Livres, BD, expos à découvrir ce mois-ci
- Montage Reporterre
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Recueil forestier, randonneuses, festival du plancton... Voici notre sélection culturelle de livres, bandes dessinées et expositions à lire et voir au mois de juin.
Essais-Récits
• C’est l’eau qu’on assassine
Pour quiconque s’intéresse à l’eau qu’on boit, voici un essai incontournable. Le journaliste Fabrice Nicolino s’est penché sur la destruction de l’eau potable, après s’être attaqué aux pesticides et à l’industrie de la viande.
Dans son style acéré, à mi-chemin entre le pamphlet et l’enquête, il raconte comment l’or bleu est devenu un produit industriel, qui ne demeure (partiellement) buvable qu’à grands coups de technologie et de traitement. Et l’écrivain de nous inviter à un « grand renversement » : considérer l’eau comme sacrée. - L.L.
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C’est l’eau qu’on assassine, de Fabrice Nicolino, Marine Calmet et Marion Sarano (iconographe), aux éditions Les Liens qui libèrent, mai 2025, 304 p., 19 euros. |
• À l’ombre des bois
Vous avez envie de rêveries dans les bois, au contact de « toutes ces choses magnifiques qui ne pensent pas mais donnent beaucoup à penser » ? Ce « recueil forestier », qui rassemble articles de presse, extraits de lettres, conte de l’écrivaine George Sand (1804-1876), est fait pour vous.
D’« extases intérieures » en débats écologistes, on redécouvre la puissante philosophie de la nature de cette Berrichonne d’adoption, qui combattait toute science non alliée à la sensibilité — ce qu’on appelait déjà le scientisme. Consacré à la défense de la forêt de Fontainebleau, le dernier texte est un cri contre l’industrialisme aveugle, son pendant économique. Sand en devinait déjà les prétentions à « privatiser le ciel ». - C.M.
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À l’ombre des bois — Recueil forestier, de George Sand, aux éditions Gallimard, avril 2025, 112 p., 4 euros. |
• Préliminaires pour un verger futur
« Quand minuit vient, au partage
de la nuit,
à l’heure où certains ici dorment
mais que tout le monde là-bas veille, que tout le monde là-bas est en proie à la terreur et à la mort semées par les mains, les bras, les cris, les vociférations, les avions, les fusils d’un peuple soldat qui scande,
“finissez-les, finissez-les” ».
Ce sont les phrases inaugurales du premier des quatre récits qui composent ce beau livre de Karim Kattan, jeune écrivain palestinien. Quatre textes à la fois poignants et doux, qui parlent de la Palestine et de son peuple, du silence gêné qui les entoure, de journalistes parqués dans une chambre climatisée avec vue sur mer… et aussi d’amour et de « vergers du futur », sur cette « très belle terre avec des fleurs bleues et ocre et jaune et mauve et des couleurs sans nom… ». - C.M.
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Préliminaires pour un verger futur, de Karim Kattan, aux éditions Elyzad poche, mars 2025, 140 p., 8,90 euros. |
Guides de randonnée féministes
• Randonneuses, le guide
« Pourquoi tu pars pas avec un homme ? » « C’est pas très féminin, cette tenue… » Jointes à ces stéréotypes culpabilisants, les peurs d’agression constituent pour les femmes de puissants freins à la pratique de la randonnée.
Avec ses portraits d’aventureuses pionnières, ses adresses utiles, schémas en double-page et autres dessins marrants, ce guide-manifeste vous aidera à les déjouer et à envisager des pas de côté en toute bienveillance. Recommandations pour gérer règles ou maternité, recettes véganes faciles à préparer… Il fait de la randonnée une aventure de vie, que l’on peut entreprendre en solo ou entre femmes dans des associations dédiées. - C.M.
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Randonneuses, le guide — Se libérer sur les sentiers en solo ou en groupe, de Clémence Blot et Camille Chrétien, aux éditions du Chemin des Crêtes, mars 2025, 256 p., 24 euros. |
• Rando solo – le guide féministe
Ses illustrations de couleur chaude, à dominante verte (pour l’écologie) et mauve (pour la spiritualité), donnent le ton : ce guide sur la randonnée entrelace développement personnel et féminisme. Rien d’étonnant quand on connaît l’engagement de son autrice, Marie Albert. Journaliste, elle est créatrice du Survivor Tour, un tour de France à pied, l’été, contre les violences sexistes — et a écrit un article pour Reporterre sur cette thématique.
Au fil de trois grandes parties (Premiers pas, Vivre l’aventure, Revenir sur terre), ponctuées d’émouvantes confidences de marcheuses, de conseils pratiques et culturels, il fait de la randonnée le vecteur d’une « réappropriation du droit au plaisir ». Celui de faire seule et celui de partager. Et le bonheur du bivouac, alors ? Patience… Vous accompagner dans sa découverte est « le grand défi de ce livre ». - C.M.
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Rando solo — Le guide féministe, de Marie Albert, aux éditions du Gallimard, mai 2025, 144 p., 19,90 euros. |
Jeunesse
• Sous l’océan cherche les animaux les plus fascinants
S’il y a bien un jeu dont raffolent les bambins, c’est « cherche et trouve » : débusquer, dans un dessin raffolant de détails, un élément soigneusement caché par l’illustrateur. Dans ce magnifique album, ce n’est pas un banal pot de fleurs qu’il faut pointer du doigt, mais une crevette impériale, un crabe perlé, une méduse à ventre sanglant ou encore un hippocampe pygmée des gorgnones, entre une foule d’autres espèces multicolores et mystérieuses.
Le trait fabuleux de Peggy Nille nous transporte au plein cœur des récifs. On parie qu’il insufflera la passion de l’océan à toute une génération de petits lecteurs. - H.C.
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Sous l’océan cherche les animaux les plus fascinants, de Peggy Nille, éd. Actes sud Jeunesse, 32 p., 17,90 euros, mai 2025 |
Bandes dessinées
• On a mangé la mer
Après le très frappant Pillages (2024), qui portait sur les ravages des navires-usines européens en Afrique de l’Ouest, le militant Maxime de Lisle analyse en profondeur le naufrage environnemental, économique et humain de la pêche en France.
Résultat de trois ans d’investigation, cette enquête joliment illustrée permet de saisir dans toutes ses dimensions les crises auxquelles est confronté le secteur, du problème de répartition des quotas à l’emprise des industriels néerlandais, en passant par la pollution des estuaires par le tourisme. À lire pour comprendre la pêche dans toutes ses nuances, et imaginer comment elle pourrait devenir plus sobre et résiliente. - H.C.
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On a mangé la mer, de Peggy Nille, éd. Futuropolis, 128 p., 22 euros, février 2025 |
• Quand les élèves se révoltaient — Manuel d’histoire avant l’effondrement
À quoi ressemblerait un manuel d’histoire de l’année 2047 ? C’est ce que propose cette BD documentaire dans un monde où la crise climatique a provoqué l’effondrement de la société industrielle. Elle retrace les nombreuses révoltes des élèves qui ont existé dans le monde avant l’effondrement. Loin de se limiter à Greta Thunberg et aux grèves mondiales pour le climat, elle revient sur les luttes des élèves contre la ségrégation raciale aux États-Unis, contre les agressions sexuelles en Inde, pour les droits des communautés autochtones au Canada ou contre l’occupation israélienne en Palestine.
Le manuel s’interroge aussi sur la notion de démocratie que nous apprenons à l’école. Alors que les adultes proposent d’élire des conseils d’élèves sans pouvoir, des jeunes luttent à travers des grèves, des occupations, des manifestations et des incendies de pensionnats pour défendre concrètement leurs intérêts.
Comme dans tout manuel scolaire, on retrouve des définitions de plusieurs notions, des rubriques « Le Savais-tu ? » et des exercices sous formes de mots croisés ou de devinettes. Cette BD nous montre que ce n’est pas la peine d’attendre d’être adulte pour se mobiliser ! - J.C.
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Quand les élèves se révoltaient — Manuel d’histoire avant l’effondrement, d’Emmanuelle Dufour et Francis Dupuy-Déry, éd. Écosociété, 105 p., 20 euros, février 2025 |
• Koko n’aime pas le capitalisme à la plage
Un peu d’humour revigore, en ces temps minés par une actualité dramatique. Après l’hilarant Koko n’aime pas le capitalisme, publié en 2021, le dessinateur Tienstiens reprend du service. Avec ce nouvel opus, les amateurs d’humour absurde — et de blagues de gauche — ont de quoi se régaler. Morceaux choisis : une parodie de l’émission « Cauchemar en cuisine », où le cuisinier Philippe Etchebest hurle à Emmanuel Macron « C’est dégueulasse, y’a du fascisme partout ! Tu peux pas nous servir ça ! » ; un pastiche de l’émission d’Amazon Prime « LOL : qui rit, sort ! » devenue « Qui est de droite, sort » ; une réplique de Koh Lanta sur Mars, où les milliardaires ne peuvent compter « que sur leur sens génial de l’entreprenariat » pour survivre… Jouissif ! - H.C.
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Koko n’aime pas le capitalisme à la plage, Tienstiens, éd. Bandes détournées, 120 p., 23 euros, avril 2025 |
Festivals
• Bioviv’art
Né il y a quatre ans, le festival Bioviv’art souhaite contribuer à la préservation de la biodiversité grâce aux arts et à la connaissance scientifique. Cette année, il s’agira de « renouer avec le sauvage », au cours de balades accompagnées, de spectacles-concert ou de marionnettes, danses « végétale » ou « envolées ».
Côté « scientifique », des « ateliers loups », des conférences d’experts (la juriste Marine Calmet ou le spécialiste des sols Marc-André Selosse) vous aideront à déjouer les fantasme pour découvrir la réalité de ce monde sauvage encore si méconnu.
Si la programmation est alléchante, les promesses de convivialité aussi : un forum d’associations, une restauration bio, locale, de saison et une buvette animée devraient permettre de prolonger les échanges… - C.M.
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Bioviv’art, du 25 au 27 juillet, Caves Ecoiffier d’Alénya, Pyrénées-Orientales, pour tout public à partir de 3 ans. Infos ici. |
• Festival du Plancton
Le plancton n’est-il, dans votre esprit, qu’une petite bébête dont se nourrissent les baleines ? Laissez-vous détromper par ce festival, organisé par le navigateur et « planctonaute » Amaury Guérin et l’association Plankton Planet.
Au programme de ces trois jours : une exposition photographique, des tables rondes avec des artistes inspirés par ces formes de vie minuscules, des observations au microscope, des conférences de scientifiques, une « yourte planctonique » abritant une œuvre immersive donnant à ressentir leur univers... De quoi découvrir les mille et une facettes de ces organismes importants et fascinants. - H.C.
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Festival du Plancton, Saint-Gilles-Croix-de-Vie (Vendée), du 19 au 22 juin 2025. Infos ici. |
Expositions
• Le cri pour la planète — Hommage à Frans Kracjberg
Frans Kracjberg (1921-2017) est un artiste poignant, qui eut la vie aussi dure que l’œuvre généreuse. Voyez ses aériennes sculptures végétales, réalisées à partir des bois brûlés qu’il ramassait dans la forêt amazonienne après des incendies ravageurs : son « cri pour la planète », disait-il, en plein essor de la mondialisation économique.
Que c’est troublant de l’entendre confier, dans le beau film de Maurice Dubroca visible en entier dans l’exposition, que ces morceaux de bois encore fumants qu’il récupérait dans la forêt consumée, c’était un peu aussi sa famille polonaise, réduite en charbon dans les fours nazis. Malgré ce destin familial des plus tragiques, Kracjberg porta un témoignage unique sur la beauté du monde naturel et la violence phénoménale de la modernité. Son œuvre devrait être davantage connue et discutée. - C.M.
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Le cri pour la planète — Hommage à Frans Kracjberg, Volet II : le feu et l’air, Espace Frans Kracjberg-centre d’art contemporain art et nature, 21, avenue du Maine, Paris 15e, jusqu’au 2 août 2025 (entrée libre). Infos ici. |
• Les femmes sont dans la rue !
Composée de plus de 300 œuvres et documents divers, organisée à la fois chronologiquement et par sections thématiques (Grèves, Corps et sexualité, Nuit…), cette exposition montre la vivacité des mobilisations de femmes dans la rue depuis la Révolution française. Elle a été réalisée sous le commissariat scientifique de Ludivine Bantigny, passionnante historienne des mouvements sociaux et des révolutions — une visite de l’expo avec elle est encore possible le 12 juin.
Soutenue par l’association AFéMuse, cette exposition préfigure la création d’un premier Musée des féminismes en France, au même endroit et d’ici à 2027. Ce devrait être aussi un lieu d’échanges et de débats ouvert à tous et toutes. - C.M.
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Les femmes sont dans la rue !, exposition présentée à la Bibliothèque universitaire Belle Beille, 5, rue Le-Nôtre, Angers, jusqu’au 22 juin 2025 (entrée libre) |