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Luttes

« C’est du gâchis » : les défenseurs des jardins d’Aubervilliers ont été expulsés

Démolition par un tractopelle des jardins à défendre d'Aubervilliers, le 2 septembre 2021.

Les occupants des jardins d’Aubervilliers, près de Paris, ont été expulsés le 2 septembre au matin, après plusieurs mois de lutte contre leur bétonnage. Ils appellent à un rassemblement le soir même.

Ce jeudi 2 septembre, au petit matin, la police a évacué les activistes qui défendaient les jardins ouvriers d’Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), menacés par les promoteurs du Grand Paris. Une pelleteuse a commencé à détruire les parcelles dès 8 heures et cinq activistes ont été arrêtés. Deux ont été placés en garde à vue au commissariat d’Aubervilliers, avant d’être relâchés en début d’après-midi. Les activistes appellent à un rassemblement devant la mairie d’Aubervilliers à 18 heures ce 2 septembre, pour protester contre l’expulsion.

« Ils sont en train de tout détruire à la pelleteuse... C’est d’une sauvagerie terrible », déplore auprès de Reporterre Dolorès, 58 ans, occupante de ces terres baptisées « Jardins à défendre » (Jad).

« C’est du gâchis, dit à Reporterre l’architecte Ivan Fouquet. Ces jardins abritent des oiseaux, des hérissons, des coléoptères... C’est donc ça, les projets du gouvernement pour la biodiversité, la veille de l’ouverture du Congrès mondial de la nature, à Marseille ? »

Ces terres nourricières des jardins ouvriers d’Aubervilliers, écrin de végétation au milieu d’un décor urbain, subsistaient uniquement grâce à la ténacité de leurs défenseurs, qui les occupaient jour et nuit depuis plus de trois mois. Dix-neuf parcelles, 4 000 m² de terres en tout, doivent être détruites par les bulldozers de Grand Paris Aménagement (GPA), qui souhaite construire un solarium et un centre de fitness, adossés à la future piscine d’entraînement des Jeux olympiques de Paris 2024 — construite sur le parking voisin — et d’une gare du futur Grand Paris Express.

« En soi, le projet de piscine n’est pas le problème, dit Ivan Fouquet. Elle pourrait tenir hors des jardins, mais c’est une extension de son programme qui vient détruire inutilement les jardins ouvriers. »

« La lutte continuera »

Le couperet d’une expulsion, pour les occupants, était tombé le vendredi 16 juillet. Saisi à la demande de GPA, un huissier de justice leur avait adressé un « commandement de quitter les lieux ». « Nous ne partirons pas de notre propre chef », rétorquait alors Dolorès, rencontrée par Reporterre à cette période. Cofondatrice du collectif de défense des jardins ouvriers d’Aubervilliers, elle assurait que les activistes tiendraient et défendraient « ces terres fertiles et cet espace de vie collectif jusqu’au bout ».

Les écologistes, dont la plupart sont vingtenaires, avaient donc continué de s’enraciner sur les parcelles vouées à la destruction. « L’urgence est de ne pas bétonner, expliquait Dolorès en juillet. Nous devons consacrer toute notre énergie à apprendre à vivre autrement, et c’est ce que nous mettons en œuvre ici. » Après trois mois d’occupation, les jardins avaient des allures de forteresse avec leurs bottes de paille et leurs bâches imperméables en guise de muraille. Les anciennes cabanes des jardiniers avaient été aménagées, des tentes étaient posées, et les corps défendant des activistes s’étaient aguerris à force d’être en prise avec ces terres, de les cultiver au milieu des chats, des lapins de garenne, des hérissons, des écureuils roux, des perruches et des renards. « Nous sommes les jardins qui se défendent », pouvait-on lire sur les murs des cabanes.

Mais ce jeudi matin, patatras. Les installations, comme la tour-bibliothèque érigée par les occupants, ont été détruites par une pelleteuse. Malgré l’abattement et la colère, les activistes assurent que « la lutte continuera : là ils cherchent à aller très vite, mais nous allons déposer un référé pour faire arrêter les travaux, insiste Ivan Fouquet. Nous avions déjà déposé, début août, un recours contre le permis de construire ». Vers 9 heures, des occupants des Jad et leurs soutiens se sont dirigés vers le commissariat d’Aubervilliers, pour défendre leurs deux camarades placés en garde à vue.

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