Changement climatique : nous ne sommes pas tous « dans le même bateau »

Durée de lecture : 8 minutes

10 décembre 2020



L’association Notre Affaire à Tous a publié le 9 décembre un rapport mettant en lumière les inégalités climatiques sur le territoire français. L’étude rappelle tout d’abord que les plus pauvres ont la plus faible empreinte carbone, alors qu’ils sont les premiers à souffrir des conséquences du changement climatique et ont moins de moyens pour y faire face. La crise des Gilets jaunes a montré que la fiscalité environnementale repose bien souvent de manière disproportionnée sur les plus pauvres.

Lors de la canicule de 2003, le deuxième département le plus sévèrement touché après le Val-de-Marne était la Seine-Saint-Denis — département le plus pauvre de France hexagonale — avec une surmortalité de + 160 %. Ce phénomène s’explique par le phénomène des îlots de chaleur urbain mais aussi par les conditions de vie des habitants : logements surpeuplés et mal isolés, peu d’espaces verts, difficultés d’accès à l’eau pour certaines populations, bétonisation à outrance, pollution de l’air, état de santé général dégradé ou encore mauvaise diffusion des informations sur les bonnes pratiques pour se protéger lors des fortes chaleurs.

Ces populations souffrent également de précarité énergétique (qui touche sept millions de Français) et donc sont plus vulnérables aux canicules et vagues de froid. Ainsi, à Paris en 2003, habiter sous les toits multipliait le risque de mortalité par quatre. Les gens du voyage, vivant sur des aires d’accueil, sont extrêmement vulnérables : 70 % des aires d’accueil de gens du voyage subissent un environnement dégradé, majoritairement situées à proximité d’usines Seveso, d’aires d’autoroutes, de déchetteries.

La littoral et les territoires ultramarins en danger

La France compte près de 7.000 kilomètres de côtes, dont 1.500 en Outre-mer. Le dérèglement climatique va profondément modifier sa géographie. L’érosion côtière concerne d’ores et déjà 37 % des côtes sableuses métropolitaines, soit 700 kilomètres de linéaire côtier. Un quart des côtes métropolitaines sont menacées par l’érosion et la submersion marine, touchant directement 1,4 millions de résidents sur 864 communes différentes. Des villes comme Calais, Dunkerque, Le Havre ou encore Saint-Malo pourraient être complètement submergées d’ici 2050 et la hausse de 1,10 mètre du niveau des océans prévue par le Giec entraînerait l’engloutissement de villes comme Bordeaux.

En parallèle, les territoires ultramarins sont plus exposés à l’augmentation et à l’intensification des événements météorologiques extrêmes. Les Petites Antilles du Nord (Saint-Barthélémy et Saint-Martin) sont exposées à des cyclones plus fréquents et plus intenses, avec des vagues de six à neuf mètres et des vents de plus de 300 kilomètres en rafales. L’ouragan de catégorie 5 Irma qui s’est abattu sur l’île de Saint-Martin en 2017 compte parmi les dix plus puissants des cent dernières années.

Des inondations plus nombreuses, des sécheresses plus violentes

L’augmentation des phénomènes météorologiques extrêmes (tempêtes et les cyclones) vont générer une augmentation des crues et inondations soudaines. Les épisodes méditerranéens pourraient voir l’augmentation de leurs pluies s’intensifier de 20 % en 2100, mais aussi leur régularité augmenter. De façon générale, le dérèglement climatique aggrave les risques naturels pouvant causer blessures et décès au sein des populations habitant à proximité d’un cours d’eau. En octobre 2020, le passage de la tempête Alex a tué une dizaine de personnes dans plusieurs vallées des Alpes-Maritimes. Lors des inondations de 2018 dans l’Aude, les assureurs ont évalué que le département comptait 27.000 sinistres pour un coût total de 220 millions d’euros.

Côté sécheresse, l’été 2020 a été l’été le plus sec jamais enregistré depuis 1959, année des premières mesures des précipitations. Le déficit de pluviométrie a des conséquences sur les nappes phréatiques qui ne peuvent se recharger complètement. Lors de la sécheresse de 2019, 85 départements ont dû prendre des mesures pour limiter la consommation de l’eau douce, 20 départements ont connu des difficultés d’alimentation en eau potable avec, dans certaines communes, un approvisionnement par citernes. En soixante ans, la part du territoire français touchée par la sécheresse a doublé, passant de 5 % dans les années 1960 à 10 % dans les années 2010. Le débit des cours d’eau français devrait ainsi connaître une baisse de 10 % à 40 %. De plus, la diminution des débits des cours d’eau pourrait atteindre 10 à 40 % d’ici 2050 à cause du dérèglement climatique. Par exemple, la Garonne devrait perdre jusqu’à 30 ou 40 % de son débit.

Développement des maladies

En France, en vingt ans, le nombre d’allergies liées au pollen a été multiplié par trois. Les variations de températures et leur augmentation favorisent le développement de maladies autrefois peu présentes ou absentes de nos territoires. Des maladies vectorielles comme la dengue ont fait leur apparition sur le territoire métropolitain. Si le moustique tigre est installé depuis 2004 dans 42 départements, principalement dans le Sud-Est, il pourrait s’étendre à toute la France à l’horizon 2050 favorisant le déplacement de ces maladies. Entre 2005 et 2006, l’épidémie de chikungunya a touché 270.000 réunionnais·e·s, faisant ​258 morts. Entre janvier 2018 et mai 2019, 14 décès liés à la dengue ont été recensés sur l’île.

En vingt ans, le nombre d’allergies liées au pollen a été multiplié par trois.

Plusieurs secteurs économiques menacés

Le tourisme, responsable d’environ 8 % des émissions de gaz à effet de serre dans le monde, subit directement les conséquences économiques du dérèglement climatique. En France, les zones particulièrement touchées sont les régions montagneuses : la hausse des températures entraîne un retard de l’enneigement ainsi qu’un enneigement plus faible selon l’altitude. Le gouvernement a publié un rapport estimant qu’un réchauffement de 4 °C en France pourrait faire réduire de ​ 88 le nombre de domaines skiables avec un enneigement suffisant.

Tout en faisant partie des secteurs les plus émetteurs, ​l’agriculture est elle-même victime des dégradations de l’environnement et fait face à des pertes de terres agricoles et de revenus liés à des cultures moins florissantes. En 2003, la canicule a causé 20 à 30 % de pertes sur les rendements agricoles en Europe. En France, les rendements pourraient baisser de 2 % tous les 10 ans au XXIe siècle. Tout cela pourrait aggraver l’insécurité alimentaire, qui touche six millions de personnes en France.

Menaces sur nos forêts

Les forêts françaises stockent environ 70 millions de tonnes de CO2 par an, soit 15 % des émissions françaises de gaz à effet de serre. D’un point de vue économique, ce sont environ 440.000 emplois directs et indirects qui sont créés grâce aux forêts, par l’exploitation, la construction, l’utilisation du bois pour l’énergie.

Or, dans son rapport sur les feux de forêt, le gouvernement considère que la saison des incendies pourrait passer de trois à six mois dans les années à venir. La hausse des températures aura aussi des conséquences. En 2019, 218.305 d’hectares de forêt publique ont été touchés par des dépérissements, selon l’Office national des forêts qui dresse une carte des espèces et régions les plus touchées.

Augmentation des violences

Il semblerait également que les vagues de chaleur peuvent provoquer une augmentation des violences interpersonnelles et une agressivité plus accrues. Les résultats d’une étude de l’Université de Berkeley en 2013 montrent que les températures exceptionnelles ont des répercussions non négligeables sur les violences interpersonnelles (agressions domestiques, viols, crimes violents...) et crimes entre groupes (émeutes ou guerre civile). Dès que les températures dépassent les moyennes de saison, les risques de violences interpersonnelles augmentent de 4 % et les risques de conflits entre groupes de 14 %.

Quelles solutions ?

Face à ces constats dramatiques, Notre affaire à tous liste plusieurs propositions. Elle estime que l’État peut remédier à des injustices existantes, en matière fiscale, à travers des politiques de réparation et d’adaptation, aussi bien qu’en mettant fin aux régimes d’exception touchant certaines populations, notamment les personnes catégorisées « gens du voyage », et les territoires d’outre-mer. Les plans nationaux santé-environnement doivent être immédiatement rehaussés tant en qualité qu’en largeur et quant aux moyens qui leur sont attribués. Elle regrette que, cinq ans après la signature de l’Accord de Paris par la France, les actions ambitieuses en matière climatique se font toujours attendre.

  • Source : Reporterre avec Notre affaire à tous
  • Photo :
    . panoptique de la Terre (Université du Maine)
    . des herbes et du pollen. Crédit Pixabay




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