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Elle a quitté la banque pour une épicerie itinérante et zéro déchet

7 décembre 2017 / Fanny Magdelaine (Reporterre)



Après 15 ans dans la banque, Mélanie a changé de vie. Depuis mi-septembre, elle parcourt les marchés de la métropole lilloise au volant de sa camionnette « On part en vrac », une épicerie itinérante et « zéro déchet ».

  • Lille (Nord), correspondance

Ce matin, comme tous les mardis depuis la mi-septembre, Mélanie, bien emmitouflée, a garé sa camionnette sur le marché de Lambersart, dans la banlieue de Lille. Il fait gris mais son beau camion, On part en vrac, illumine la petite place. Si ses voisins vendent essentiellement des produits frais, Mélanie, elle, complète l’offre en proposant de l’épicerie en vrac. « Je me sens utile pour la planète, confie-t-elle, je ne vais pas sauver le monde toute seule mais je fais aujourd’hui ce que je peux et surtout ce que j’aime ! »

Plutôt que repartir dans la banque où elle travaillait depuis plus de quinze ans, la jeune femme a créé sa petite entreprise après la naissance de Bertille, 2 ans aujourd’hui : « Pendant mon congé maternité, j’ai lu le livre de Béa Johnson, raconte Mélanie Duret. J’ai toujours été sensible à l’environnement et à la qualité des produits que j’achète, mais quand j’ai découvert la vente en vrac, je me suis dit que je pouvais allier le “zéro déchet” et le local avec ce projet d’épicerie itinérante. »

« J’aime l’ambiance des marchés, les gens prennent le temps, s’intéressent aux produits, posent des questions » 

Pour mener à bien sa reconversion professionnelle, Mélanie est partie de son expérience de mère de trois jeunes enfants, soucieuse de conjuguer proximité et qualité : « J’ai suivi mon instinct de consommatrice en partant de mes envies et besoins, j’ai choisi des marchés où l’on proposait des produits de qualité, plutôt près de chez moi et sans aller jusqu’à Lille… » Du marché, on repart donc avec, en vrac, des produits de toilette et d’hygiène, des biscuits salés et sucrés, des pâtes, du riz, du thé, des céréales, des confitures, qui proviennent, dès que c’est possible, d’entreprises régionales. Même les bocaux en verre sont fabriqués à Arques, dans le Pas-de-Calais. Certains clients sont déjà des fidèles, comme Alexandre, 29 ans, venu ce matin acheter des nougats et de la farine : « Mes deux grands-pères travaillaient dans l’agriculture, ils sont atteints de [la maladie de] Parkinson, sans doute à cause des pesticides… Mon père, lui, est passé au bio. Petit à petit, on change nos habitudes de consommation. » Pauline, jeune maman de Rosalie et Suzanne, convertie aux cotons et gants de change lavable, aimerait en offrir à sa mère. Les deux mamans — la cliente et la commerçante — s’échangent leurs astuces pour consommer plus responsable. Pauline est déçue, elle s’était inscrite au défi « zéro déchet » lancé par la Métropole lilloise mais sa candidature n’a pas été retenue, il y a eu trop de demandes, bien au-delà des 300 familles qui vont être accompagnées dans cette démarche.

Même les bocaux en verre sont fabriqués à Arques, dans le Pas-de-Calais.

« J’aime l’ambiance des marchés, confie Mélanie, les gens prennent le temps, s’intéressent aux produits, posent des questions… C’est différent d’un magasin où on ne passe pas forcément la porte. » Ses nouveaux collègues l’ont bien accueillie, ça plaisante sur les places communales et ça parle un peu, parfois, zéro déchet. « J’avoue que je ne suis pas encore très sensible à tout ça, confie Mickaël, boucher-charcutier-rôtisseur, qui aime taquiner Mélanie. Mais j’ai des clients qui viennent avec leurs contenants et je leur fournis quand même des sachets bio ! » Mélanie utilise, elle, des sachets kraft quand les clients ne rapportent pas les leurs. Et elle vend aussi des sacs en tissu.

À 36 ans, cette consommatrice responsable ne regrette pas d’avoir tourné la page bancaire : « J’ai toujours le contact avec les clients, disons qu’aujourd’hui, au lieu de vendre une carte bleue, je vends du dentifrice, du savon, des céréales, du thé et d’autres produits de qualité. Mon expérience professionnelle m’a aidée à monter mon dossier mais je suis contente d’être passée à une activité qui correspond sans doute plus à mes valeurs, poursuit la jeune gérante. Mon ex-directeur m’a encouragée à me lancer et je croise parfois d’anciens clients sur les marchés. D’ailleurs, un de mes fournisseurs de biscuits est un ancien client ! »

« Les gens sont de plus en plus conscients et désireux de changer leur mode de consommation » 

« On part en vrac », un nom sympathique et amusant trouvé quand, avec l’agence de communication nordiste Les Lunettes bleues, les idées commençaient vraiment… à partir en vrille ! Et la commerçante a fait appel à une entreprise de foodtrucks de Hazebrouck, toujours dans le Nord, pour fabriquer et aménager sa camionnette qu’elle voulait à la fois jolie et pratique.

Mélanie ne se ménage pas, elle sait que les débuts sont importants pour faire connaître son épicerie itinérante zéro déchet, la première dans les Hauts-de-France. Même si la fatigue et le froid commencent à se faire sentir, elle va enchaîner en décembre les marchés de Noël en plus des marchés traditionnels. Tout en restant zen et en se donnant le temps. « Je n’ai pas quitté la banque pour me mettre la pression avec des objectifs chiffrés à atteindre », sourit-elle. Et puis, elle tient aussi à passer du temps en famille, son mari et ses enfants, Bertille, Lubin et Darius, qu’elle a entraînés dans le projet « zéro déchet » lancé par la MEL, la Métropole européenne de Lille. « Ma clientèle n’est pas composée que de personnes “zéro déchet” mais je sens bien que les gens sont de plus en plus conscients et désireux de changer leur mode de consommation. Le piège à éviter : vouloir tout faire d’un coup, sinon on se décourage, conseille-t-elle. Il faut y aller étape par étape, en démarrant par ce qu’on a envie de faire dans sa salle de bain ou dans son alimentation, par exemple, arrêter de manger des tomates en hiver ! »

Mélanie va encore développer son entreprise, et notamment permettre à sa clientèle de commander en ligne et de venir récupérer leurs commandes sur le marché ; elle compte sur ses clients pour l’aider à s’améliorer. D’ailleurs, la boîte qu’elle a posée sur le comptoir n’attend que leurs idées. Elle sait qu’elle peut aussi compter sur Réseau vrac, l’association interprofessionnelle qu’elle a rejointe et qui travaille à structurer et promouvoir la vente en vrac. Et, qui sait, si les affaires marchent, elle pourrait un jour travailler en binôme.

Mélanie va encore développer son entreprise, et notamment permettre à sa clientèle de commander en ligne et de venir récupérer leurs commandes sur le marché.

13 h, déjà. Hop ! le temps de déplacer et de ranger quelques produits qui ne sont pas solidement ancrés dans le camion, et Mélanie quitte le marché à bord de son élégante camionnette. Demain, elle sera à Croix le matin et terminera la journée à Marcq-en-Barœul, sur le parking de Domyos, histoire que les salariés puissent rentrer chez eux avec de quoi remplir leurs placards. Mais pas leurs poubelles.




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Source : Fanny Magdelaine pour Reporterre

Photos : © Fanny Magdelaine/Reporterre

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