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Régionales 2022

Les écologistes déçoivent, LR et le PS se renforcent

Dans un bureau de vote du Touquet (Pas-de Calais), dimanche 27 juin 2021.

Marquée par une abstention de nouveau massive, le deuxième tour des régionales a consacré la victoire des présidents sortants, au détriment d’En Marche, qui s’effondre, du Rassemblement national, en fort recul, mais aussi des écologistes, qui n’emportent pas de région. Le Parti socialiste sort conforté par son ancrage local.

Le second tour des élections régionales de 2021 aura finalement été sans grande surprise. La quasi-totalité des candidats à leur réélection ont rempilé pour un nouveau mandat, dimanche 27 juin. Les espoirs d’un sursaut électoral ont quant à eux été sévèrement douchés : l’abstention a de nouveau atteint un niveau record de 65,7 %, selon les estimations Ipsos-Sopra Steria, contre 66,7 % la semaine passée. Ainsi, deux tiers des électeurs ne se sont pas rendus aux urnes. Une tendance en nette augmentation : l’abstention au second tour a augmenté de plus de 15 points par rapport au scrutin régional de 2015.

Dans l’Hexagone, les forces politiques de droite ont remporté sept régions, contre cinq pour la gauche. Trois figures de droite aux ambitions présidentielles non dissimulées se sont distinguées. En Auvergne-Rhône-Alpes, le président sortant Laurent Wauquiez (Les Républicains) l’a emporté avec 55,17 % des suffrages exprimés contre l’écologiste Fabienne Grébert (33,65%), selon les chiffres du ministère de l’Intérieur. En Île-de-France, Valérie Pécresse (divers droite) a elle aussi battu avec 45,92 % des voix la liste de gauche menée par l’écologiste Julien Bayou qui déçoit avec 33,68 %. L’ancien ministre Xavier Bertrand a également réalisé un score élevé dans les Hauts-de-France avec 52,37 % des voix, contre 25,65 % pour son adversaire du Rassemblement National (RN) Sébastien Chenu et 21,98 % pour l’écologiste Karima Delli, dont la liste d’union EELV-LFI-PS n’a pas suffi à faire bouger les lignes. Le parti de la majorité présidentielle et ses alliés ont quant à eux recueilli moins de 10 % des suffrages à l’échelle nationale.

À gauche, la socialiste Carole Delga a emporté haut la main la région Occitanie. Elle a obtenu 57,77 % des suffrages, en dépit de son refus de s’allier à la liste de l’écologiste Antoine Maurice durant l’entre-deux tours. Même chose en Nouvelle-Aquitaine, où Alain Rousset (président socialiste de la région depuis 23 ans) a battu la candidate RN sans avoir fait front commun avec l’écologiste Nicolas Thierry. En Bretagne, Loïg Chesnais-Girard est également sorti vainqueur du scrutin avec 29,84 % des voix. Allié à l’ancien maire anti-pesticide de Langouet Daniel Cueff, le socialiste avait lui aussi refusé tout accord avec l’écologiste Claire Desmares-Poirrier, qui exigeait notamment que 25 % de la surface agricole utile bretonne passe en bio d’ici six ans. Le Premier secrétaire du Parti Socialiste Olivier Faure s’est félicité dimanche soir de ces résultats, estimant que son parti avait désormais le « devoir de rassembler l’ensemble de la gauche et des écologistes » pour l’élection présidentielle de 2022.

Alors que le doute subsistait quant à la possibilité que la région Provence-Alpes-Côte d’Azur tombe dans les mains du Rassemblement National, le président sortant (LR) Renaud Muselier a finalement remporté la bataille avec 57,30 % des voix. Cette victoire a été facilitée par le retrait, lundi 21 juin, du candidat de l’union de la gauche et des écologistes Jean-Laurent Félizia. Après s’être dans un premier temps maintenu pour ne pas « efface[r] l’écologie et la gauche de tout le paysage régional », il s’était finalement rangé derrière la candidature de Muselier sous la pression de ses colistiers.

La région Pays de la Loire était l’une des rares autres circonscriptions où demeurait un brin de suspense quant aux résultats de ce second tour. Si la victoire de la liste d’union de gauche menée par Matthieu Orphelin ne semblait sur le papier « pas impossible » (selon le directeur de recherche émérite au CEVIPOF et spécialiste de l’écologie politique Daniel Boy), la présidente sortante (LR) Christelle Morançais l’a finalement emporté avec 46,45 % des voix. Les espoirs de Julien Bayou, Clémentine Autain et Audrey Pulvar ont également été déçus en Île-de-France. Leur liste est arrivée derrière celle de Valérie Pécresse avec 33,68 % des voix.

Le seul véritable basculement observé lors de ce scrutin a été la victoire de la candidate de gauche Huguette Bello (soutenue par la France Insoumise et le PS) à La Réunion. Avec 51,85 % des voix, la maire de Saint-Paul a battu d’une courte majorité le président sortant Didier Robert (ex-LR), à la tête de l’île depuis 2010. Au cours de sa campagne, elle avait souligné son ambition de mener La Réunion vers « l’autonomie énergétique et alimentaire » et de « rompre avec le tout automobile ». En 2019, elle avait notamment demandé au gouvernement une expertise afin de mieux comprendre les impacts sur la biodiversité de la route du littoral, un projet titanesque décrié par plusieurs associations écologistes. « Je salue la victoire de Huguette Bello, à qui je fais confiance pour changer la politique à La Réunion », a déclaré à Reporterre Martine Billard, oratrice nationale de la France insoumise.

Les résultats de ces élections sont avant tout le signe d’un « vrai problème avec la démocratie représentative », dit à Reporterre Vanessa Jérôme, politiste et spécialiste de l’écologie politique. « Il ne s’agit pas d’une abstention dépolitisée. Il y a parmi les abstentionnistes des gens qui s’intéressent à la politique, mais qui n’ont plus d’espoir dans la manière dont la démocratie partisane fonctionne. » Ce désintérêt d’une partie de la population (notamment d’écologistes) pour les modes traditionnels d’expression politique explique en partie le succès écrasant des présidents sortants, selon la chercheuse. « Le monde d’avant est un peu terminé, celui d’après n’est pas encore là, et entre les deux l’échiquier politique semble figé. »

L’état de division de la gauche est « impressionnant »

Si le fort niveau d’abstention rend difficile toute extrapolation des résultats, ceux-ci semblent néanmoins de mauvaise augure pour l’avenir de la gauche et des écologistes. « La formule d’union de la gauche et des écologistes n’implique pas forcément un effet de mobilisation des électeurs, dit à Reporterre Alexis Vrignon, docteur en histoire contemporaine et spécialiste de l’écologie politique. Dans les Hauts-de-France, la liste d’union autour de Karima Delli n’a pas eu l’effet locomotive que certains auraient pu espérer en termes de votes. Dans les Pays de la Loire, la fusion autour de Matthieu Orphelin s’est plutôt bien passée en termes d’agrégation de listes mais ne s’est pas non plus traduite par un effet démultiplicateur. »

© Guillaume Souvant/AFP

« L’impression d’ensemble, c’est que les écologistes n’ont pas fait des merveilles », appuie Daniel Boy. Le politiste juge par ailleurs « impressionnant » l’état de division de la gauche. Le fait que le PS et les listes écologistes ne soient pas parvenus à un accord en Bretagne, en Nouvelle-Aquitaine et en Occitanie à dix mois de la présidentielle constitue selon lui un signal inquiétant. « Qu’il n’y ait pas d’alliance au premier tour est quasiment normal, mais qu’ils ne s’allient pas au second tour est quand même assez étonnant. »

« C’est un mauvais signal pour 2022, confirme à Reporterre le porte-parole d’EELV Alain Coulombel. En Île-de-France, même Jean-Paul Huchon [président socialiste de la région de 1998 à 2015] a appelé à voter pour Valérie Pécresse, un comble ! » S’il se félicite du fait que les résultats d’EELV aux régionales aient doublé depuis 2015, ce scrutin démontre selon lui l’urgence de construire un rassemblement des écologistes et des gauches « dès maintenant »  : « S’il y a un candidat de la FI, un du PS, un du Parti Communiste Français (PCF), et un d’EELV au premier tour en 2022, ce n’est même pas la peine d’aller aux urnes. »

Pour Alexis Vrignon, les résultats contrastés de ces partis aux régionales pourraient cependant accélérer leur fragmentation. « Le PS a prouvé qu’il résistait au niveau local, et les résultats d’EELV ne sont pas infamants (…) Au cours des périodes électorales précédentes, on pouvait penser qu’une formation allait forcément s’imposer par rapport aux autres dans le camp de la gauche et des écologistes. Ces régionales, avec toutes les réserves que l’on doit faire, notamment à cause de l’abstention, montrent que ce n’est pas forcément le cas. » Certains partis, forts de leurs résultats aux régionales, pourraient selon lui être tentés de jouer la division aux prochaines présidentielles pour mieux peser dans le paysage politique.

« Ce qui s’est passé aux régionales ne détruit pas tous les espoirs d’union de la gauche et des écologistes, mais ce n’est pas très encourageant », conclut Daniel Boy. Il regrette notamment que la question de la sécurité ait monopolisé le débat public en amont du scrutin, au détriment de celle l’environnement. La fuite récente d’un pré-rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec), dont les conclusions sont particulièrement alarmantes, pourrait cependant changer la donne. « C’est un élément qui est arrivé tout à la fin de cette campagne, et sous une forme elliptique (…) Ses conclusions vont maintenant être diffusées petit à petit. Peut-être cela va-t-il faire remonter sérieusement les enjeux écologiques et ouvrir de vraies discussions. »

Les résultats région par région

Auvergne-Rhône-Alpes

Le président sortant Laurent Wauquiez (LR) l’emporte avec 55,17 % des voix, devant l’écologiste Fabienne Grébert (33,65 %) et la liste du Rassemblement national d’Andréa Kotarac (11,18 %).

Bourgogne-Franche-Comté

La liste d’union de la gauche et des écologistes de Marie-Guite Dufay termine première avec 42,2 % des voix. La liste (divers droite) de Gilles Platret a quant à elle été choisie par 24,23 % des électeurs, contre 23,78 % pour la liste du RN, et 9,79 % pour celle de LREM et du MoDem.

Bretagne  

Loïg Chesnais-Girard conserve la région avec 29,84 % des suffrages. Isabelle Le Callenec (LR) et Claire Desmares Poirrier (écologistes) obtiennent respectivement 21,98 et 20,22 %. Le centriste Thierry Burlot et Gilles Pennel (RN) terminent quant à eux avec 14,75 et 13,22 % des voix.

Centre-Val de Loire

Le président sortant François Bonneau arrive en tête du second tour avec 39,15 % des voix, en partie grâce à la fusion de sa liste avec celle de l’écologiste Charles Fournier. Suivent les listes du candidat LR-UDI Nicolas Forissier (22,61 %), du candidat du RN Aleksandar Nikolic (22,24 %) et du ministre Marc Fesneau (16 %).

Corse

Avec 40,64 % des voix, le Parti Régionaliste mené par Gilles Simeoni obtient la majorité au conseil territorial. Il devance ainsi les liste menées par Laurent Marcangeli (32,02 %), Christophe Angelini (15,07 %) et Paul-Félix Benedetti (12,26 %).

Grand Est

La liste du candidat des Républicains Jean Rottner obtient 40,30 % des voix au second tour, devant celles du RN (26,30 %), de la liste d’union de gauche et des écologistes (21,22%) et de la majorité (12,17 %).

Guadeloupe

Les résultats définitifs n’étaient pas encore connus lundi 28 juin à 7h45.

Guyane

Les résultats définitifs n’étaient pas encore connus lundi 28 juin à 7h45.

Hauts-de-France  

L’ancien ministre de droite et candidat à la présidentielle Xavier Bertrand remporte 52,37 % des suffrages. Sébastien Chenu (RN) arrive deuxième avec 25,65 % des voix, tandis que l’écologiste Karima Delli remporte la dernière place, avec 21,98 %.

Île-de-France

La tête de liste d’union Libres-LR-UDI Valérie Pécresse l’emporte avec 45,92 % des voix. La liste d’union de la gauche menée par Julien Bayou arrive deuxième avec 33,68 % des suffrages. Jordan Bardella, le candidat du Rassemblement national, comptabilise quant à lui 10,79 % des voix, contre 9,62 % pour le candidat de la majorité présidentielle Laurent Saint-Martin.

La Réunion

C’est la seule surprise de ce scrutin : la candidate de gauche Huguette Bello l’emporte avec 51,85 % des voix contre le président sortant Didier Robert (ex-LR), à la tête de l’île depuis 2010.

Martinique

Les résultats définitifs n’étaient pas encore connus lundi 28 juin à 7h45.

Normandie 

Avec 44,26 % des voix, le centriste Hervé Morin conserve la région dont il est président depuis 2016. La liste d’union de la gauche et des écologistes de Mélanie Boulanger suit avec 26,18 % des voix, devant celle du RN menée par Nicolas Bay (19,52 %) et celle de la majorité présidentielle portée par Laurent Bonnaterre (10,04 %).

Nouvelle-Aquitaine

Le président sortant Alain Rousset a remporté ces élections avec 39,51 % des suffrages. La liste d’Edwige Diaz (RN) arrive deuxième avec 19,11 % des voix. La liste écologiste menée par Nicolas Thierry arrive quant à elle troisième ex aequo avec celle des Républicains (14,19 %), devant la majorité présidentielle (13,01 %).

Occitanie

La socialiste Carole Delga réalise l’un des meilleurs scores de ce scrutin avec 57,77 % des voix. Elle se positionne ainsi loin devant son adversaire du RN Jean-Paul Garraud (24 %) et le candidat des Républicains Aurélien Pradié (18,22 %).

• Pays de la Loire

La liste d’union de la gauche et des écologistes menée par Matthieu Orphelin n’aura finalement pas eu le succès escompté. Elle arrive deuxième avec 34,87 % des voix, derrière celle de la présidente sortante Christelle Morançais, affiliée aux Républicains (46,45 %). La liste du RN comptabilise quant à elle 10,48 % des suffrages. L’ancien ministre de la Transition écologique et solidaire François de Rugy n’obtient quant à lui que 8,20 % des voix.

• Provence-Alpes-Côte-d’Azur

Renaud Muselier bat finalement le candidat du RN Thierry Mariani avec 57,30 % des voix. Le candidat écologiste Jean-Laurent Félizia, dont la liste était éligible au second tour, s’était retiré le 21 juin afin de faire barrage contre le RN.

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