Contraceptions « naturelles », comment démêler le vrai du faux
La plupart des méthodes sont basées sur la détermination de la période fertile de la femme. - © Juliette de Montvallon / Reporterre
La plupart des méthodes sont basées sur la détermination de la période fertile de la femme. - © Juliette de Montvallon / Reporterre
Durée de lecture : 7 minutes
Efficacité douteuse pour certaines, contraintes démultipliées… Reporterre a décortiqué les idées reçues sur les contraceptions dites « naturelles ».
Si vous êtes une femme hétérosexuelle en âge de procréer, vous en avez forcément entendu parler. Il y a votre amie archiconvaincue qui vous assure avoir renoué avec ses émotions et sa libido depuis qu’elle a troqué ses pilules contre un thermomètre ; votre gynéco plus que méfiant qui vous conseille plutôt un stérilet hormonal ; votre collègue qui vous rapporte que deux de ses copines sont tombées enceintes en utilisant des applications de suivi de cycle.
Dans cette cacophonie, difficile de se forger un avis sur les méthodes de contraception dites « naturelles ». Reporterre a essayé d’y voir plus clair.
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Contraceptions « naturelles » : de quoi parle-t-on ?
Il s’agit de méthodes basées sur la détermination de la période fertile de la femme. Rappelez-vous, c’étaient vos cours de biologie de terminale. Le cycle démarre au premier jour des règles. S’ensuit une phase préovulatoire, durant laquelle plusieurs follicules se développent dans les ovaires. L’un d’eux finit par libérer un ovocyte : c’est l’ovulation.
Vient ensuite la phase lutéale, de préparation de l’utérus à la grossesse au cas où il y aurait eu fécondation de l’ovule par un spermatozoïde. Si la fécondation n’a pas lieu, l’endomètre, douillet matelas utérin destiné à accueillir l’embryon, est évacué au cours des règles — et commence un nouveau cycle.
Lire aussi : Les contraceptions « naturelles » : féministes ou réacs ?
Les spermatozoïdes pouvant survivre jusqu’à 5 jours et l’ovocyte environ 24 heures, la période de fertilité est d’à peu près 6 jours par cycle. De ce constat sont nées deux grandes « familles » de contraceptions dites « naturelles ». La plus ancienne — méthode Ogino-Knaus ou méthode du calendrier — repose sur un calcul statistique : dans l’hypothèse où un cycle dure en moyenne 28 jours et que l’ovulation survient 14 jours avant les règles, mieux vaut éviter les rapports non protégés entre le 11e et le 15e jour.
La plupart des applications telles Flo et Clue s’inspirent de ce principe très décrié par les professionnels de santé — il parie sur des cycles parfaitement réguliers, ce qui est rarement le cas — et qualifié de « traditionnel » (comprendre non scientifique) par l’Organisation mondiale de la santé (OMS).
À l’inverse, l’autre grande famille s’appuie sur une attention quotidienne portée aux symptômes qui accompagnent les différentes phases du cycle. Avant et pendant l’ovulation, le col de l’utérus sécrète de la glaire, une substance permettant la survie des spermatozoïdes et dont la quantité et la texture évoluent au fil des jours.
Plusieurs méthodes (Billings, Fertility Care, méthode des deux jours) se basent sur son observation. Les techniques symptothermiques (M Fertilité, Sensiplan) couplent l’analyse de la glaire et le thermomètre, la température corporelle augmentant sensiblement après l’ovulation. L’idée est la même : identifier les six jours fertiles et éviter les rapports non protégés durant cette période.
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Est-ce que ça marche ?
C’est la question qui fâche. Dans son rapport Planning familial réédité en 2022, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) énumère les taux de grossesse au bout d’un an pour chacune des méthodes, en pratique « correcte et régulière » (c’est-à-dire en théorie) et « courante » (dans la vraie vie, en incluant donc oublis, méthodes mal réalisées, etc.).
Ainsi, les taux associés aux techniques basées sur le calendrier sont de 5 % de grossesses en pratique correcte et régulière, et de 12 % en pratique courante. Du côté des méthodes basées sur les symptômes, ils sont de 4 et 14 % pour la méthode des deux jours, de 3 et 23 % pour les méthodes d’ovulation (dans lesquelles l’OMS classe la méthode Billings) et de >1 % et 2 % pour la méthode symptothermique.
La méthode du retrait, ou coït interrompu, est peu fiable, avec un taux de grossesse de 20 % à un an d’utilisation courante.
Ces taux de grossesse — hormis ceux des méthodes symptothermiques — sont de fait plus élevés que ceux associés aux contraceptions médicalisées [1]. En résumé : seule la méthode symptothermique est réellement efficace, avec un taux de grossesse à un an comparable, voire inférieur, aux méthodes médicalisées.
D’où la réticence du Collège national des gynécologues et obstétriciens français (CNGOF) : « Pour une femme ne souhaitant absolument pas être confrontée à une situation de grossesse non prévue, ces méthodes ne sont pas vraiment recommandables », explique à Reporterre Geoffroy Robin, secrétaire général de l’organisation.
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Moins de contraintes ? Faux
Une idée répandue est que les méthodes d’observation sont réservées aux femmes ayant des cycles réguliers. Ce que réfute Marion Vallet, sage-femme formatrice à la méthode Sensiplan et coautrice avec Dr Sophie Saab du livre Cycle féminin au naturel.
« Au contraire, les femmes aux cycles très réguliers peuvent être moins vigilantes à l’instant présent et tentées de prévoir leur période fertile par rapport à leurs cycles précédents », prévient-elle. Des précautions sont néanmoins à prendre à la puberté, en post-partum et en périménopause.
Reste que ces méthodes sont exigeantes pour les femmes, sur qui repose généralement la charge contraceptive. Elles imposent de suivre de près l’évolution de la glaire une bonne partie du cycle ; quant à la symptothermie, elle nécessite de prendre sa température au réveil pendant au moins dix jours d’affilée, à la même heure et avec un thermomètre à deux décimales.
« Au quotidien, cette méthode est assez contraignante »
La plupart des pratiquantes remplissent quotidiennement une application ou un cyclogramme papier, associant observations et courbe de température, sur lequel elles reportent également les rapports sexuels et tout événement pouvant perturber le cycle — fièvre, insomnie, etc.
Ces méthodes impliquent aussi de modifier les scripts sexuels en période fertile, avec l’usage de préservatifs, des rapports non pénétratifs voire une abstinence totale. « Je ne sais pas si nous aurions opté pour ça si nous n’avions pas la perspective d’une vasectomie [méthode de stérilisation masculine] un an plus tard », avoue Marie dans un témoignage envoyé à Reporterre. « Au quotidien, cette méthode est assez contraignante et l’investissement du conjoint est incontournable », explique aussi Quitterie.
De fait, le CNGOF rapporte un taux d’abandon à un an plus élevé pour la « méthode de connaissance de l’ovulation » (48 %) que ceux d’autres contraceptions — 15 % pour les stérilets au cuivre et hormonaux, 30 % pour les pilules —, sans qu’on sache toutefois s’il est lié à son niveau de contrainte.
Par ailleurs, ces méthodes ne protègent pas contre les maladies sexuellement transmissibles, contrairement aux préservatifs pour hommes et pour femmes.
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Quelles formations ?
Il est absolument indispensable de bien se former, insistent en chœur Marion Vallet et Laurène Sindicic, également formatrice à la méthode Sensiplan et fondatrice de la plateforme de formation en ligne Émancipées.
Les associations, catholiques pour la plupart, ont longtemps eu le monopole de la transmission : Woomb France, Centre Billings France et Fertility Care pour les méthodes Billings et Fertility Care ; Cler Amour et Famille, le réseau belge Sensiplan et la fondation suisse SymptoTherm pour les méthodes symptothermiques. La documentation en ligne, elle, n’est pas toujours appuyée scientifiquement.
Une autre difficulté est que ces formations sont longues et souvent coûteuses : 379 euros pour le « Serenity Club » d’Émancipées, 525 euros pour la formation complète de SymptoTherm. Elles ne sont pas remboursées par la Sécurité sociale, sauf quand elles sont enseignées par des sages-femmes conventionnées. Certaines mutuelles acceptent de prendre en charge des consultations chez les naturopathes, dont certains forment à ces méthodes.
• Lire l’autre volet de notre enquête : Les contraceptions « naturelles » : féministes ou réacs ?