« C’est de l’intimidation ! » Marseille soutient les inculpés des Soulèvements

Le 6 juin s’est tenu à Montreuil, région parisienne, un rassemblement de soutien aux activistes écologistes interpellés. - © Gauthier Bedrignans / Hans Lucas via AFP
Le 6 juin s’est tenu à Montreuil, région parisienne, un rassemblement de soutien aux activistes écologistes interpellés. - © Gauthier Bedrignans / Hans Lucas via AFP
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Luttes Soulèvements de la TerreMarseille s’est mobilisée en soutien à la quinzaine de personnes arrêtées en France dans l’enquête concernant l’action contre une cimenterie Lafarge des Bouches-du-Rhône.
Marseille, correspondance
« On a la preuve que vous étiez à un rassemblement devant la préfecture. Vous êtes passible de 96 heures de garde à vue », lance d’un ton ironique à la cantonade un homme, tandis que quelques dizaines de manifestants prennent la pose pour la presse. Devant la préfecture des Bouches-du-Rhône, mardi 20 juin, une cinquantaine de simples citoyens, de militants dans des associations, d’encartés politiques ou d’élues ont tenu à soutenir la quinzaine de personnes arrêtées le jour même en lien avec le sabotage de l’usine Lafarge voisine, à Bouc-Bel-Air.
Le 10 décembre 2022, vers 17 heures, environ 200 activistes masqués et vêtus de combinaisons blanches identiques s’étaient introduits dans l’usine pour la « désarmer par surprise ». Les Soulèvements de la Terre avaient relayé leur communiqué. Taxé d’« écoterroriste » par le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin, le mouvement devrait faire l’objet d’une procédure administrative de dissolution examinée en conseil des ministres ce mercredi 21 juin.

« Nous sommes la nature qui se défend », rétorque une pancarte dans le rassemblement marseillais, reprenant le slogan des Soulèvements de la Terre. Les protestataires dénoncent une instrumentalisation politique. « C’est cousu de fil blanc, c’est une opération policière d’intimidation et de communication à la vieille de l’annonce de la dissolution », dit Sébastien Barles, adjoint de Marseille à la Transition écologique (Europe Écologie-Les Verts).
« N’importe qui pourra être criminalisé pour avoir simplement manifesté »
Les descentes de police se sont produites vers 6 heures du matin ce 20 juin, coordonnées par la brigade de recherche et d’intervention (BRI). Dans les Bouches-du-Rhône, au moins cinq personnes ont été menottées et interpellées à Marseille et une à Arles. Les autres ont été arrêtées principalement à Nantes et à Notre-Dame-des-Landes. L’un des porte-parole des Soulèvements, Benoît Feuillu, fait partie des personnes placées en garde-à-vue. Les policiers et gendarmes ont procédé aux perquisitions des domiciles et à la saisie de matériels informatiques et téléphoniques, selon le récit de témoins que nous avons recueilli.
« Ils étaient cinq policiers, dont un cagoulé. Ils ont entouré mon voisin comme si s’était un bandit de grand chemin », témoigne une dame âgée en racontant l’arrestation d’un habitant de son immeuble et de sa copine. « Je n’y étais pas [à l’usine Lafarge], je peux le prouver », aurait dit le jeune homme, selon la propriétaire de son appartement, arrivée en cours de perquisition. Les deux dames tiennent à faire part de leur soutien au militant écologiste. « Son combat est louable », dit la propriétaire.
La police l’a traité « comme un bandit de grand chemin »
Les proches de Félix Blanc, militant d’Europe Écologie-Les Verts et cadre à la Ville de Marseille, dénoncent également une arrestation arbitraire. Sur le coup, Carina n’a pas compris ce que l’on reprochait à son compagnon « On a été réveillés par les gendarmes. Ils ont toqué, Félix leur a ouvert. Ils ont été collaboratifs, ils n’ont pas fait de bordel. Mais pendant une heure et demie, ils m’ont laissé dans le doute, raconte-t-elle. Selon eux, il aurait été filmé dans l’usine. Je ne comprenais pas, je n’ai pas suivi cette histoire de cimenterie. »
« Nous contestons les faits. Le 10 décembre, Félix n’était pas à Bouc-Bel-Air, il était à Marseille », affirme son avocat Fabien Perez, qui est par ailleurs élu EELV dans la majorité municipale de Marseille. « J’allais bientôt partir à l’étranger, nous recevions des amis à la maison. Nous faisions un goûter de Noël avec des enfants », témoigne Carina. « Nous avons été contrôlés l’an passé à l’entrée de la ZAP de Pertuis [une zone à défendre dans le Vaucluse]. Aujourd’hui, ils sortent cet argument contre Félix. Demain, n’importe qui pourra être criminalisé pour avoir simplement manifesté une fois quelque part », s’alarme Sébastien Barles.
Dans ce dossier, une première opération policière a conduit à l’interpellation de quinze personnes le 5 juin 2023. Elles ont toutes été remises en liberté au bout de 96 heures de garde-à-vue et ne font pour l’heure l’objet d’aucune poursuite. La juge d’Aix-en-Provence Laure Delsupexhe instruit l’affaire pour « association de malfaiteurs », « dégradation ou destruction par moyen dangereux en bande organisée » et « dégradation ou destruction en réunion par des personnes dissimulant volontairement leur visage ».
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Mardi 20 juin, à Marseille, les manifestants promettaient de se retrouver le lendemain au soir pour dénoncer à nouveau ces arrestations et la dissolution des Soulèvements de la Terre. Le mouvement a en effet lancé, il y a quelques jours, un appel à se rassembler mercredi 21 juin à 19 heures devant toutes les préfectures de France.