Deux milliards de dollars : ce que coûte l’éclatement d’un seul fût de déchets nucléaires

Durée de lecture : 3 minutes

29 septembre 2016 / Yves Heuillard (DDMagazine)

En février 2014, un fût de déchets radioactifs éclate dans le centre d’enfouissement de Carlsbad, aux États-Unis. Il libère notamment du plutonium et de l’américium. Cet accident, supposé ne devoir jamais arriver, coûtera deux milliards de dollars et sept ans de travaux.

Dans son numéro du dimanche 25 septembre 2016, le Los Angeles Times fait le point sur les coûts associés à un accident dans le centre de stockage géologique de déchets nucléaires de Carlsbad, dans l’État du Nouveau-Mexique, aux États-Unis. En 2014, un fût de déchets y a éclaté. Un seul. Et la remise en état du site coûtera plus de 2 milliards de dollars tandis que les opérations d’enfouissement ne pourront pas reprendre avant 2021.

Le Waste Isolation Pilot Plant, ou Wipp, est un centre destiné à l’enfouissement définitif de déchets nucléaires à vie longue issus du programme d’armement nucléaire états-unien. Plusieurs centaines de milliers de fûts peuvent y être stockés dans des cavernes de sel à 640 mètres de profondeur. C’est le seul centre de stockage de ce type aux États-Unis après que la construction d’un autre centre, celui de Yucca Mountain, au Nevada, a été stoppée par l’administration Obama en 2011.

Le Waste Isolation Pilot Plant (Wipp), le centre de stockage de déchets radioactifs installé dans la commune de Carlsbad dans le sud-est du Nouveau-Mexique.

Le Wipp, présenté jusqu’en 2014 comme une réussite exemplaire par le ministère états-unien de l’Énergie, avait été prévu pour recevoir des déchets nucléaires pendant 35 ans et préserver l’environnement de toute fuite pendant des dizaines de milliers d’années. Son coût : 19 milliards de dollars.

En février 2014, une réaction chimique à l’intérieur d’un fût de déchets provoque la rupture de celui-ci et la libération de ses éléments radioactifs, dont du plutonium et de l’américium, qui parviendront à contaminer l’extérieur du site via le système de ventilation. Selon un expert interviewé par le Los Angeles Times, l’ampleur de l’accident a été largement minimisée par les autorités concernées.

« Tout ce qui n’aurait jamais dû se produire se produisit »

Dans une analyse de l’accident, la revue Nuclear Monitor avait rapporté en 2014 (numéro 787) que « tout ce qui n’aurait jamais dû se produire se produisit, et tout ce qui aurait dû fonctionner ne fonctionna pas ». Lors de la conception du centre de stockage, les ingénieurs avaient estimé qu’un tel accident ne pourrait se produire qu’une fois tous les 200.000 ans.

Le Los Angeles Times précise que le coût final de l’accident du Wipp, sera plus élevé que celui des 12 années de décontamination du réacteur de la centrale nucléaire de Three Miles Island, dont le cœur avait fondu en 1979. Le journal précise que la décontamination des sites nucléaires militaires états-uniens (dont le site de Hanford, où fut produit le plutonium de la première bombe atomique) coûtera des dizaines de milliards de dollars. Au-delà des coûts, toujours faramineux quand il s’agit de nucléaire, l’accident du Wipp montre aussi la fausseté du mot « décontamination », puisqu’il s’agit en réalité de contaminer ailleurs, dans un endroit considéré de moindre risque.


Pour en savoir plus, on pourra se reporter à l’article « Nuclear accident in New Mexico ranks among the costliest in U.S. history », du Los Angeles Times. Le Nuclear Monitor publie également un article sur le sujet dans son numéro 830, du 20 septembre 2016.


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Source : Article repris avec l’accord amical de DD Magazine

Photos :
. chapô : Préparation de conteneurs de déchets au Los Alamos National Laboratory à destination du Wipp. La légnede de cette photo, prise en 2011, vante l’avance prise sur le planning par les équipes. Flickr (ENERGY.GOV/domaine public)
. Le Wipp : Wikipedia (Leaflet/domaine public)

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