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Reportage — Loi Climat

Loi Climat : les jeunes militants toujours sur le terrain malgré le stop de la préfecture

Des jeunes militants écologistes qui avaient entamé un dialogue sur la loi Climat avec les députés devant l’Assemblée nationale ont été verbalisés mercredi 7 avril pour « manifestation illégale ». Loin de se décourager, ils ont fait appel à leur créativité pour poursuivre leur mobilisation. Reporterre a suivi leurs pérégrinations.

Paris, reportage

Des jeunes réunis devant les plus grandes instances législatives françaises pour discuter de la fabrique de la loi. L’image est belle, et on en oublierait presque le micmac qui entoure les rassemblements quotidiens de militants écologistes à Paris pour discuter du manque d’ambition de la loi Climat.

« On a décidé de venir tous les jours devant l’Assemblée lors des séances plénières et de proposer aux députés de discuter et de témoigner de ce qui se passe avec nous », résumait simplement à Reporterre Julie Pasquet, 23 ans, présidente de Together for Earth et vice-présidente du Refedd [1].

Las, depuis le 6 avril, cette mini-agora a été décrétée illégale par le préfet de police de Paris.

« En tant que citoyens et citoyennes, nous avons une voix et nous sommes persuadés que la démocratie ne se réduit pas à l’Hémicycle. Elle se vit aussi dans l’espace public, avec les citoyens, expliquait Julie Pasquet.

Depuis le 29 mars, date de la première séance plénière pour l’examen de la loi Climat, une quinzaine de députés, d’adjoints ou encore d’élus de la mairie de Paris sont venus échanger avec eux sur des sujets divers, allant de la rénovation énergétique à l’usage des engrais azotés ou l’affichage publicitaire. Au total, entre 100 et 150 personnes se sont relayées la première semaine place du Président-Édouard-Herriot, à proximité de l’Assemblée nationale.

Depuis le 29 mars, une quinzaine de députés sont venus échanger avec les militants.

« Nous venons demander aux députés un effort pour nous assurer un avenir vivable »

« Nous n’avons jamais eu autant de dialogue avec les élus que depuis que nous avons commencé cette action », remarquait Hugo Viel, 22 ans, militant écologiste qui travaille sur la loi Climat pour le mouvement Maintenant ou jamais.

D’où leur déception face à la décision du préfet. Alors que la demande à la préfecture avait été acceptée, le préfet de police de Paris Didier Lallement a en effet levé l’autorisation en raison de la crise sanitaire. « Cela fait un an que nous sommes enfermés par solidarité envers les plus âgés. Nous venons à notre tour demander aux députés un effort pour nous assurer un avenir vivable. Et en réponse, on nous explique qu’on ne peut pas être écouté et que nous n’avons pas le droit d’être là », déplore Hugo Viel, l’un des initiateurs de la mobilisation. De quoi plomber la dynamique créée par les jeunes, qui doivent dire adieu au temps d’écoute qu’ils réussissaient à glaner aux députés lors de leur sortie entre deux séances.

La militante Camille Étienne (au centre).

« Nous voulons que les députés sachent qu’on continue, chaque jour, à les regarder »

Pas découragés, les militants, dont Camille Étienne, Hugo Viel, Lou Garcia, Stacy Algrain, n’ont pas baissé les bras. Pour contourner l’interdiction, ils ont dès le lendemain, le 7 avril, décidé d’enfiler leur tenue de sport et de s’arrêter derrière l’Assemblée, à quelques pas près de la station Invalides. Plusieurs députés ont joué le jeu et les ont rejoint, allant jusqu’à faire quelques minutes de gainages pour montrer leur bonne foi. « La police nous a très rapidement encerclés, et nous avons tous été verbalisés de 135 euros pour manifestation illégale, témoigne Julie, présente ce jour-là. Nous avons déposé un référé au tribunal administratif, car il est anticonstitutionnel d’interdire une manifestation. Il y a un vrai enjeu derrière de liberté d’expression et de liberté de manifester : libertés qui nous ont été enlevées. »

Cyril Dion.

Pour Mathilde Imer, membre du comité de gouvernance de la Convention, et Cyril Dion, tous deux présents le 7 avril pour soutenir l’action, interdire aux jeunes de manifester est « absurde », d’autant plus quand ils créent eux-mêmes des espaces démocratiques. L’association Notre Affaire à tous est aussi venue épauler le groupe de jeunes pour déposer un référé liberté au tribunal administratif de Paris et rendre ainsi l’arrêté illégal. C’est donc fort de tout leur soutien qu’ils et elles comptent renouveler leur présence près de l’Assemblée : « Nous voulons que les députés sachent qu’on continue, chaque jour, à les regarder. La démocratie ne s’arrête pas avec des arrêtés préfectoraux », conclut avec conviction Julie.

Le sénateur de l’Isère Guillaume Gontard répond à la question de Julie Pasquet.

Avant de revenir près de l’Assemblée nationale, c’est en face du Sénat que se sont retrouvés, jeudi 8 avril, une vingtaine de jeunes. Sur la petite place en face du monument, les parlementaires s’étaient répartis en groupes de six — mesures sanitaires obligent — pour répondre aux interrogations des jeunes militants. « Nous savons qu’il y a une attente très forte de la part des citoyens. C’est pourquoi la pression qu’exercent ces jeunes est importante. En tant que sénateur, je considère que cela fait partie de ma mission d’entretenir ce lien. Ces échanges enrichissent mon travail parlementaire », assurait Guillaume Gontard, sénateur de l’Isère et président du groupe écologiste Solidarité & Territoires.

Complément d’info : Les débats à l’Assemblée sur la loi Climat et les décisions prises, la semaine du 29 mars et la semaine du 6 avril

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