais acquis à la nécessité de sortir des énergies fossiles (ce qui n’était pas le cas au début de son mandat), Sultan Al Jaber milite pour un triplement de la capacité de production mondiale d’énergies renouvelables et le doublement du rythme — mondial toujours — d’amélioration de l’efficacité énergétique. Mais, très active depuis janvier, la présidence émiratie de la COP28 a d’autres priorités.

Lire aussi : Quel rôle va jouer la COP de Dubaï ?

Après avoir rencontré beaucoup de ses confrères pétrogaziers, l’ancien patron des négociateurs émiratis espère obtenir des compagnies des engagements forts : une baisse de moitié de leurs émissions sur les scopes 1 et 2 (un objectif qui pèse sur 10 % de leur bilan carbone) et la fin des fuites de méthane. De quoi embarquer l’industrie pétrogazière dans la lutte contre le réchauffement sans trop rogner sur ses marges.

Sultan Al Jaber n’oublie pas qu’à l’issue de la COP26 de Glasgow, 196 gouvernements s’étaient entendus pour engager le secteur de la production d’électricité dans un début de décarbonation. Il devrait proposer qu’une échéance soit fixée pour interdire les centrales à charbon dépourvues de système de captage de CO2. Un objectif mondial de captage de carbone est également à l’ordre du jour. Ceci pouvant être conjugué avec le développement de « solutions basées sur la nature ».

Achat et revente de crédits carbone

Dans l’esprit d’un dirigeant de compagnie pétrogazière, cela signifie stockage du carbone par les forêts et les mangroves. Un sujet sur lequel les Émirats arabes unis sont très actifs. Dirigée par un membre de la famille princière émiratie, la société Blue Carbon achète des forêts tropicales par millions d’hectares pour générer des crédits carbone qu’elle compte revendre avec profit.

Enfin, la présidence émiratie veut aussi transformer la finance. Traduction : construire un paysage incitant les investisseurs privés à placer leurs capitaux dans des projets proclimat, notamment d’adaptation. Il y a effectivement beaucoup à faire. Selon les dernières estimations de la Climate Policy Initiative, la totalité des 611 milliards de dollars (557 milliards d’euros) consacrés par le secteur privé au climat, entre 2021 et 2022, ont financé la construction d’infrastructures, de centrales électriques et de systèmes de transport décarbonés.

Un objectif de captage de carbone est à l’ordre du jour. Ceci pouvant être conjugué avec le développement de «  solutions basées sur la nature  ». Les dirigeants de compagnie pétrogazière se lancent donc dans l’achat de forêts afin de pouvoir stocker du carbone. © Mathieu Génon / Reporterre

Pour le secrétariat général de la convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC), la quinzaine de Dubaï sera aussi l’occasion de faire avancer les dossiers laissés en suspens après la clôture de la COP27, le 18 novembre 2022. Et ils sont nombreux.

Qui paiera les « pertes et dommages » ?

Tout d’abord, l’avenir du fond pour les « pertes et dommages ». Ouvert à la surprise générale lors de la COP27 de Sharm-el-Sheikh, ce fonds en devenir est censé aider les nations pauvres touchées par le changement climatique. Il serait abondé par les pays qui ont contribué au réchauffement actuel, il s’agit essentiellement des pays de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économique). Trois questions étaient au cœur de la réunion internationale convoquée les 3 et 4 novembre derniers par la présidence émiratie de la COP :

  • Qui paiera ?
  • Qui bénéficiera de cette manne ? Officiellement considérée comme un pays en développement, la Chine pourrait prétendre aux aides distribuées par le Fonds sur les pertes et dommages ;
  • Sous quelle forme cet argent sera-t-il distribué : prêts, subventions ou dons ? Les négociateurs ont convenu d’abriter temporairement ledit fonds au sein de la Banque mondiale. Pour le reste, les tractations restent ouvertes.

L’avenir du Fonds vert pour le climat (FVC) va également être abordé. Créé par la COP de Cancún de 2010, cet autre véhicule financier soutient les projets d’adaptation des nations les plus modestes. Achevée il y a quelques semaines, sa dernière levée de fonds (2024-2027) a été boudée par les gouvernements. Seuls 9,3 milliards de dollars (8,5 milliards d’euros) ont été promis par les pays riches : 6 % de moins que pour la période 2020-20232. Mafalda Duarte, l’économiste portugaise qui dirige le FVC, demande 50 milliards de dollars (46 milliards d’euros) pour le reste de la décennie. Là encore, la COP28 devra débloquer cette situation.

À la COP27, en Égypte. La question des pertes et dommages est au cœur des débats. @FannyPetitbon / Twitter

Dans la même veine, la COP28 devra faire progresser la réflexion sur l’aide financière post-2025. En 2009, à l’issue de la COP de Copenhague, les pays les plus industrialisés avaient promis d’allouer 100 milliards de dollars par an aux pays les plus vulnérables jusqu’en 2025. Promesse loin d’avoir été tenue. Ce qui n’empêche pas de penser à l’avenir. Et les besoins sont immenses. En novembre 2022, l’économiste britannique du climat Nicholas Stern a chiffré le montant du devis de la transition énergétique mondiale : 1 000 milliards de dollars supplémentaires par an a minima. Nombre d’observateurs espèrent que certains grands émergents — à commencer par la Chine — pourraient passer à la caisse. Elle n’y semble pas prête.

Vingtaine de milliards de tonnes de gaz à effet de serre en trop

Autre très gros morceau : la suite à donner au bilan global des politiques climatiques nationales. Le 8 septembre, le secrétariat de la CCNUCC a publié ce Global Stocktake, prévu par l’Accord de Paris. Sans surprise, le bilan est pathétique. Les émissions annuelles de gaz à effet de serre sont d’une vingtaine de milliards de tonnes supérieures au niveau compatible avec la stabilisation du réchauffement à +1,5 °C par rapport à l’ère pré-industrielle. L’humanité doit donc réduire rapidement et fortement ses rejets carbonés et investir massivement dans l’adaptation aux effets du réchauffement. Cela impose aussi de flécher des sommes considérables vers les pays n’ayant pas les faveurs des banques.

À propos d’adaptation, voilà des années que les tractations portant sur l’objectif global d’adaptation (GGA, selon l’acronyme anglais) traînent. L’enjeu est d’inciter tous les gouvernements à mettre en œuvre des politiques nationales d’adaptation à partir des meilleures techniques, si possible basées sur la nature. Ces politiques devront pouvoir être auditées dans le cadre des prochains Global Stocktakes.

Enfin, plus d’argent devra être alloué à l’adaptation, qui reste le parent pauvre de la lutte contre le changement climatique. En gros, la « finance climat » consacre 80 % des montants consacrés au climat à l’abattement des émissions contre 20 % pour l’adaptation, réputée moins rentable.


PAS D’ACCORD SANS ENTENTE SINOTASUNIENNE

En 2015, l’Accord de Paris n’aurait pu être conclu sans le deal conclu un an plus tôt entre Pékin et Washington. Aujourd’hui, alors que leurs relations diplomatiques et militaires sont tendues, les deux superpuissances poursuivent leur dialogue sur le climat. Elles devraient s’entendre sur un programme commun de baisse des émissions de méthane, le second gaz à effet de serre après le dioxyde de carbone.

Une lueur d’espoir ? Oui, car les deux États sont à eux deux à l’origine de plus de 45 % des émissions anthropiques de gaz à effet de serre. Les États-Unis ont besoin d’argent chinois pour décarboner leur industrie. La Chine a besoin de technologies américaines pour développer le captage-stockage de CO2, améliorer les performances énergétiques de ses moteurs d’avion, développer une agriculture résiliente, réduire ses émissions.

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