Des étudiants de l’EHESS racontent comment ils ont empêché leur évacuation

Durée de lecture : 4 minutes

3 mai 2018



Le mardi 1e mai, l’EHESS (Ecole des hautes études des sciences sociales) a repoussé une intervention policière qui voulait évacuer ce lieu universitaire occupé. Des étudiants racontent ce qui s’est passé dans ce texte envoyé à Reporterre :

« Depuis la veille, nous occupions le bâtiment n°96 du boulevard Raspail, ce que nous avions voté en assemblée générale pendant les vacances du fait de la situation et pour s’organiser en vue du 1er mai. Nous nous étions entendu.es avec la présidence pour prendre en charge le bâtiment (fermeture des portes à minuit, ouverture à 7h, présence d’un vigile, etc.).

La nuit se passe sans incident. Le matin, nous partons pour la manifestation qui se révéla être un moment intense à plusieurs égards. En fin d’après-midi, les gens fatigués retournent à l’occupation, se reposent. L’ambiance est tranquille, crêpes, confiture et cigarettes sur la terrasse.

À la tombée du soir, on voit arriver sur le boulevard Raspail une manifestation de plusieurs dizaines de personnes pourchassées par des policiers qui enlèvent leurs matricules. Le portail est ouvert, ils se réfugient à l’intérieur, puis les policiers tentent de le forcer, en ordonnent l’ouverture, visent les gens avec des flashballs, insultent sans trêve. On a la sensation que frustrés de leur 1er mai les flics veulent se venger et partent en mission commando en courant à l’arrière. Rapidement, une dizaine de personnes referment et verrouillent le portail.

À l’arrière du bâtiment, rue Notre-Dame-des-Champs, les flics se ruent sur un enseignant-chercheur qui tentait de sortir, le tirent hors du bâtiment, le mettent au sol et le violentent. Ensuite, les flics essaient de forcer la porte, matraquent et gazent abondamment par l’entrebâillement. On a pris le témoignage d’une étudiante violemment blessée lors de cette agression : « je suis arrivée pour aider le mec, je me suis pris un coup sur le bras, un sur la main et un sur la tête, il avait bloqué la porte avec son pied, comme ça il a pu passer sa gazeuse et il a longtemps, très longtemps gazé. Ensuite, à cause de l’air qui devenait irrespirable, on a appelé de l’aide, beaucoup de gens sont arrivées nous relayer. » À cause des gaz, des personnes sont tombées au sol, quelques occupant.e.s ont dû se réfugier à la Brêche pour se faire soigner.

Un inoffensif pétard de lâché les pousse à se retirer. La porte est fermée, barricadée.

Les policiers encerclent ensuite le pâté de maison, quatre fourgons se répartissent entre le métro Notre-Dame-des-Champs, l’angle boulevard Raspail–rue de Fleurus et le métro Saint-Placide. Sur le boulevard, des soutiens affluent devant la porte, les policiers poireautent sur le terre-plein central. La situation se pose, on attend en se soignant et en peaufinant les barricades. Des contacts se font avec l’extérieur via l’escalade des grilles, un membre du Bureau de la présidence arrive, discute avec les flics ; il est rejoint par le président Prochasson quelques instants après. Le Président et un membre du Bureau entrent ensuite dans le 96 et s’entretiennent avec les occupant.e.s.

Il est alors 22h et les flics repartent. Peu après, ceux qui souhaitent sortir sont escortés par le Bureau de la présidence jusqu’au métro Saint-Placide, tandis qu’à l’intérieur la pression se relâche et l’occupation continue.

Ensemble, en nous faisant confiance, nous avons réussi à repousser cet assaut de flics enragés qui, faisant fi de toute légalité, ont attaqué sans autorisation une université. Mettre en mots ce qui s’est passé hier soir à l’école ne peut pas retranscrire l’intensité de ce que nous avons vécu sur le moment. C’est une tentative pour partager ce qui nous a fait vibrer pendant une heure, à d’autres moments et dans d’autres circonstances entre copaines de lutte de partout. Cette sensation de confiance et de puissance c’est à nous de la nourrir, de la propager, que tou.t.es nous puissions la sentir et l’honorer. Mais ne fait que commencer… »

  • Source et photo : courriel à Reporterre envoyé par un Collectif d’étudiants de l’EHESS.




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