« Ce qui m’est dû », un émouvant spectacle sur la prise de conscience écologique

5 juin 2017 / Lorène Lavocat (Reporterre)



Dans leur superbe spectacle, Héloïse Desfarges et Antoine Raimondi racontent par la danse et le jeu l’histoire de leur prise de conscience écologiste. Une façon non culpabilisante, poétique et intelligente de « prendre part à la lutte ». Ils tournent en France, à ne pas manquer !

« Je fais partie de la première génération de l’histoire de l’humanité à n’avoir jamais eu un niveau de vie si élevé ; et paradoxalement, pas une seule des personnes que je connais ne fabrique quoi que ce soit de réellement nécessaire. Je me demande si quand je suis née, quelque chose m’était dû. » Des doutes qui tiraillent de l’intérieur, un frisson mêlant rage et découragement : voilà le point de départ du spectacle Ce qui m’est dû, de La Débordante Compagnie.

Sur scène, un corps de femme, souple, ondoyant, et une voix d’homme, grave, au sens propre comme au figuré. Héloïse Desfarges et Antoine Raimondi, compagnons de scène, compagnons de vie. Elle danse leur colère et leurs incertitudes. Il raconte son histoire à elle. Une vie d’abord « bien rangée », un quotidien parisien de publicitaire duquel suinte l’absurde de notre monde capitaliste : « J’ai besoin de travailler beaucoup pour m’offrir des vacances. J’ai besoin de vacances parce que je travaille beaucoup. »

Et puis il y a le déclic. Pour elle, un article de presse sur la fabrication ultrapolluante des jeans, « qui tuent des Turcs ». « Le point de départ de ce spectacle, c’est ma colère, mon besoin de comprendre, d’identifier ce système sur lequel j’avais l’impression de n’avoir aucune prise », nous explique Héloïse Desfarges. Pour lui, une conférence de l’ingénieur Jean-Marc Jancovici. « Claire, nette, un électrochoc », se rappelle Antoine Raimondi. Un exposé implacable qu’il reprend mot pour mot dans leur spectacle.

« Si rien n’est fait, les scientifiques prévoient une hausse de la température moyenne de l’ordre de 5 °C d’ici à la fin du siècle. Soit la même ampleur de réchauffement qu’entre la dernière ère glaciaire et aujourd’hui — le tout en un siècle. (...) Si nous ne prenons pas rapidement ces problèmes à bras-le-corps, un bain de sang généralisé est beaucoup plus probable qu’une transition pacifique et démocratique. »

Toucher les profanes tout en donnant du grain à moudre et du cœur à l’ouvrage aux militants chevronnés

Pendant presque une heure, la danseuse et le comédien déroulent le fil de leurs interrogations écologistes, mêlant récit personnel et données officielles. Débit rythmé, ton posé, parfois cynique, jamais moralisateur. « La dimension autobiographique permet de ne pas accuser, car le discours écolo passe souvent pour culpabilisant, précise Antoine Raimondi. Nous voulons dérouler une pensée politique complexe, et, pour ce faire, il faut partir des faits, des chiffres, tout en les incarnant à travers une histoire. » À la manière des conférences gesticulées, Ce qui m’est dû cherche à toucher les profanes tout en donnant du grain à moudre et du cœur à l’ouvrage aux militants chevronnés.

Le jeu de ping-pong entre le corps et la voix retrace le processus oscillant, parfois douloureux, souvent émancipateur, de la prise de conscience écologiste. Les mouvements spontanés d’Héloïse Desfarges décrivent l’écartèlement que chacun.e peut ressentir face à notre quête de cohérence : comment vivre dans un monde en pleine crise écologique ? Que faire, quel rôle jouer ? « Incorporer une pensée, c’est essentiel, explique Héloïse Desfarges. Danser, c’est une façon de défendre la poésie dans ce monde, et nous avons besoin de poésie en ces temps de crise. »

« Danser, c’est une façon de défendre la poésie dans ce monde, et nous avons besoin de poésie en ces temps de crise. »

Face à ce constat vertigineux et angoissant d’une « fin de notre civilisation », comme l’expose Jean-Marc Jancovici, les deux acteurs répondent joyeusement par un tango langoureux. À l’instar du chanteur HK, qui conviait chacun.e à danser au lendemain des attentats, la danse, porteuse de convivialité et d’union, invite à l’action collective pour construire le monde de demain.

Au sortir du spectacle, une jeune femme se précipite vers Héloïse Desfarges : « Ce que vous racontez, je l’ai vécu. » Autour, d’autres acquiescent. Car Ce qui m’est dû raconte le cheminement de tant d’entre nous sur le sentier tortueux et exigeant de la lutte écologiste. L’abattement lors des manifestations réprimées de la COP21, mais aussi les petits bonheurs qu’apporte la simplicité volontaire au quotidien. « Notre objectif secret, c’est que notre fils vive dans un monde vivable, conclut Héloïse Desfarges. Peut-être ne sauverons-nous pas le monde avec ce spectacle, mais c’est notre manière de prendre part à la lutte. »


Le spectacle est en tournée partout en France

  • 10 juin : Agence culturelle de Dordogne, la Dornac ;
  • 17 juin : assemblée générale d’Enercoop, Paris ;
  • 18 juin : festival Sens dessus dessous, Vizille ;
  • 22 et 23 juillet : festival Résurgences, communauté de communes du Lodevois et Larzac (34) ;
  • 2 septembre : festival l’Union fait la jongle, Monein ;
  • 13 ou 14 septembre : le Chainon manquant, Laval ;
  • 16 et 17 septembre : festival Rue barrée, Lourdes ;
  • 23 septembre : théâtre de Bretigny (scène conventionnée), Bretigny-sur-Orge ;
  • 1er octobre : festival des Vendanges, Suresnes ;
  • 21 au 23 novembre : les Traversées du théâtre du briançonnais, autour de Briançon.



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Source : Lorène Lavocat pour Reporterre

Photos : © Sileks

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