Des PFAS omniprésents dans nos aliments
Les poissons sont les aliments dans lesquels les PFAS sont détectés le plus régulièrement. - Wikimedia Commons / CC-BY-SA-3.0 / GrandCelinien - (G. A.)
Les poissons sont les aliments dans lesquels les PFAS sont détectés le plus régulièrement. - Wikimedia Commons / CC-BY-SA-3.0 / GrandCelinien - (G. A.)
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L’analyse de milliers de prélèvements par Générations futures a montré la présence de « polluants éternels » dans un tiers des aliments. L’ONG demande l’adoption d’une réglementation contraignante.
Les substances per- et polyfluoroalkylées (PFAS) sont présentes au quotidien dans nos assiettes, selon l’analyse que l’association Générations futures a faite de milliers de prélèvements officiels en Europe. Sur 2 890 échantillons prélevés par l’Allemagne, le Danemark, les Pays-Bas et la France en 2023, 36 % présentent la trace d’au moins 1 des 4 « polluants éternels » réglementés en Europe, indique l’ONG dans un rapport publié le 19 juin. Les tests sont positifs pour 69 % des poissons examinés, 55 % des abats, 39 % des œufs, 27 % des crustacés, 23 % des laits et 14 % des viandes.
Ce sont les abats qui présentent la teneur la plus élevée, avec 2,07 microgrammes (µg) par kilo en moyenne, ainsi que les poissons (0,72 µg/kg), tout particulièrement les poissons d’eau douce. « Les viandes de volaille semblent beaucoup moins contaminées que les viandes de bœuf », détaille Générations futures, qui précise que ces taux moyens reflètent mal les résultats, « très variables d’un échantillon à l’autre ».
Effets identifiés depuis les années 2000
Cette analyse n’est qu’une estimation partielle, fondée sur des données disparates, incomplètes, voire « lacunaires », insiste Génération futures. Mais elle montre le retard pris par les gouvernements européens pour endiguer la propagation de ces molécules issues de l’activité humaine, pourtant connue de longue date.
Très difficiles à éliminer, les PFAS sont rejetés dans les eaux, l’air et le sol par les industriels qui utilisent leurs propriétés antiadhésives et imperméabilisantes, ou s’immiscent dans les résidus de pesticides et les mousses anti-incendie. Ils s’accumulent dans les végétaux et finissent par passer dans l’alimentation.
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Les effets sur la santé de plusieurs de ces milliers de substances ont été identifiés à partir des années 2000. Le PFOA est ainsi reconnu cancérogène avéré pour l’humain et le PFOS peut être cancérogène, selon le Centre international de recherche sur le cancer.
Il a fallu attendre quinze ans, depuis la première alerte de l’Autorité européenne de sécurité des aliments, en 2008, pour que la Commission européenne mette en place des limites de concentration. Seulement quatre PFAS sont concernés par ces limites réglementaires, sur les milliers de substances. Avec, en plus, des teneurs maximales tellement élevées que très peu de produits sont effectivement retirés du marché. La viande peut ainsi être commercialisée jusqu’à 1,3 µg de PFAS par kilogramme, tandis que les abats sont considérés comme conformes jusqu’à une concentration de 50 µg/kg.
Cette réglementation ne concerne qu’un nombre restreint d’aliments : ni les fruits et légumes, ni les céréales, ni les produits laitiers ne sont contrôlés.
« Un œuf à la limite de conformité représente 140 % de la quantité tolérable »
Par ailleurs, ces concentrations maximales ne permettent pas de rester en dessous de la dose hebdomadaire tolérable établie par l’Autorité européenne de sécurité des aliments en 2020, en fonction de l’âge et du poids des personnes. Cette dose a été calculée pour protéger la population des effets délétères des quatre PFAS les plus présents.
Selon Générations futures, « la consommation d’un seul œuf à la limite de conformité représente 140 % de la quantité tolérable pour toute une semaine d’alimentation pour un enfant de 4 ans ». Idem pour les seuils retenus pour la viande, et plus encore pour les anchois, dont une portion contaminée au niveau du seuil légal représente 1 705 % de la dose hebdomadaire tolérable pour un adulte de 60 kg.
Des seuils établis sur des critères économiques
Autre bizarrerie, les seuils retenus par la Commission européenne sont très différents d’un produit à l’autre. Ils représentent une concentration presque quatre fois plus élevée pour les mollusques que pour le porc. Et 22 fois plus élevée pour les anchois (45 µg/kg) que pour le thon (2 µg/kg). « Le taux de PFAS dans un aliment serait-il moins impactant pour la santé que le même taux de PFAS dans un autre ? » raille Générations futures. Selon l’association, ces seuils ont en réalité été établis sur des critères économiques, pour entériner des concentrations constatées, afin d’éviter que la législation ne pénalise l’agroalimentaire.
Les choses pourraient néanmoins évoluer dans les prochains mois. Un groupe de pays européens a proposé une « restriction universelle » de la fabrication, la commercialisation et l’utilisation de l’ensemble des PFAS en Europe. « Il est nécessaire d’interdire de manière drastique les émissions industrielles », insiste Générations futures dans son rapport. L’association réclame également la publication des résultats des analyses conduites en 2024 dans le cadre des plans de surveillance.
Le 20 février, les députés écologistes ont fait voter une loi pionnière qui interdit à partir du 1er janvier 2026 la fabrication, l’importation et la vente des produits cosmétiques, des enduits de ski (farts) et de certains textiles composés de PFAS. Elle ne concerne toutefois pas les poêles, les emballages alimentaires et les mousses anti-incendie.