COP29 en Azerbaïdjan : pour éviter l’avion, Reporterre part en train !
Emmanuel Clévenot, journaliste à Reporterre, part couvrir la COP29 en Azerbaïdjan... en train ! - © Juliette de Montvallon / Reporterre
Emmanuel Clévenot, journaliste à Reporterre, part couvrir la COP29 en Azerbaïdjan... en train ! - © Juliette de Montvallon / Reporterre
Durée de lecture : 7 minutes
La COP29 débute le 11 novembre en Azerbaïdjan, et Reporterre a décidé d’y aller... en train et bus ! 9 jours de voyage, 8 pays, 83 heures dans un wagon : suivez notre grande aventure bas carbone !
7 février 2024. Dans la salle de conférence de rédaction des nouveaux locaux de Reporterre, une odeur de peinture titillait encore nos museaux. Neuf mois avant la 29e Conférence annuelle des Nations unies sur les changements climatiques (COP29), quelques journalistes planchaient déjà sur la couverture de ce rendez-vous. Comme chaque année, Reporterre va couvrir cet événement majeur, pour mieux vous informer. Et comme chaque année, une question cruciale se posait : « Faut-il, oui ou non, se rendre sur place ? » Le souci : le pays hôte désigné pour accueillir cette COP29 n’est autre que... l’Azerbaïdjan, à plus de 4 000 km de Paris.
En filigrane se posait l’épineux sujet de l’empreinte carbone d’un tel voyage. N’ayant pas de correspondant sur place, nous devions envoyer un journaliste à Bakou, la capitale de l’Azerbaïdjan, dont le stade olympique sera l’épicentre des négociations du 11 au 22 novembre. L’option avion, depuis Paris, signifiait parcourir 4 000 km avec une escale à Istanbul, et dépenser environ 1,574 tonne d’équivalent CO2 pour l’aller-retour [1]. Hors de question.
D’autant qu’en septembre 2022, Reporterre a activement participé à l’élaboration de la Charte pour un journalisme à la hauteur de l’urgence écologique, depuis signée par des dizaines de médias. Face à la crise climatique, la Charte appelle les journalistes à « modifier [leur] façon de travailler ». Et notamment, comme le détaille l’article 12, en adoptant des pratiques bas carbone. Il serait bon de l’appliquer. Après tout, des chercheurs invités à l’autre bout du monde pour leur travail commencent à se passer de l’avion, comme Gianluca Grimalda, dont nous avons raconté l’aventure. Tenter de suivre leur exemple est le minimum pour un média spécialisé sur l’écologie.
Au fil des discussions a émergé une idée : « Et si l’on y allait sans prendre l’avion ? » L’idée a germé au cours des semaines et s’est concrétisée. Passeport, visa et accréditation en poche, l’heure est venue pour nous de grimper à bord du Paris-Stuttgart, en Allemagne. La première étape d’un long périple de neuf jours à travers l’Europe. Au total, neuf trains, traversant huit pays, nous guideront jusqu’à la frontière asiatique et la mer Caspienne. Si aucune mésaventure n’entrave notre chemin, le temps passé à bord d’un wagon devrait atteindre les 83 heures et 59 minutes, et être bien plus écologique !
Les étapes du voyage jusqu’en Azerbaïdjan :
- 1er novembre : Paris – Stuttgart (Allemagne)
- 2 novembre : Stuttgart – Vienne (Autriche)
- 3 novembre : Vienne – Bucarest (Roumanie)
- 4 novembre : Bucarest – Dimitrovgrad (Bulgarie)
- 5 novembre : Dimitrovgrad – Istanbul (Turquie)
- 6 novembre : Istanbul – Ankara (Turquie)
- 7 novembre : Ankara – Kars (Turquie)
- 8 novembre : Kars – Tbilissi (Géorgie)
- 9 novembre : Tbilissi – Bakou (Azerbaïdjan)
Reporterre part donc en Azerbaïdjan de manière bas carbone, en évitant au maximum de prendre l’avion. Pour l’heure, certaines escales restent un brin obscures. Jusqu’à Bucarest, en Roumanie, la réservation des billets de train s’opère sans difficulté, de la même façon qu’en France. Seulement, franchi le « Petit Paris », l’aventure se complique. Pour relier Ruse (Bulgarie) à Istanbul (Turquie), trois trains sont nécessaires et les tickets ne peuvent être achetés qu’aux guichets des gares locales.
Partis de France pour Pékin, les photographes Camille et Thomas ont emprunté presque le même itinéraire que le nôtre. Et il leur a réservé un bon lot de surprises, comme la suppression de leur liaison turco-bulgare. « C’est officiel : ça va être une journée de merde », pestait alors Camille avec humour dans une story Instagram. Deux heures plus tard, le duo filait en direction de Sofia pour attraper de justesse un autocar de nuit à destination de l’ancienne Constantinople.
« Le voyage, ce n’est pas toujours un long fleuve tranquille, sourit-elle. Tu as un plan en tête, mais ça ne se passe pas toujours comme prévu. » Des obstacles imprévisibles, propices aux rencontres et instants de vie bouleversants : « Comme ce père jouant avec son fils dans le bus pour Istanbul, ou les au revoir déchirants de cette grand-mère et de sa fille. »
L’« Orient-Express » turc
À Ankara (Turquie) débutera la plus longue étape de ce périple. Plus de 1 360 km à bord du Doğu Ekspresi, l’« Orient-Express turc » inauguré en 1936. « Cette traversée de la Turquie dure vingt-six heures… et on a dû faire une croix sur les couchettes, faute de place ! » se souvient Thomas. Une fois arrivé à Kars, l’option ferroviaire disparaît. Une série de minibus bucoliques traverse le Petit Caucase, et ses territoires parsemés de chênes et d’érables, jusqu’à Tbilissi, en Géorgie. « Ce n’est pas de tout repos, mais on finit par arriver à bon port », dit-il.
Objectif de cette embardée : contourner l’Arménie. Il y a un an, l’armée azerbaïdjanaise menait une grande offensive dans le Haut-Karabagh. Depuis, la diplomatie française déconseille formellement de fouler le territoire arménien pour aller à Bakou, sous peine de poursuites pénales. Le site du ministère des Affaires étrangères exhorte en outre de « faire preuve de la plus grande réserve dans ses propos sur le conflit et la relation avec l’Arménie, sujets d’une extrême sensibilité ».
L’Azerbaïdjan menant une politique migratoire stricte, toutes les frontières terrestres du pays sont fermées. Impossible, donc, d’y entrer en bus, en train, ou même à pied. Des restrictions récemment prolongées, auxquelles les journalistes n’échappent pas, nous a prévenus l’ambassade de France à Bakou. La seule option, pour nous : prendre un avion.
4x moins d’émissions
L’heure de vol entre Tbilissi (Géorgie) et la capitale accueillant la COP29 ternit indéniablement le bilan carbone de notre itinéraire. Pour autant, les comptes faits, celui-ci reste bien plus maigre que celui du tout-avion. De Paris à Kars (Turquie), l’empreinte cumulée des neuf trains empruntés s’élève à 28 kgCO2e [2]. À celle-ci s’ajoutent les émissions du trajet en bus de 315 km entre Kars et Tbilissi, soit 9,17 kgCO2e. Et celles de la liaison aérienne entre la capitale géorgienne et Bakou, estimées à 159 kgCO2e.
La facture carbone du voyage devrait ainsi avoisiner les 200 kg d’équivalent CO2. Soit près de quatre fois moins que les 787 kgCO2e d’un aller simple Paris-Bakou en avion, avec escale à Istanbul. Pour l’itinéraire retour, les économies de carbone seront plus importantes encore, la frontière entre l’Azerbaïdjan et la Géorgie pouvant être franchie par voie terrestre dans le sens inverse.
Mobiliser un journaliste un mois est un investissement sans précédent pour Reporterre. Il n’aurait pu être fait sans les précieux dons de nos lectrices et lecteurs. Le coût global de cet aller-retour à Bakou ne devrait toutefois pas dépasser les 1 500 euros, hôtels et transports compris. Le même trajet, en avion, se serait chiffré aux alentours de 440 euros. À cette enveloppe, s’ajouteront 255 euros de logement dans la capitale azerbaïdjanaise, lors de la quinzaine de négociations.
Du château de Schönbrunn (Autriche) aux plateaux enneigés d’Anatolie, en passant par les mythiques couchettes du NightJet autrichien, la forêt des ours en Bulgarie, ou encore l’effervescence du grand bazar d’Istanbul… Reporterre vous embarque pour neuf jours de périple. Pas question pour notre journaliste de chômer ! Un carnet de voyage et des vidéos seront à découvrir dès le 1er novembre, sur notre site et nos réseaux sociaux. Sauf contretemps, l’arrivée à destination est prévue le 9 novembre, chez Kamal, notre hôte azéri. Et après... on vous racontera la COP29 !