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Photographe dans les Vosges ©Mathieu Génon/Reporterre

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Reportage — Luttes

L’École des hautes études EHESS occupée à Paris en soutien à la Zad

Des étudiants de l’École des hautes études en sciences sociales « sanctuarisent » ce haut lieu universitaire, à Paris, en soutien à la Zad de Notre-Dame-des-Landes.

  • Paris, reportage

Les jardins de l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS) sont calmes en cette fin d’après-midi du mardi 10 avril. Un petit groupe d’étudiants profite des derniers rayons de soleil pour bavasser. Pourtant, l’école a vécu une journée historique. Le matin, une assemblée générale décidait l’occupation jusqu’à vendredi du 105, boulevard Raspail, site principal de l’établissement.

Si l’action s’inscrit évidemment dans le mouvement étudiant en cours, elle s’en démarque par son origine : le soutien à Notre-Dame-des-Landes. Camille*, rencontré dans les jardins, raconte le lancement de l’occupation : « Hier soir, nous avons organisé spontanément une réunion pour se demander comment soutenir la Zad. C’est un sujet qui préoccupe pas mal de monde à l’école, aussi bien des élèves que des profs. Nous sommes nombreux à y être allés, et nous y avons même organisé l’an dernier une barricade de mots. Il nous a paru absurde de continuer à produire du savoir critique alors que la ZAD est envahie. Alors plutôt que de parler d’occupation, on a décidé d’occuper. »

En face du 105, un mur sert de « point info Zad ». À 18h, on y apprend que « Collomb s’enlise aux Fosses-Noires ». C’est ici que se tient la Brèche. De son vrai nom : Baraque radicale des êtres qui chatouillent l’État, un collectif étudiant né l’an dernier qui depuis occupe en permanence le local accordé par la présidence.

À cette heure, une bonne partie des membres de la Brèche se trouvent à Saint-Michel, où a lieu le rassemblement de soutien à la Zad. Un petit groupe se détache de la foule pour expliquer avec enthousiasme l’occupation. Georges* nuance aussitôt ce terme : « Ce n’est pas une occupation à proprement parler, puisqu’on a obtenu l’accord de la présidence pour sanctuariser le 105 jusqu’à vendredi. On n’a pas plus non plus assez de forces pour y rester la nuit. » Il n’empêche, la programmation diurne foisonne d’idées. Cerise* détaille la journée du mercredi, très orientée vers Notre-Dame-des-Landes : « On a comme grand projet un atelier de cartographie sensible autour de la Zad, de constituer une grande fresque des lieux. Il y aura aussi un séminaire autogéré alternatif sur la Zad, co-construit par les profs et les élèves. On compte aussi des projections de films toute la journée. On sait pas trop encore vers où ça va ! »

Thibault*, cigarette à la main, l’air sérieux, s’interroge : « La question de la sélection nous concerne beaucoup à l’EHESS. On nous présente comme un “établissement d’élite”. Alors comment positionner une institution comme ça dans le mouvement étudiant contre la sélection ? » La réponse se situe peut-être à Notre-Dame-des-Landes. Ou plutôt, comme le dit Thibault, « au lieu d’aller à la Zad, qu’est-ce que la Zad peut nous apporter ? Comment occuper un lieu ? Qu’est-ce que réoccuper une fac ? C’est ce qu’on va se demander ces trois jours. »

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