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Élections européennes : seule une liste unique sauvera la gauche

14 novembre 2018 / Gérard Mordillat

La multiplication des candidatures à gauche pour les élections européennes annonce une défaite certaine de ces idées, selon l’auteur de cette tribune. Qui en appelle à l’unité, sous peine de ne pas aller voter.

Gérard Mordillat est romancier et cinéaste. Lui-même et « un petit groupe d’amis qui préfèr[ent] l’idée de gagner ensemble à celle de perdre tous seuls » ont lancé la pétition « Sans liste de gauche unique aux européennes, nous ne voterons pas ».

Gérard Mordillat.

Pour la gauche (la vraie), les élections européennes se présentent mal — c’est un euphémisme. La dispersion des listes — sept sont annoncées à ce jour — donc des voix, se résume à une équation simple : 7 x 4 % (ou 3 %) = zéro député. Les formations qui espèrent dépasser 5 % n’auront que des miettes et l’impuissance.

Face à la défaite qui s’annonce, face à la montée des nationalismes, des néofascismes, face de l’arrogance des macronistes à incarner « les progressistes », nous (un petit groupe d’amis qui préférons l’idée de gagner ensemble à celle de perdre tous seuls) avons décidé de lancer une pétition en forme d’avertissement solennel : si une liste unique de la gauche (la vraie) ne se constitue pas, nous ne voterons pas !

Le scénario mortifère qui ne peut satisfaire que les narcisses heureux de se regarder pleurer au miroir de la défaite 

Et bien sûr, les critiques, déjà, ont fusé : nous sommes des idiots, des crétins, nous prenons nos rêves pour la réalité, nous n’avons rien compris à la politique ni au politique, nous faisons le jeu de la bourgeoise, de l’extrême droite, de Wauquiez, de Ciotti, de la macronie, de la connerie que nous incarnons toute entière dans cette volonté d’unité.

C’est impossible, s’exclament d’autres (navrés, mais tellement réalistes) : les dissensions entre les responsables de la France insoumise, des communistes, du Nouveau Parti anticapitaliste, des Écolos, de Génération.s, de Gauche démocratique et sociale (GDS) et des autres sont si puissantes qu’aucune force au monde n’est capable de les réunir et sûrement pas notre pétition.

Pour ces généreux donneurs de leçons, mieux vaut ne rien faire que de tenter de changer la donne. À chacun sa chapelle, et les vaches (maigres) seront bien gardées. Gageons qu’en mai prochain, au soir des résultats, le mur des lamentations ne sera pas assez large pour les accueillir tous. Le spectacle sera amusant, l’un accusant l’autre d’être responsable de la débâcle et tous se disculperont de toute responsabilité.

Ce scénario, nous le connaissons : c’était celui de la dernière élection présidentielle et des législatives qui suivirent. C’est le scénario mortifère qui ne peut satisfaire que les narcisses heureux de se regarder pleurer au miroir de la défaite.

Ce qui nous importe, c’est de battre tous ceux qui proclament « il n’y a pas d’alternative »

Idiots que nous sommes peut-être, crétins, ignorants de la chose politique, du politique et des politiciens, sans doute, mais aussi électeurs déterminés, persuadés que nous sommes des centaines de milliers à vouloir une unité, nous refusons ce scénario.

S’il est vraiment impossible qu’une liste unique de la gauche se présente, pourquoi voter ? Pour quel clan ? Pour quel résultat ? Pour témoigner ? Oui, mais de quoi ? De notre impuissance ? De notre désespoir ? De notre fatuité ? Antonin Artaud écrivait « il faut en finir avec le Jugement de Dieu ». Nous disons plus modestement : il faut en finir avec la division, l’ambition personnelle, les calculs de boutiquiers des scrutins. Déjà plus de 1.700 personnes ont signé notre pétition. Combien en faudra-t-il pour que les responsables des organisations politiques se retrouvent autour d’une table avec un seul objectif : gagner les élections ?

Mais ce n’est pas gagner pour gagner qui nous importe. Ce qui nous importe, c’est de battre tous ceux qui proclament « il n’y a pas d’alternative ». Il n’y a pas d’alternative à la défaite annoncée, pas d’alternative au néolibéralisme, pas d’alternative à l’Europe de la finance, à la mort des mers et des océans, à la destruction de la nature et de tous les êtres vivants, à la précarité pour tous et à la richesse pour quelques-uns. Cela suppose une volonté politique qui transcende les engagements partisans, les chicaneries d’appareils, la personnalisation des idées. Cela suppose de faire cause commune, de renoncer à l’intérêt particulier de telle ou telle formation, de ne viser que l’intérêt général. Ce sera évidemment difficile, voire douloureux. Mais notre victoire sera au prix de ces difficultés à surmonter, de cette douleur à calmer. Il suffit de peu de chose pour que l’impossible devienne possible : que l’une ou l’un de ces responsables politiques ait le courage d’inviter les camarades des autres partis avec la volonté de ne parler que d’une seule voix au sortir de la réunion.

Nous avons pour nous d’être opiniâtres et endurants. Il faut cesser d’être compréhensifs, de bonne composition. Si la gauche (la vraie) reste sourde et aveugle à notre désir d’unité, nous ne voterons pas.

  • La pétition est ici



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Source : Courriel à Reporterre

Dessin : © Étienne Gendrin/Reporterre

Photo :
. portrait : Wikipedia (ActuaLitté/CC BY-SA 2.0)

- Dans les tribunes, les auteurs expriment un point de vue propre, qui n’est pas nécessairement celui de la rédaction.
- Titre, chapô et intertitres sont de la rédaction.

DOSSIER    Europe

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