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Régionales 2022

Élections régionales : qui sont les candidats les plus écolos ?

Le Réseau Action Climat publie une analyse des mesures écologiques proposées par les principales listes aux élections régionales. À quelques exceptions près – notamment les candidats Europe Écologie-Les Verts – elles n’ont « pas du tout intégré l’enjeu climatique ».

« Mais où est le climat ? » À trois jours du premier tour des élections régionales [1], le Réseau Action Climat (RAC) publie une analyse des mesures écologiques proposées par les principaux candidats des treize régions métropolitaines. Comme Reporterre l’a expliqué, les régions sont un excellent échelon pour mettre en œuvre une transformation écologique : elles ont des compétences au niveau des transports, de l’agriculture, de la biodiversité ou encore de l’énergie.

Au mois de février, le RAC avait identifié quinze propositions clés « pour lutter contre le dérèglement climatique et défendre la justice sociale ». L’organisation constate aujourd’hui que ces mesures ont été très peu reprises dans les principaux programmes. « D’après notre calcul, seulement 7 listes sur 52 se détachent du lot et reprennent le socle des mesures incontournables, résume Zoé Lavocat, responsable Climat et territoires au RAC. La très grande majorité – 23 – sont dans le rouge et n’ont pas du tout intégré l’enjeu climatique. Entre les deux, nous avons comptabilisé 16 listes en orange : le climat est présent dans leurs programmes, mais ce soutien est imparfait ou faible. »

Extrait de l’analyse publiée par le RAC. Capture d’écran.

Parmi les candidats passés au crible, six n’ont pas pu recevoir de bons ou mauvais points car leur programme n’était toujours pas accessible en ligne à trois jours du scrutin. « On s’est basé sur les sites internet des candidats, précise Zoé Lavocat. Cela ne veut pas dire qu’ils n’ont pas de tracts ou de propositions, mais celles-ci ne sont pas accessibles sur le web pour la majorité des électrices et électeurs. » [2]

Développer les transports durables ? Oui mais par petites touches

Parmi les quinze mesures proposées par le RAC, trois concernent les transports. Une thématique plutôt bien intégrée par les candidats. Exemple en Auvergne-Rhône-Alpes : le RAC estime que les régions devraient faciliter l’intermodalité, en développant notamment des stationnements sécurisés de vélos dans les gares, en proposant une offre pour voyager avec sa bicyclette dans les trains ou les cars, et en adoptant une tarification solidaire. Sur cette thématique, la liste de la candidate Fabienne Grébert (Europe Écologie-Les Verts) obtient une couleur verte. Dans son programme, on peut lire que les élus «  [relieront] les gares routières et ferroviaires », «  [créeront] de nouveaux parkings relais voiture/vélo dans les gares » et mettront en place « des tarifications solidaires [et] la réduction des tarifs sur les trajets uniques ou occasionnels et les départs en week-end ».

« Les candidats ont intégré le développement des transports durables, et particulièrement ferroviaire dans leur programme, salue Zoé Lavocat. Mais tous n’ont pas une vision globale, poursuit la militante, et se contentent de petites touches.

L’extension de l’aéroport de Nice (ici en 2014) autorisée malgré sa proximité immédiate d’une zone classée Natura 2000. Commons wikimedia/CC BY-SA 3.0/Abxbay

Bruno Bonnell (La République en marche), toujours en Auvergne-Rhône-Alpes, n’obtient qu’une couleur orange. Dans son programme, il n’évoque que la gratuité des TER pour les jeunes de 16 à 25 ans. De son côté, le président sortant du conseil régional Laurent Wauquiez (les Républicains) se voit affublé d’une couleur rouge : les enjeux d’intermodalité et de tarification solidaire n’apparaissent pas dans son projet de campagne.

En revanche, les trois candidats sont classés « vert » pour leur engagement au maintien de toutes les lignes de train actuelles (même les « petites lignes »)... mais sont catégorisés « rouge » pour leur soutien aux aéroports. « C’est une compétence moins identifiée par les candidats mais réelle, explique Zoé Lavocat. On attend qu’ils arrêtent les subventions publiques et qu’ils mettent fin aux projets d’extension d’aéroports. Mais cela apparaît très peu dans les programmes. »

Peu de remises en cause de la consommation de viande

Parmi les autres enjeux écologiques souvent repris par les candidats, on retrouve le soutien à une agriculture plus durable. Dans les Hauts-de-France, la candidate Karima Delli (Europe Écologie-Les Verts) promet un accompagnement et des aides directes pour l’installation paysanne et la conversion à l’agriculture biologique, ainsi que la mise en place d’un paiement des agriculteurs pour les remercier des services écosystémiques qu’ils rendent.

Son opposant Laurent Pietraszewski (La République en marche) reçoit lui aussi une bonne note pour son projet de banque régionale d’investissements pour le développement durable qui accompagnerait (entre autres) l’installation de jeunes producteurs engagés pour une agriculture raisonnée et bio. Il souhaite également planter mille kilomètres de haies en bordure de champs. Le président sortant du conseil régional Xavier Bertrand (les Républicains), lui, se contente d’évoquer dans son programme un besoin de « grandes infrastructures » pour que la région « demeure leader dans l’agriculture » : il est sanctionné d’une couleur rouge dans l’analyse du RAC.

« Le menu végétarien est régulièrement absent des programmes des candidats. » © CHARLY TRIBALLEAU / AFP

« Les candidats parlent aussi d’alimentation durable, notamment dans les cantines des lycées, mais le menu végétarien est régulièrement absent de leurs programmes, alors que c’était pour nous une condition sine qua non d’une appréciation verte », ajoute Zoé Lavocat. En Normandie, le candidat Laurent Bonnaterre (soutenu par La République en marche) s’engage à « porter la part des produits normands bio dans les lycées et les centres de formation à 30 % et celle des produits locaux à 80 % ».

« Le local et le bio sont certes très importants, mais d’un point de vue climatique, ce qui est le plus important, c’est de réduire sa consommation de viande », commente Zoé Lavocat. La liste normande de Mélanie Boulanger, soutenue par le Parti socialiste et Europe Écologie-Les Verts préfère donc l’engagement de « tendre vers une restauration 100 % bio et locale et proposer une alternative végétarienne quotidienne ».

« Un manque de volonté politique »

Flécher au moins 50 % des financements du plan de relance régional vers des activités favorables au climat et à la biodiversité, proposer des plans de reconversion pour les secteurs professionnels les plus émetteurs de gaz à effet de serre, soutenir des projets de prévention des déchets… Le RAC avait mis sur la table une dizaine d’autres propositions, qui ont été peu retenues par les candidats.

En observant le tableau récapitulatif du réseau d’associations, on constate que certains programmes accumulent tous les bons points verts (comme celui de Fabienne Grébert en Auvergne-Rhône-Alpes, Matthieu Orphelin dans les Pays de la Loire ou Julien Bayou en Île-de-France – tous soutenus par Europe Écologie-Les Verts) tandis que d’autres ne réussissent pas à en obtenir un seul.

Au mois de mai, le RAC et l’institut Harris Interactive avaient réalisé un sondage qui montrait que le climat est un facteur de vote important pour 80 % des personnes interrogées. « Il y a un décalage entre le fait que le climat, malgré la crise sanitaire et sociale qu’on traverse, reste une préoccupation importante pour les électrices et les électeurs, et des programmes qui sont loin d’être suffisamment ambitieux », juge Zoé Lavocat. À quoi est-ce dû ? « C’est peut-être une méconnaissance des régions, suggère la salariée du RAC. Plusieurs candidats font apparaître des thèmes qui ne sont pas du ressort des régions – la sécurité par exemple. C’est sûrement aussi un manque de volonté politique. »

Même si 52 listes ont tout de même été passées au crible, un bon nombre n’ont pas encore été étudiées. Le Réseau Action Climat a décidé de rendre publique sa méthodologie pour permettre aux électrices et électeurs d’étudier les candidats de leur territoire — et de faire un choix éclairé dans les urnes, ce dimanche 20 juin.

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