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Énergie

Des ONG lancent un appel à M. Macron : « Stoppez le gaz de couche en Lorraine »

Les organisations autrices de cette lettre ouverte à la ministre de la Transition écologique, et au président de la République, réclament l’arrêt immédiat du soutien à l’exploitation du gaz de couche en Lorraine. Elle demandent aussi aux politiques d’arrêter d’encourager l’extraction d’énergies fossiles par l’octroi de subventions et les conflits d’intérêts dans la prise de décision publique. Cette tribune est publiée simultanément sur Reporterre, Mediapart, Basta et Politis.


Monsieur le Président de la République, Emmanuel Macron
Madame la Ministre de la Transition écologique, Barbara Pompili
Paris, 19 janvier 2021

Monsieur le Président, Madame la Ministre,

Les rapports scientifiques du Giec (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) et les effets d’un dérèglement climatique de plus en plus manifeste ont mis en évidence la nécessité de réduire nos émissions de gaz à effet de serre et de tourner définitivement le dos aux énergies fossiles.

Pourtant, des projets fossiles continuent d’être soutenus par les pouvoirs publics : les entreprises obtiennent des autorisations et des subventions publiques, notamment grâce à leurs liens privilégiés avec de hauts administrateurs publics placés au sein des directions centrales de l’État. Les intérêts des entreprises du secteur des énergies fossiles malmènent la démocratie et font obstacle à l’adoption et la mise en œuvre des mesures indispensables pour faire face à l’urgence climatique.

L’entreprise gazière La Française de l’énergie (anciennement European Gas Limited) a déposé une demande de concession pour exploiter du gaz de couche de charbon en Moselle, qui pourrait représenter jusqu’à 400 puits de forage. Cette énergie fossile requiert l’utilisation de techniques non conventionnelles pour son extraction, semblables à celles utilisées pour le gaz de schiste. À la suite du lobbying de la Française de l’énergie et aux renoncements du gouvernement, la loi Hulot sur les hydrocarbures, adoptée en 2017, avait exempté le gaz de couche de l’interdiction de ces techniques non conventionnelles.

Ce type d’hydrocarbure n’a jamais été exploité en France, mais les impacts environnementaux et climatiques dramatiques de son extraction sont bien connus à l’étranger : pollution de l’air, de l’eau, des sols, fortes émissions de gaz à effet de serre. Aucune garantie sérieuse n’a été mise en évidence, les études et rapports sanitaires et environnementaux pointent des risques sans ambiguïté [1].

Par ailleurs, selon le Code minier actuellement en vigueur, l’obtention d’une concession suppose que l’entreprise démontre ses capacités techniques et financières ; ce n’est pas le cas ici [2]. Légalement, le gouvernement a donc la possibilité et le devoir de refuser cette demande de concession. En effet, la Française de l’énergie n’a pas les capacités requises : elle a multiplié les forages avec des techniques différentes qui se sont toutes soldées par des échecs en matière d’extraction du gaz, mais qui n’en sont pas moins dangereuses et fortement consommatrices d’eau. Cette demande de concession s’apparente donc surtout à une opération spéculative [3].

« Schéma très simplifié, selon Wikipedia, présentant deux types d’exploitation du gaz de couche, 1) par pompage et mise en dépression du charbon, 2) par “cavitation” associée au pompage mise en dépression. En bleu : l’eau, en rose : le méthane qui était piégé dans le charbon (gaz de couche). »

Au plan local, en Lorraine, les retombées socioéconomiques du projet seraient dérisoires, voire nulles. L’enquête à consultation publique, qui s’est achevée en novembre, a mobilisé de nombreux citoyens et élus locaux, qui se sont prononcés en grande majorité (près de 85%) contre ce projet fossile en raison des graves risques qu’il présente pour l’environnement et le climat.
Cependant, des relations privilégiées entre membres du conseil d’administration [4] de cette entreprise et hauts administrateurs publics au sein des directions centrales de l’État biaisent la concertation, qui n’est en réalité qu’une consultation sans pouvoir réel, et mettent à mal la démocratie et toute décision en faveur de l’intérêt général.

L’octroi de cette concession serait un nouveau renoncement du gouvernement face à ses engagements et une abdication face à la pression d’entreprises spéculatives. Nous demandons le rejet de cette demande de concession par le gouvernement. Aurez-vous le courage et la responsabilité de le faire ?

Il existe d’autres projets fossiles en France : à quelques kilomètres de la forêt de Fontainebleau, une autorisation pour 10 nouveaux puits d’extraction de pétrole vient de faire l’objet d’une enquête publique. Près de Commercy, dans la Meuse, une entreprise demande un laissez-passer pour implanter huit plateformes d’extraction de gaz en pleine forêt (avis défavorable de l’enquêteur public). À l’inverse, un avis favorable a été donné pour trois plateformes dans le secteur de Bar-le-Duc (Meuse). Les enjeux climatiques soulevés par ces énergies fossiles ne sont pas conciliables avec les ambitions annoncées par Emmanuel Macron sur la scène internationale : il est nécessaire que des mesures à la hauteur de l’urgence climatique soient prises. Les décideurs publics se doivent d’être en première ligne pour préserver la santé, garantir un environnement sûr, et défendre nos intérêts et ceux des générations futures.

Enfin, nous nous associons aux revendications de la campagne européenne Fossil Free Politics, portée par plus de 200 organisations, et qui vise à libérer les politiques publiques de l’influence des lobbies fossiles. Cette campagne exige l’arrêt immédiat des soutiens publics à l’industrie fossile : l’argent du contribuable ne doit plus être utilisé pour soutenir l’extraction d’hydrocarbures. Elle demande aussi que soient coupés les canaux d’influence des représentants de l’industrie fossile sur la politique, notamment en mettant fin aux réunions de lobbying et en régulant plus strictement les conflits d’intérêts et le pantouflage [5]. Cela permettrait de s’affranchir enfin de la pression des lobbies et ainsi de défendre l’intérêt général.

En l’attente de votre réponse, nous vous prions d’agréer, Madame la Ministre, l’expression de notre plus haute considération.


  • À l’initiative de :

Association pour la Préservation de l’Environnement Local 57-Moselle (APEL57)
Amis de la Terre France
Attac France
Campagne Fossil free politics
Greenpeace France

  • Organisations signataires :

350.org
Association Internationale de Techniciens Experts et Chercheurs (Aitec)
Alternatiba
ANV-COP21
Association Gratte-papier
Collectif Pour une terre plus Humaine
DenosMAINs
Émancipation Collective
Fondation Danielle Mitterrand
France Nature Environnement
Reclaim Finance
Réseau Foi et Justice Afrique Europe
Sciences citoyennes
Stop Mines 23
Vervillages
aGter
Amis de la Terre Moselle
Association mosellane pour la promotion des énergies renouvelables (Amper)
Association pour la protection de l’environnement à Lérouville
Association Un toit Partagé
Attac Moselle
Collectif houille ouille ouille
Collectif non à l’huile et gaz de schiste 91
Extinction Rébellion NANCY
Greenpeace - groupe local Nancy
La Voix de l’Arbre
Lorraine Association Nature
Lorraine Nature Environnement
Marche pour la biodiversité
Résilience France
ZEA

  • Source : Courriel à Reporterre

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