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Énergie

Charbon, gaz et pétrole : bientôt un traité de non-prolifération ?

Raffinerie ExxonMobil près de Chicago, en 2014.

Disponible en ligne, une campagne pour un traité de non-prolifération des combustibles fossiles demande la mise en place d’une coopération internationale afin de combattre cette « menace mondiale majeure » qu’est la combustion du charbon, du gaz et du pétrole.

L’initiative pour un Traité de non-prolifération des combustibles fossiles, lancée en 2020, n’a pas suscité l’intérêt des médias. Soutenue par un réseau international de plus de 600 organisations (Fridays For Future, One Earth, etc.), mais aussi par plus de 1 000 scientifiques et une dizaine de villes et gouvernements locaux (Vancouver, Barcelone, etc.), la campagne pour un Traité de non-prolifération des combustibles fossiles mérite pourtant l’attention. L’idée de ce projet, qui a vu le jour au Canada : obtenir qu’une coopération internationale s’organise en vue de l’abandon des combustibles fossiles, avec à terme un traité juridiquement contraignant.

Comme on peut le lire sur le site de la campagne, « les combustibles fossiles sont la principale cause de l’urgence climatique. Charbon, pétrole et gaz sont responsables de près de 80 % de toutes les émissions de dioxyde de carbone depuis le début de la révolution industrielle ». Pire : d’après un rapport de 2020 établi par des instituts de recherche en collaboration avec le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), la production de combustibles prévue pour 2030 représente plus du double du chiffre qu’il faudrait atteindre afin de limiter le réchauffement climatique à 1,5 °C, conformément aux objectifs de l’Accord de Paris. « Le changement climatique, tout comme les armes nucléaires, constitue une menace mondiale majeure », peut-on ainsi lire sur le site ; cette initiative s’inscrivant dans la filiation du traité sur la non-prolifération des armes nucléaires, entré en vigueur en 1970.

Pour une transition pacifique et juste

D’où la nécessité de promouvoir des « solutions plus sûres et efficaces » et de soutenir une « transition pacifique et juste ». Trois demandes principales sont adressées aux États par les tenants de l’initiative, laquelle est présidée par la Canadienne Tzeporah Berman, directrice du programme international de l’organisation Stand.earth.

D’abord, « un arrêt progressif de la prolifération du charbon, du pétrole et du gaz », de même que « la fin de toute nouvelle activité d’exploration et de production ». Ensuite, « la suppression progressive des stocks existants et l’arrêt de la production de combustibles fossiles » et, enfin, « la mise en œuvre de solutions concrètes — mix d’énergies renouvelables et autres solutions fiables à faible émission de carbone — pour une transition juste qui profite à tous et toutes ». En outre, les équipes mobilisées entendent créer un « registre international de la production des combustibles fossiles ».

En France, le Réseau Action Climat (RAC) a adhéré à la campagne. « Cette idée de traité s’inscrit dans une démarche complémentaire de ce qui a pu être fait depuis des décennies, dit à Reporterre Anne Bringault, coordinatrice des opérations pour le RAC. Que ce soit au sein du protocole de Kyoto ou dans l’Accord de Paris, il est beaucoup question de la baisse des émissions de gaz à effet de serre, mais finalement très peu de la source du problème : les énergies fossiles. Ce terme ne figure pas dans l’Accord de Paris, il n’est question que des effets des émissions de CO2. »

Autre point qui intéresse le RAC dans ce projet de traité : « Il y a vraiment l’idée de prendre en compte les transitions au niveau de l’emploi et des rentrées économiques pour les pays qui dépendent beaucoup des énergies fossiles, dit Anne Bringault. Tout cela doit être discuté au niveau international et les moyens doivent être mis pour organiser cette transition. »

Du côté des personnalités politiques, le maire de Grenoble Éric Piolle, la vice-présidente de l’université de Lille Sandrine Rousseau — les deux sont en lice pour la primaire écologiste en septembre — ou encore Jean-Luc Mélenchon, président du groupe parlementaire La France insoumise (LFI) — et candidat à l’élection présidentielle de 2022 — se sont déclarés favorables à un tel traité.

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