Deux spectacles sur le nucléaire sautent à cause de Fukushima

Durée de lecture : 4 minutes

27 mai 2011 / Elodie Calas (Rue 89)

Programmés les 3 et 4 juin à Saint-Michel-sur-Orge (Essonne) dans le cadre d’un festival local, deux spectacles de la compagnie Asa NIsi MAsa ont été annulés. La raison invoquée par le maire de la commune : leur sujet commun, le nucléaire, est devenu aujourd’hui « trop sensible ».


Frédéric Sonntag avait tout prévu. La directeur de la troupe Asa NIsi MAsa s’était rendu à Saint Michel-sur-Orge pour étudier les lieux choisis pour la présentation de ses deux spectacles : « Atomic Alert » et « Je ne sais quoi te dire, on devrait s’en sortir… »

Le théâtre de Brétigny, organisateur du Festival Dedans-Dehors avait confirmé les dates du 3 et 4 juin. Personne ne soupçonnait qu’une catastrophe naturelle à l’autre bout de la planète allait venir chambouler ces plans.

Le 21 mars, dix jours après le séisme du Japon, c’est un e-mail de la directrice générale adjointe aux actions solidaires et culturelles de Saint-Michel-sur-Orge qui prévient le théâtre de Brétigny de l’annulation des deux spectacles. Avec pour simple explication, ces quelques phrases :
« La programmation du Festival Dedans-Dehors prévoyait initialement la diffusion à Saint-Michel-sur-Orge d’un spectacle faisant référence à une alerte atomique. En raison de l’actualité, nous voyons tous que le sujet est aujourd’hui trop sensible. »

Prévenu par l’organisateur, Frédéric Sonntag regrette de ne pas avoir été consulté avant la prise de décision. Il échange plusieurs e-mails avec la municipalité pour comprendre ce choix soudain.

Mais deux mois après, il ne comprend toujours pas les motivations du maire UMP de la ville, Bernard Zunino. « Quand un sujet pose problème, dit M. Sonntag, il faut en parler, il faut s’y confronter. La mairie a fait ça au nom du bien mais c’est la technique de l’autruche ! Pourquoi cette crainte ? C’est pourtant important qu’un geste artistique s’empare de l’actualité. »

Pour l’artiste, en prenant cette décision les élus de la commune ont empêché toute ouverture de dialogue sur le sujet sensible du nucléaire. « Choisir de déprogrammer des spectacles, alors qu’aucune personne de la municipalité ne les a vus, ne relève ni d’un très grand professionnalisme, ni d’une très grande honnêteté intellectuelle. Et c’est bel et bien une forme de manque de respect à l’égard que des victimes de penser qu’il ne faudrait en aucun cas aborder ces questions ! »

« De droite, mais pas bloqués sur le nucléaire ! »

De son côté, le cabinet du maire reste convaincu d’avoir pris la bonne décision. « Il ne s’agit pas de remettre en cause la démarche culturelle de l’artiste. Mais de respecter une réalité dans la culturelle japonaise : celle de la pudeur ! Et devant la catastrophe du 11 mars, programmer un spectacle lié à la vie des victimes paraissait au-delà de la pudeur. »

La mairie UMP refuse que l’on justifie cette déprogrammation par ses orientations politiques. « Un spectacle traitant du nucléaire joué sous le coup de l’émotion, n’aurait pas aider au débat. On va débattre sur le nucléaire pendant trente ans ! Une réflexion est importante, ce n’est pas parce que nous sommes de droite que nous restons bloqués sur le sujet ! Il faut juste attendre un climat plus serein pour avoir cette discussion : le respect des victimes ne dure pas deux semaines. »

Médiateur de cette histoire, le théâtre de Brétigny et sa directrice Catherine Goudal s’étaient étonnés d’une telle réaction. « Ce n’était pas un spectacle d’opportunité, répondant à la catastrophe japonaise. Il a était créé, il y trois ans et n’a donc aucun lien direct avec l’actualité. Parler de cette question aujourd’hui ne relève pas du superflu. Je suis convaincue que c’était le moment opportun. »

« On n’est plus habitué à ce type de censure ! »

Elle avoue avoir été un peu choquée de cette détermination à déprogrammer ces spectacles, pourtant objet d’un contrat moral. « On n’est plus habitué à voir ce type de censure. Les élus ne se sont pas rendus compte que leur décision avait des conséquences réelles pour la compagnie de théâtre, et que l’on ne rompait pas un accord moral aussi facilement. »

Le théâtre de Brétigny a dans un premier temps, tenté de reprogrammer la troupe dans un autre lieu. Mais pour Catherine Goudal la nouvelle est arrivée trop tard. « Le programme du Festival était bouclé, il commençait à être imprimé. Nous avons dû proposer une solution alternative à Frédéric Sonntag : intégrer ses deux spectacles à la semaine du théâtre d’octobre 2011. L’agglomération du Val-d’Orge a soutenu cette proposition. »

Une bonne nouvelle pour la troupe qui n’a pas vu toutes ses prestations annulées et jouera les 27 et 28 mai ces deux spectacles, aux Lilas. Pour la première fois depuis la catastrophe nucléaire au Japon.



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Source : http://www.rue89.com/2011/05/26/deu...

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