Le quotidien du climat
OBJECTIF :
70 000 €
48649 € COLLECTÉS
69 %
Je fais un don

« Désarmons la police », demandent les manifestations de soutien à Maxime

31 mai 2018 / Nicolas de la Casinière et Émilie Massemin (Reporterre)

Dans plusieurs villes de France, des centaines de personnes ont manifesté pour soutenir Maxime, qui a perdu sa main à Notre-Dame-des-Landes, et pour demander l’interdiction des armes mutilantes. Reporterre a suivi les rassemblements à Nantes et à Paris.

  • Nantes (Loire-Atlantique), correspondance

Ils sont 300 au début du rassemblement, mercredi 30 mai, presque le double pour aller en cortège jusqu’à la préfecture de Loire-Atlantique. Mains ouvertes ou poings levés, gantés de rouge, « en soutien à Maxime Peugeot pour la suppression des grenades ». Beaucoup de gants de fortune, des chiffons autour des mains, des formes de main en carton, symbole de la main arrachée…

« Nous, on est là pour témoigner du refus de la violence d’État, qui cherche à dissuader les gens d’aller exercer leur droit de manifester », disent Jeanne et Yvan, qui se définissent comme « papy mamie dinosaures à cheveux blancs ». « Cela fait dix ans qu’on bataille contre le danger des armes de la police, notamment le LBD [lanceur de balle de défense, la dernière version du flashball], explique Emmanuelle, de l’Assemblée des blessé.es par la police. Il faut que cesse leur usage, dans les quartiers populaires comme dans les manifs. »

Les manifestants ont brandi des dizaines de pancartes montrant des photos de sales blessures subies sur la Zad depuis le 9 avril. Plaies ouvertes au buste, au visage, éclats de sangs au bras, aux jambes. L’équipe de médecins et de soignants de la Zad fait le énième bilan, régulièrement alourdi depuis le début de l’offensive des gendarmes le 9 avril dernier : 330 blessés pris en charge à ce jour, 25 évacués vers des hôpitaux à la suite de blessures de grenades, de balles de LBD. « On le dit depuis le début, ces armes sont susceptibles de provoquer un mort… avec cet objectif, neutraliser toutes les personnes qui contestent les injonctions de l’État. »

L’équipe médic lit le bilan des blessés de la Zad, mercredi 30 mai, à Nantes.

« Cela nous rend triste, on est dégoûtés, mais ça ne nous décourage pas. Nous ne sommes pas entraînés à la guerre, ce n’est pas notre métier, pas notre but non plus. Nous ne sommes pas parfaits ni supérieurs, mais nous sommes fiers de ce que nous sommes », explique au micro un zadiste racontant le journée où Maxime Peugeot s’est fait arracher la main par la déflagration d’une grenade. L’écoute est attentive. Les visages sont graves, entre rage et abattement. L’appel à la solidarité est lancé : « La cagnotte a déjà 11.000 euros, mais il faut 80.000 à 90.000 euros pour une prothèse, disons, potable. » Ce pot commun en ligne a été lancé par des amis et des proches de Maxime. L’émotion est toujours pesante lors de la lecture de la lettre de Robin Pagès, qui se termine par : « La vie continue, le combat pour elle aussi. Maxime, tiens bon ! »

Marie, médecin généraliste récemment retraitée, rappelle que la dangerosité de ces armes explosives a aussi atteint « deux gendarmes grièvement blessés, admis en réanimation après avoir fait exploser une de leurs propres grenades ». Une zadiste de l’équipe soignante ajoute : « Nous avons saisi le Défenseur des droits [le 18 avril], par rapport à la violence. Malheureusement la sollicitation n’a pas permis d’empêcher le drame qui est arrivé à Maxime. » Rappelant que la quasi totalité des plaintes contre les forces de l’ordre sont classées sans suite, et que l’on peut douter de leur issue, elles demandent « le retrait des grenades GLI-F4 le retrait du dispositif policier encore sur la Zad et que justice soit faite pour Maxime et pour les autres ».

À 19 h, quand le rassemblement se mue en cortège marchant vers la préfecture, la tension monte vite. Ironie du nom des rues, c’est en dépassant la rue de la Paix que les CRS se mettent à coller la manif à moins d’un mètre, boucliers face aux manifestants, qui n’ont avec eux que leur rage, les gants rouges et des invectives envers la police. « Même les chiens ont un nom, pourquoi vous avez caché vos matricules ? »

À Nantes, la manifestation du 30 mai a été très surveillée.

Un gradé se place juste devant la banderole de tête, qui proclame « Après le glyphosate, la GLI-F4 ». Il marche ostensiblement très proche, à toucher la banderole, accentuant la tension. Comme s’il cherchait à provoquer un incident. La manif n’est pourtant pas offensive, les seuls cagoulés de la journée sont les policiers, en uniforme et en civil. Puis, l’ordre arrive d’ouvrir la ligne pour laisser passer le cortège, direction la préfecture. Sur les marches de l’accès au public, fermé à cette heure-là, une banderole « Désarmons la police » est déployée, devant une haie de poings brandis et de gants rouges levés. Cinq minutes, pas plus. Au dessus de la balustrade en pierre, les CRS attendaient l’ordre. Une lance à eau entre en action contre la banderole, et des lacrymogènes sont jetées depuis le jardin de la préfecture. En face, depuis la manif, presque aucun projectile n’a été lancé (une bouteille et une canette auraient été aperçues). Un manifestant, paysan de la Zad, est atteint à l’œil par la puissance de la lance à eau, pris en charge par l’équipe médic et transféré au CHU.

Un manifestant atteint par le jet de la lance à eau, mercredi 30 mai, à Nantes.

La manif scande « Siamo tutti antifascisti », lance un ironique « Liberté, Égalité, Fraternité » ou reprend « Police milice. Flicaille racaille » emprunté à un film de Jacques Demy tourné en 1982 dans la rue à côté, Une chambre en ville et mettant en scène les grèves ouvrières insurrectionnelles de 1955.

Devant la préfecture de Nantes, mercredi 30 mai.

Plus loin, appuyée par des CRS, la brigade anticriminalité charge plusieurs fois au cœur du rassemblement, pourtant calme, provoquant bousculades et matraquages, pour arrêter trois personnes qui n’ont rien fait. La manif se dissout, amère, meurtrie. On se remémore la fin de la lettre ouverte de Robin Pagès : « La vie continue, le combat pour elle aussi. »


À PARIS : BRISER LE SILENCE

  • Paris, reportage

À 18 h 30, sur le parvis de l’Hôtel de Ville de Paris, pas de batucada, peu de pancartes. Mais de nombreuses mines sombres et ce triste signe de ralliement, la main droite entortillée d’un tissu rouge ou gantée d’écarlate en marque de soutien à Maxime. Pour briser le silence, un des organisateurs du rassemblement, membre de l’Assemblée des blessés de la Zad de Notre-Dame-des-Landes, saisit un mégaphone devant la grande banderole « L’État tire dans le tas, désarmons-le ! ».

Sur le parvis de l’Hôtel de Ville de Paris, mercredi 30 mai.

« On voulait reprendre cette idée qu’avait eu Robin, qui a failli perdre son pied à cause d’une grenade GLI-F4 à Bure, de lancer une campagne contre les grenades. Car Maxime n’est pas le premier qui se fait arracher la main. Il y a eu Mickaël avant lui, qui s’est fait arracher la main le 26 octobre 2013 à Pont-de-Buis. Il y a eu Édouard, qui s’est fait arracher la main le 25 janvier 2001 à Lille. » Auxquels s’ajoutent Elsa, mutilée à la main par une grenade de désencerclement le 7 octobre 2014 au Testet, et Pascal, dont les orteils ont été arrachés par une grenade GLI-F4 le 29 janvier 2009 à Saint-Nazaire.

« Ils ont cette logique stérile et absurde qui consiste à dire qu’une arme peut ne pas être mortelle — c’est ce qu’ils appellent la “sublétalité”, poursuit le jeune homme. Quand une grenade tue quelqu’un, ils essaient de la remplacer par une autre prétendument moins dangereuse. Ils ont prétendu que les lanceurs de balles de défense étaient moins dangereux que les armes à feu. Mais une arme, ça tue, ça blesse, ça mutile gravement ! Y compris les lacrymos ! Richard Deshayes s’est fait arracher le visage par une grenade lacrymogène toute simple. »

Mercredi 30 mai, à Paris.

Livia, Émilie et Mariam écoutent avec attention. « À chaque fois qu’on part en manif, on subit une forme de répression », soupire Mariam. « J’étais chargée des premiers secours lors de la manifestation du 22 mai et j’avais l’impression d’être en zone de guerre, enchérit Émilie. Les gens étaient choqués, vomissaient. La police embarquait des personnes inconscientes et visait particulièrement les médics. » « Même ce soir, les policiers ont fouillé nos sacs alors que ce sont eux qui sont armés », complète Mariam. « Il faut obtenir le désarmement, susciter une prise de conscience. Mais j’ai l’impression qu’avec les attentats et les militaires partout, les gens se sont habitués à la violence. »

Mercredi 30 mai, à Paris.

Les slogans reprennent — le traditionnel « tout le monde déteste la police ! » est suivi de « tous les flics sont des terroristes ! ». Pénélope et Antoine, deux amis marseillais de Maxime Peugeot, observent la scène avec distance. Pénélope porte une pancarte avec le prénom de Maxime entouré de petits cœurs. « Nous sommes là de manière apolitique, pour soutenir notre ami », explique-t-elle. La nouvelle de sa blessure a été un choc immense. « Mon premier réflexe a été de rire, tellement je trouvais tout ça trop gros. Je ne savais même pas qu’il était sur la Zad. Cela faisait trois semaines que j’essayais de le joindre pour organiser les vacances d’été. » Ils sont tout de même venus au rassemblement pour inviter les participants à contribuer à la cagnotte destinée à payer une prothèse correcte à leur ami. « Maxime a appris hier qu’il ne serait pas indemnisé, par aucune assurance, indique Antoine. D’après ce que j’ai compris, l’assurance a décidé que la blessure avait été causée par une conduite imprudente. »



Puisque vous êtes ici…

… nous avons une faveur à vous demander. Il n’y a jamais eu autant de monde à lire Reporterre, mais nos revenus ne sont pourtant pas assurés.

Contrairement à une majorité de médias, nous n’affichons aucune publicité, et laissons tous nos articles en libre accès, afin qu’ils restent consultables par tous. Reporterre dépend en grande majorité des dons de ses lecteurs. Le journal, indépendant et à but non lucratif, compte une équipe de journalistes professionnels rémunérés, nécessaire à la production quotidienne d’un contenu de qualité. Nous le faisons car nous croyons que notre point de vue, celui de l’environnement et de l’écologie, compte — car il est aussi peut-être le vôtre.

Notre société a besoin d’un média qui traite des problématiques environnementales de façon objective, libre et indépendante, en restant accessible au plus grand nombre ; soutenir Reporterre est ma manière de contribuer à cette démarche. » Renan G.

Si toutes les personnes qui lisent et apprécient nos articles contribuent financièrement, la vie du journal sera pérennisée. Même pour 1 €, vous pouvez soutenir Reporterre — et cela ne prend qu’une minute. Merci.

Soutenir Reporterre



Vous avez aimé cet article ? Soutenez Reporterre.

Lire aussi : Ses amis racontent comment Maxime a eu la main arrachée sur la Zad

Source : Nicolas de la Casinière et Émilie Massemin pour Reporterre

Photos : © Nicolas de la Casinière (Nantes) et Émilie Massemin (Paris)/Reporterre
. chapô : mercredi 30 mai, à Paris.

DOSSIER    Notre-Dame-des-Landes

THEMATIQUE    Libertés
10 décembre 2018
Jour 7 : Des nuages planent sur la négociation
Reportage
10 décembre 2018
Marches pour le climat : l’union des « fins du mois » et des « fin du monde »
Reportage
10 décembre 2018
Dans le « triangle noir », le charbon polonais a encore de beaux jours devant lui
Reportage


Vous avez aimé cet article ? Soutenez Reporterre

Dans les mêmes dossiers       Notre-Dame-des-Landes



Sur les mêmes thèmes       Libertés





Du même auteur       Nicolas de la Casinière et Émilie Massemin (Reporterre)