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Pollutions

« Du jamais vu » : des feux gigantesques dévastent l’ouest des États-Unis

Des dizaines de feux meurtriers ravagent la côte ouest américaine du Nord au Sud. Un phénomène accentué par le réchauffement climatique et dont l’ampleur surprend même les experts.

  • Washington (district de Columbia, États-Unis), correspondance

Il y a comme un air d’apocalypse sur la côte ouest des États-Unis. De multiples feux font rage en Californie mais aussi dans les États de l’Oregon et de Washington. Au moins huit personnes ont péri et des dizaines de milliers d’autres ont été évacuées. Les images de quartiers entiers réduits en cendres, de fumées épaisses et de lumière rouge feu en pleine ville ont envahi les réseaux sociaux. Depuis des années, les habitants sont habitués à la saison des incendies. Mais ces derniers temps, et en 2020 particulièrement, tous les records ont été battus.

En Californie, les flammes ont désormais grignoté plus de 1,2 million d’hectares depuis le début de l’année. Du jamais vu selon les pompiers. Six des vingt plus larges incendies de l’histoire de l’État ont eu lieu en 2020. Et l’« August Complex Fire », un assemblage de 37 feux qui ont touché la forêt de Mendocino à partir du 17 août, est désormais le plus étendu de l’histoire californienne (190.000 hectares).

Midi, le 9 septembre 2020, à San Francisco.

Dans l’Oregon, la gouverneure Kate Brown a assuré jeudi 10 septembre n’avoir « jamais vu des incendies hors de contrôle d’une telle ampleur ». En trois jours, les flammes ont calciné le double de la végétation qui brûle en moyenne en douze mois. Le gouverneur de l’État de Washington, Jay Inslee, a de son côté pointé du doigt la crise environnementale. « Je penserai à ces incendies et à leurs conséquences sur nos populations quand nous prendrons nos prochaines décisions pour combattre le changement climatique », a-t-il déclaré jeudi. Son homologue californien, Gavin Newsom, a de son côté affirmé « ne plus avoir de patience face aux climatosceptiques »

Effet cascade

Le lien entre réchauffement et incendies de plus en plus puissants est indéniable, selon les climatologues. « Les températures plus chaudes assèchent les combustibles » — ici des arbres malades ou morts — explique au New York Times Park Williams, du Lamont-Doherty Earth Observatory de l’université de Columbia. « Dans les zones où les combustibles abondent et sont très secs, tout ce dont vous avez besoin est une étincelle. » Cette étincelle peut être naturelle, comme un éclair, ou humaine, comme un acte de pyromanie ou un feu de camp mal éteint. Cette année, des feux d’artifice tirés par des parents lors d’une « gender reveal party » — une fête pour révéler le sexe de leur bébé — ont même été responsables de l’incendie « El Dorado » en Californie

Le 9 septembre, 14 h 30, à Redwood city, dans la région de la baie de San Francisco.

En Californie , peu d’experts s’attendaient à observer aussi vite cet effet cascade, lorsque plusieurs catastrophes surgissent en même temps ou se succèdent et s’amplifient les unes les autres. Non seulement les incendies sont des dangers mortels immédiats, mais ils provoquent des fuites de dangereuses particules chimiques dans l’eau potable. Des recherches effectuées après l’incendie de 2018 qui a détruit la ville de Paradise ont ainsi montré que des quantités anormales de benzène s’étaient retrouvées dans les canalisations.

Les vents d’automne vont augmenter les risques d’incendie

La canicule et l’air empli de fumée menacent par ailleurs la santé (problèmes respiratoires, crises cardiaques) de populations déjà affectées par la pandémie de coronavirus. Ceux qui n’ont pas de système d’aération adéquat chez eux sont davantage pénalisés. Sans parler des conséquences économiques pour les riverains aux maisons détruites.

Les habitants de l’Ouest américain ne sont pas au bout de leur peine. Les vents d’automne ne devraient rien arranger. Une étude publiée en août montre que le changement climatique augmente le risque de conditions extrêmes propices aux incendies en automne en Californie. La fréquence de ces jours d’automne présentant ces conditions extrêmes a ainsi plus que doublé depuis les années 1980. 

Sur les réseaux sociaux, beaucoup d’habitants de l’Ouest américain s’émeuvent de la faible couverture médiatique de ces incendies et la comparent à la montagne d’articles quand certaines villes de la côte est sont recouvertes d’un petit centimètre de neige. 

Jamie Margolin, jeune activiste écologiste originaire de l’État de Washington, a fait part de son désespoir sur Twitter, en partageant la photo d’un paysage incendié :

Cette image résume la difficulté que j’ai à répondre à la question : “Où te vois-tu dans dix ans ?” On me demande toujours quels sont mes rêves pour le futur. Des rêves j’en ai, mais c’est difficile de répondre à cette question puisque je ne sais même pas si j’aurai un futur viable. »



Philip B. Duffy, un climatologue du Woodwell Climate Research Center interrogé par le New York Times, n’a pas été rassurant sur ce point : « Les gens demandent tout le temps : “C’est ça la nouvelle norme ?” Je réponds que non. Cela va empirer. »

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