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Climat

Discorde entre les jeunes écolos après une rencontre avec Barbara Pompili

Fallait-il ou non rencontrer la ministre de la Transition écologique ? Le choix des jeunes activistes — qui occupent la place devant l’Assemblée nationale pour dénoncer la mollesse de la loi Climat — n’a pas convaincu tous les militants écologistes.

Cela fait trois semaines qu’il se réunissent devant l’Assemblée nationale pour dénoncer le manque d’ambition de la loi Climat. Ils ont organisé des débats sur Twitch, tenu bon face aux interdictions de manifester et débattu avec des dizaines de députés de l’opposition comme de la majorité.

Mercredi 14 avril, trois de ces jeunes militants ont rencontré Barbara Pompili, la ministre de la Transition écologique, pour lui répéter qu’ils ne pourront pas se satisfaire de compromis. « C’est l’un de nous qui a demandé cette réunion », explique Stacy Algrain, l’une des participantes. Sur la photo officielle, publiée sur le compte Twitter de Babara Pompili, tout ce petit monde affiche un grand sourire (sous les masques). La ministre s’est même réjouie de la « richesse » des discussions. « L’écologie aura toujours besoin qu’on se mobilise pour elle. »

Le 14 avril devant l’Assemblée nationale.

Pourtant, Stacy Algrain est sortie de la réunion avec un sentiment mitigé. « Le gouvernement se félicite en disant qu’il est le premier à faire une loi Climat ou une Convention citoyenne. Cela ne nous suffit pas. Leurs arguments électoraux ne sont pas suivis d’actions. Et cette loi ne fait que toucher du doigt les enjeux importants. Les gens le comprennent et il faut arrêter de les prendre pour des imbéciles. »

« Ce sont les idiots utiles du ministère »

Sur Twitter, certains ont critiqué cette rencontre, notamment les militants de Youth for Climate, qui ont dénoncé « des jeunes carriéristes » et des « idiot.es utiles du ministère ». Ce à quoi Barbara Pompili a immédiatement répondu : « Clouer au pilori des personnes qui ont simplement voulu échanger et défendre leurs points de vue, on en est là ? Inquiète de voir qu’en démocratie le dialogue devient une trahison. L’entre-soi ne sert pas l’écologie. »

Léna Lazare, membre de Youth for Climate, fait partie de ceux et celles qui jugent l’attitude de ces jeunes militants contre-productive. « Je me demande par quel miracle du jour au lendemain le gouvernement va leur dire : “Vous avez raison, nous allons agir et écouter les scientifiques.” Alors que cela fait des mois qu’on se mobilise sans être écoutés », explique-t-elle à Reporterre. « Je ne pense pas qu’on a face à nous un groupe d’individus qu’on peut convaincre. Barbara Pompili est au courant de la gravité de la situation. On ne va rien lui apprendre. Je peux comprendre que ces gens soient pleins de bonnes intentions. Mais il s’agit pour moi d’une mauvaise perception de ce qu’est la politique institutionnelle. »

« Nous avons eu le mérite d’y aller et de rester droits dans nos bottes »

Stacy Algrain n’a toutefois pas le sentiment d’avoir été instrumentalisée par le pouvoir. « Nous avons eu le mérite d’y aller et de rester droits dans nos bottes, en disant ce qu’on avait à dire. Si on n’arrive pas à affronter le gouvernement, à le mettre face à ses incohérences, on n’aura pas rempli une part de notre mission. Il faut installer le bon sens dans la tête des dirigeants car il est déjà présent dans la tête des citoyens qui agissent. » Elle pense aussi qu’il faut trouver des alliés au sein du gouvernement et des grandes entreprises. « Le problème, au sein des gens engagés, c’est qu’il y a de très bonnes idées mais qui restent entre personnes convaincues. Or, aujourd’hui nous n’avons pas atteint la masse critique pour faire changer les choses. »

Les militants se relaient depuis le 29 mars.

Ce petit groupe d’amis, dont beaucoup sont étudiants à Sciences Po, est bien conscient qu’il ne va pas révolutionner les choses. « Tout cela nous dépasse un peu. Mais lorsque Cyril Dion est venu nous voir, il nous a dit que notre action, comme beaucoup d’autres, allait dans le bon sens. Parler d’écologie et de luttes sociales est positif pour que la démocratie ne s’endorme pas. »

Complément d’info : Les débats à l’Assemblée sur la loi Climat et les décisions prises, la semaine du 29 mars et la semaine du 6 avril.

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