Contre l’A69, ils occupent des arbres devant la Cour européenne des droits de l’Homme
Des opposants à l'autoroute A69 se sont perchés sur des arbres et comptent rester pendant une durée indéterminée. - © Adrien Labit / Reporterre
Des opposants à l'autoroute A69 se sont perchés sur des arbres et comptent rester pendant une durée indéterminée. - © Adrien Labit / Reporterre
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Le 24 mars, trois « écureuils » se sont perchés sur des peupliers en face de la Cour européenne des droits de l’Homme, à Strasbourg. Ils dénoncent la répression subie par les opposants à l’autoroute A69.
Strasbourg (Bas-Rhin), reportage
« C’est vous les écureuils ? Je suis juste venue vous saluer et vous dire bravo ! » Ce lundi, Catherine n’est pas la seule à s’arrêter devant la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH) pour discuter avec les trois « écureuils » — surnom des opposants à l’A69 — accrochés aux branches de deux peupliers bordant les quais, à plus de 15 mètres du sol. Badge d’une institution européenne autour du cou, une autre femme s’avance pour prendre une photo avant de demander en anglais ce qui fonde cette action. « L’A69 ? Ahhh ok ! », réagit celle qui semble connaître le dossier en tournant les talons. Suivront des sympathisants alsaciens du Groupe national de surveillance des arbres (GNSA), une citoyenne allemande aussi curieuse que dubitative et une Strasbourgeoise désireuse de savoir s’ils ont « assez à manger ».
« Citoyens en lutte » contre le projet d’autoroute entre Castres et Toulouse, Kiwi, Ptit Jean et Raoul se sont installés en face de la CEDH dimanche 24 mars, en début d’après-midi, pour une « durée indéterminée ». « Notre but, c’est, d’une part, médiatiser la mobilisation contre l’A69, mais surtout mettre en lumière la répression qu’ont subie les écureuils de la zad de la Crem’arbre et les opposants au projet », détaille Raoul, descendu à portée de voix le temps d’une interview.
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Perchés dans des arbres centenaires situés sur le tracé de la future autoroute, dans le Tarn, des militants ont été assiégés par les forces de l’ordre pendant trente-neuf jours. « La répression policière a été disproportionnée, avec de la privation de sommeil, un non-accès à de l’eau et à de la nourriture, des pressions psychologiques et des menaces de viol, poursuit le militant. Nous sommes là pour dénoncer ces violences. »
Répit jusqu’à la rentrée prochaine
Initialement, l’action visait à mettre « un coup de pression » après qu’une nouvelle requête a été déposée devant la CEDH vendredi 22 mars par le GNSA. Objectif : faire cesser la répression contre les écureuils de la Crem’arbre le plus rapidement possible. « On courait à l’accident, dit Raoul. L’état de santé de certains d’entre eux était critique : ils avaient du mal à trouver leurs mots ou à faire leurs nœuds. Priver d’eau et de nourriture des personnes évoluant à 20 mètres au-dessus du sol constitue une véritable mise en danger. »
Après des semaines de lutte, une audition judiciaire a finalement offert un répit aux opposants ce week-end : l’abattage des arbres a été suspendu jusqu’au 1ᵉʳ septembre et les trois derniers écureuils de la zad sont revenus sur terre dimanche en début d’après-midi. « Nous avons adressé un courrier à la CEDH pour les informer que la requête n’avait plus de fondement », dit Franck Bada, au service juridique de la GNSA. Kiwi, Ptit Jean et Raoul ont toutefois décidé de maintenir leur action et lancé leurs cordes à l’assaut des peupliers strasbourgeois.
« Nous sommes heureux de cette victoire, mais nous ne voulions pas mettre sous le tapis tout ce qui s’est passé, explique Ptit Jean. Ce n’est pas parce que c’est terminé que l’on va tout oublier. Il faut continuer à en parler pour que cela ne reste pas impuni. Nous voulons que justice soit faite. » De son côté, Raoul regrette que l’on soit « obligé d’engager notre intégrité physique pour protéger des arbres ». Selon Franck Bada, deux plaintes ont été déposées devant le procureur de Toulouse concernant la répression subie par les écureuils. « Aujourd’hui, nous nous réservons le droit d’engager la responsabilité de l’État français devant les tribunaux pour faire condamner ces violences. »