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ReportageLuttes

« Ça ne tient plus ! » : les associations au bord du gouffre financier

De g. à d. : Matthieu (LDH), Raphaëlle et Fanny (La Petite rockette), Francis Redon et Muriel Martin-Dupray (FNE), au rassemblement à Paris, le 11 octobre 2025.

Face à la baisse des subventions publiques dans les associations, 300 actions ont été menées en France le 11 octobre à l’initiative du Mouvement associatif. « Il faut que tout cela change », dénoncent-ils.

Paris, reportage

Le constat du Mouvement associatif est sans appel : « Ça ne tient plus ! » Le 11 octobre, 300 actions ont été organisées en France à l’initiative de cette structure regroupant 700 000 associations. Le but : « Alerter sur la situation financière dégradée [du secteur associatif] et sur le coût économique, social et démocratique qui en découle. » La part des subventions publiques dans les ressources des associations a en effet chuté de 41 % entre 2005 et 2020, passant de 34 à 20 %, selon un rapport du Conseil économique, social et environnemental publié en 2024.

300 actions ont été organisées en France à l’appel du Mouvement associatif, ici à Paris. © NnoMan Cadoret/Reporterre

À Paris, un village regroupant une cinquantaine d’entre elles a été installé à Stalingrad (19e arrondissement). Cinq associatifs nous ont fait part des difficultés rencontrées.

Raphaëlle (La Petite rockette) : « Il faut que tout cela change »

Raphaëlle, 30 ans, salariée de La Petite rockette, à Paris, avec Fanny, une autre salariée. © NnoMan Cadoret/Reporterre

« La Petite rockette est une ressourcerie à visée écologique et solidaire : nous collectons des dons, nous organisons des ateliers pour apprendre à réparer un vélo ou des vêtements, nous proposons des formations aux métiers du réemploi… Si nous sommes mobilisés, c’est parce que le gel budgétaire visant les associations menace les emplois au sein de notre structure, qui salarie 54 personnes — notre structure dépend à 40 % des subventions publiques. Alors que notre modèle est producteur de lien social et tourné vers l’avenir, celui-ci est mis en danger.

Un tournant a vraiment eu lieu à partir de 2017, avec la suppression progressive des contrats aidés. Un autre problème est l’accent désormais mis par l’État sur les appels à projets, pour lesquels il nous est sans cesse demandé d’être innovants. Notre modèle l’est déjà !

Par ailleurs, nous sommes en colère vis-à-vis de l’inégalité de traitement entre associations et entreprises : il est souvent dit que nous sommes assistés, alors que les entreprises ont par exemple reçu 211 milliards d’aides publiques en 2023 sans avoir à justifier de leur utilisation [contre 23 milliards de subventions publiques pour les associations en 2023]. Il faut que tout cela change. »

André (LPO) : « Les associations ne sont pas une priorité »

André, 74 ans, retraité, bénévole à la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) depuis six ans. © NnoMan Cadoret/Reporterre

« Nous sommes là pour exprimer le fait que les associations se sentent menacées sur le plan financier. La situation politique actuelle, très instable [la veille, Sébastien Lecornu redevenait Premier ministre après avoir démissionné de ce poste quelques jours plus tôt], n’est pas rassurante non plus pour nous. À titre personnel, j’ai le sentiment qu’elles ne sont pas une priorité pour les pouvoirs publics malgré leur travail essentiel. Idem, la question environnementale est laissée de côté. Pourtant, ce n’est pas faute d’alerter sur la crise écologique. »

Muriel Martin-Dupray (FNE-IDF) : « Une logique financière et marchande »

Muriel Martin-Dupray, 76 ans, retraitée et coprésidente de FNE-IDF, et Francis Redon, 79 ans, retraité, président bénévole de FNE-93. © NnoMan Cadoret/Reporterre

« La manne de l’État à destination des associations est en train de se réduire : c’est tout un pan des activités sociales, de défense de l’environnement, etc. qui est menacé par la logique financière et marchande. Cela rend la vie des associations très difficile, en précarisant les emplois. Désormais, l’État comme la Région préfèrent lancer des appels à projets plutôt que de soutenir de nouvelles activités d’intérêt général dans le secteur associatif, alors même que celui-ci concourt au bien commun.

De notre côté, nous avons un projet stratégique à l’horizon 2030 de façon à protéger le vivant. Si nous n’arrivons pas à faire ce boulot-là, cela laisse la porte ouverte à nombre de projets très risqués pour la qualité de l’environnement en Île-de-France, comme l’implantation massive de datacenters ou la bétonisation du territoire. L’État doit prendre en compte notre mission de service public et garantir ce rôle dans la durée. »

Francis Redon (FNE-93) : « Les élections sont une grande source d’inquiétude »

« À FNE, nous ne sommes pas encore confrontés aux coupes budgétaires, mais les prochaines échéances électorales sont une grande source d’inquiétude. Si on nous coupe nos subventions, des gens perdront leur emploi et on travaillera moins bien, alors que la crise écologique est là. Il faut également que l’État cesse de mener des politiques relevant de la régression environnementale. C’est aussi notre rôle de le dénoncer, et pour cela, nous avons besoin de pouvoir mener nos missions correctement. »

Matthieu (LDH) : « Des subventions retirées pour des positions jugées trop critiques du pouvoir »

Matthieu, 40 ans, salarié d’un escape game à Paris, membre de la Ligue des droits de l’Homme (LDH). © NnoMan Cadoret/Reporterre

« J’ai adhéré à la Ligue des droits de l’Homme il y a deux ans après une déclaration de Gérald Darmanin, à l’époque ministre de l’Intérieur : après la manifestation de Sainte-Soline en mars 2023, il avait menacé de couper les subventions publiques accordées à l’association, qui représentent un tiers de son budget. Et ce, parce que des observateurs indépendants de la LDH avaient établi le fait que les forces de l’ordre avaient empêché le Samu d’intervenir pour secourir les manifestants blessés… Menacer de retirer des subventions parce que tel discours met en cause l’action de l’État : cela relève de l’atteinte à la liberté associative, et c’est très inquiétant.

Certaines de nos sections locales sont aussi freinées par leur municipalité. De la même manière, au-delà de la lente asphyxie financière du secteur associatif — et on se doute que le gouvernement nommé ne va pas augmenter le budget —, l’adoption de la loi Séparatisme en 2021 et du contrat d’engagement républicain en 2022 ont eu des effets concrets : non seulement des subventions peuvent être retirées en cas de positions jugées trop critiques du pouvoir, mais des associations peuvent être dissoutes au nom de principes vagues. La possibilité pour la société civile de s’exprimer et de manifester ne cesse de se réduire. Mais je garde espoir : les jeunes générations sont plus politisées et, comme on le voit avec le rassemblement d’aujourd’hui, les gens continuent de résister. »


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