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ReportageAlternatives

Dans cette commune, les habitants produisent et consomment localement leur énergie

Cléguérec compte des ombrières au-dessus du boulodrome et du terrain de tennis, mais aussi autour du bâtiment des services techniques de la mairie.

Cléguérec, dans le Morbihan, est une ville solaire : à l’aide de 5 000 m2 d’ombrières photovoltaïques, la commune bretonne produit et consomme sa propre énergie. Des particuliers se sont aussi lancés dans l’aventure.

Cléguérec (Morbihan), reportage

Des pieds métalliques supportant un toit légèrement incliné, recouvert de dizaines de panneaux photovoltaïques. En dessous, un terrain de tennis synthétique. À quelques kilomètres de là, le boulodrome est lui aussi recouvert par une structure identique. « Les adeptes de boule bretonne [1] sont ravis car ils peuvent venir jouer ici, même en hiver. Depuis l’installation de ces panneaux, on a plus d’usagers. On n’avait pas prévu cela ! » se réjouit le maire, Marc Ropers, vêtu en ce matin de février d’un manteau matelassé.

Malgré la pluie qui ne cesse d’arroser la Bretagne depuis le début de l’année, Cléguérec (3 000 habitants), située dans le Morbihan, est ce qu’on peut appeler une ville solaire : à l’aide de 5 000 m2 d’ombrières photovoltaïques, la commune bretonne produit et consomme sa propre énergie.

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« À l’origine, l’idée était de créer un préau à l’école publique. Et on s’est dit pourquoi pas une ombrière photovoltaïque. Mais c’était trop cher, cela représentait un investissement trop important pour la commune », raconte Xavier Robin, adjoint aux affaires scolaires. Puis en 2020, au moment du confinement, via Bruded, un réseau d’échange d’expériences entre collectivités bretonnes, l’adjoint a découvert l’existence de SeeYouSun.

Des ombrières multi-usages

L’entreprise, qui se définit comme « premier opérateur solaire de quartier », finance, construit et exploite des centrales photovoltaïques sur des espaces déjà urbanisés, tels que des toitures, des parkings ou encore des espaces sportifs. À l’époque, le cogérant de l’entreprise solaire François Guérin a immédiatement vu « le potentiel photovoltaïque de Cléguérec ». « On était en visio, et en allant sur un plan en ligne, François Guérin a recensé en direct les infrastructures où pouvaient être construites ces ombrières », raconte Xavier Robin.

Six ans plus tard, Cléguérec compte des ombrières au-dessus du boulodrome et du terrain de tennis, mais aussi autour du bâtiment des services techniques de la mairie. Ici, du matériel peut désormais être entreposé à l’abri. À l’entrée de la salle de fitness de Cléguérec, le parking est désormais couvert par ces fameuses structures solaires. « Cet été, les ombrières ont même fait office de barnum pour un événement ! » se réjouit le maire, profitant cette fois-ci de l’ombrière pour s’abriter de la pluie. D’après SeeYouSun, Cléguérec est « l’une des plus grandes boucles d’autoconsommation collective de Bretagne ».

«  Les adeptes de boule bretonne peuvent venir jouer ici, même en hiver. Depuis l’installation de ces panneaux, on a plus d’usagers  », indique le maire Marc Ropers.

« Pour nous, c’était tout bénef’ : on a des abris grâce à SeeYouSun qui installe ces ombrières et revend l’électricité derrière. La question de l’autoconsommation est arrivée plus tard », dit Marc Ropers, qui veut, dans un contexte de baisse de moyens ces dernières années pour les collectivités locales, « montrer qu’on peut mener des projets pour la commune sans dépenser un sou ».


Au total, SeeYouSun, qui fête ses 10 ans et compte plus de 800 centrales photovoltaïques en France, a investi un peu plus de 1,2 million d’euros à Cléguérec. « Un projet que nous n’aurions pas pu mener nous-mêmes en raison du coût », explique Marc Ropers. La commune loue, pour une modique somme selon le maire, les terrains à l’entreprise. SeeYouSun finance ses projets en revendant l’électricité grâce à un contrat d’obligation d’achat sur vingt ans, permis par l’État depuis 2021. L’électricité est revendue soit localement, « soit à Enedis et à prix garanti », précise François Guérin.

Des particuliers font partie de la boucle d’autoconsommation

« Avec toutes ces ombrières, on peut fournir de l’électricité à 10 km à la ronde », dit Marc Ropers. Au total, chaque année, ce sont 982 MWh d’électricité qui sont produites à l’aide des panneaux, soit l’équivalent de la consommation de 700 habitants, hors chauffage.

La commune, elle, fait également partie des consommateurs de cette énergie produite grâce au soleil. Depuis juin, les panneaux alimentent quatorze bâtiments tels que l’école, la restauration scolaire, ou encore la salle des sports. « L’été, on autoconsomme 80 % de nos besoins, 20 % l’hiver », précise Daniel Nicol, directeur général des services. Et avec cette électricité locale, sur 150 000 euros de facture d’électricité, Cléguérec a économisé 5 000 euros en 2025.

D’après SeeYouSun, une quinzaine de particuliers a déjà franchi le pas et fait désormais partie de la boucle locale d’autoconsommation. Le 30 octobre, la mairie et SeeYouSun ont organisé une réunion publique pour informer les particuliers et entreprises locales sur l’autoconsommation collective.

« Des communes viennent nous voir et nous interrogent là-dessus »

« On pensait avoir 15 à 20 personnes, mais en fait on en a eu 80 ! » fait savoir le maire, qui dit avoir été surpris par cet engouement. « Il y avait eu sur Cléguérec un projet d’éoliennes qui a tout de suite connu une opposition assez vive. Avec ces panneaux intégrés au paysage, on n’a rien eu de tel, ça a tout de suite été accepté », constate celui qui ne se représente pas aux prochaines élections.

Gwenaëlle, qui travaille dans la puériculture, a assisté à cette fameuse réunion publique. Elle fait partie des habitants à franchir le pas pour consommer l’énergie produite localement. Sa première motivation étant « de faire des économies, car c’est le nerf de la guerre », explique-t-elle. Le prix du kilowattheure avec SeeYouSun se présente comme avantageux. « Le fait que ce soit de l’énergie renouvelable, qui plus est produite localement, arrive après. Mais, évidemment, cela compte aussi », ajoute-t-elle.

Le parking de la salle de fitness compte aussi des ombrières, qui permettent de produire de l’électricité et d’avoir un abri pour des événements.

Pour François Guérin, l’idée avec SeeYouSun « est de créer des circuits courts, de faire vivre des communautés urbaines d’énergie et de promouvoir l’électricité solaire locale et partagée ».

Bientôt, des batteries pour stocker l’électricité devraient aussi émerger à Cléguérec. La salle des fêtes, qui est en train d’être reconstruite, devrait aussi accueillir des panneaux. Xavier Robin constate que le projet de boucle d’autoconsommation collective attire aussi d’autres élus locaux : « Des communes viennent nous voir et nous interrogent là-dessus. » Une initiative qui rayonne en somme.

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