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Reportage — Luttes

Contre l’arrivée du géant chinois Alibaba, mobilisation à Liège, en Belgique

Une centaine d’activistes ont bloqué la centrale à béton proche de l’aéroport de Liège, le 7 février 2022.

Une centaine d’activistes ont bloqué le 7 février la centrale à béton proche de l’aéroport de Liège. Objectif : empêcher l’extension de l’aéroport belge et l’arrivée du géant chinois du commerce en ligne, Alibaba.

Bierset (Belgique), reportage

En Wallonie, l’opposition à l’extension de l’aéroport de Liège et à l’arrivée du géant chinois de l’e-commerce Alibaba ne faiblit pas. Lundi 7 février, dans un froid ensoleillé, une centaine de militants d’Extinction rebellion et de Stop Alibaba a décidé de mener une action spectaculaire. Entre 4 et 5 heures du matin, équipés de banderoles et autre matériel nécessaire à l’action, de gros pulls, de blouses blanches intégrales et de quelques vivres, des femmes et des hommes ont réussi à pénétrer, sans heurt, au sein de la centrale à béton du constructeur Eloy et à paralyser la production le temps d’une journée.

Pourquoi cette centrale ? Située à Bierset, au pied de l’aéroport de Liège, elle « prépare une partie des matériaux qui devraient servir à couler des centaines de milliers de mètres carrés de dalles pour des entrepôts qui se multiplient aux alentours », explique Amande, militante au sein du collectif Stop Alibaba & co. L’entreprise affirme en revanche ne pas avoir livré un seul mètre cube de béton dans le cadre du projet d’Alibaba.

Aux alentours de 7 heures, les premières lueurs du jour mettent en lumière le message que porte cette action. Installée sur l’une des infrastructures par des cordistes, une grande banderole jaune déclare « Liège Airport : l’extension, laisse béton ». « Attention, cette action ne vise pas seulement Alibaba. Aujourd’hui on s’oppose à tout type d’expansion », dit un activiste. « Cet aéroport s’étend à une vitesse assez phénoménale, complète Amande. Ils ont refait une route qui contourne tout le site, ils ont construit une nouvelle cuve de kérosène, ils comptent augmenter la taille de leur pipeline, ils veulent allonger une piste de l’aéroport, etc. Et ça continuera comme ça si aucune limite n’est posée. »

« Des décisions purement anticlimatiques »

Dans cette lutte, un paradoxe dérange. D’un côté, une étude d’incidences pour le renouvellement du permis d’exploitation de l’aéroport pour 2023 est toujours en cours. Difficile, donc, de mesurer les impacts réels du surcroît d’activité induit par tous ces projets : sur l’environnement, le bruit, l’économie locale, l’emploi, etc. Pourtant, en novembre dernier, Cainiao Network, la branche logistique d’Alibaba, a officiellement mis en service son hub européen à l’aéroport de Liège. De plus, la commune et la région accordent au cas par cas des autorisations de construction pour des sociétés de transport.

« C’est quand même incroyable de se lancer dans des projets dont on ne connaît pas les impacts », fustige une autre militante. Toutefois les promesses d’Alibaba, elles, sont connues : création de 550 à 900 emplois directs et entre 1 800 et 2 400 emplois indirects à horizon 2024, comme l’explique une grande enquête du média belge Imagine demain le monde. Mais quid de la qualité de travail et des destructions d’emplois ? Alors que « la note d’analyse de Mounir Mahjoubi [ex-secrétaire d’État français au numérique] de 2019 montre que pour un emploi créé dans le cybercommerce, deux disparaissent », précise un communiqué de presse de Stop Alibaba.

Une centaine d’activistes ont bloqué la centrale à béton proche de l’aéroport de Liège. © Stop Alibaba & co

« Ce que nous demandons aujourd’hui n’est pas si difficile à entendre, continue Amande. Nous appelons à un moratoire immédiat sur tous les projets d’extension, le temps de réaliser une véritable étude d’incidence globale et d’organiser un authentique débat démocratique. » Côté environnement et bien-être des habitants, la facture semble lourde : hausse des atterrissages et décollages, des vols de nuit et de jour, et augmentation du trafic routier des camions pour acheminer tous ces colis vers les consommateurs.

« Il s’agit de décisions purement anticlimatiques, conclut Amande. Ce sont des investissements publics énormes, on est à 1,25 milliard d’euros. 350 hectares seront anéantis, recouverts de béton, de voiries, d’infrastructures... Sans parler des émissions de CO2 qui bondiront avec l’objectif assumé d’augmenter le trafic aérien. »

Encerclés par quelques fourgons de police, les militants ont quitté les lieux vers 16 heures, comme prévu, sans qu’aucun affrontement n’ait eu lieu. « On est plutôt contents quand ça se passe comme ça, explique un activiste. C’est chouette de se retrouver ensemble pour lutter pour ces enjeux climatiques, sociaux et économiques qui nous tiennent à cœur. »

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