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Elles et ils ont choisi de devenir paysans

1er juin 2016 / Gaspard D’Allens (Reporterre)



Dans une semaine, jeudi 9 juin, aura lieu la Rencontre de Reporterre sur les néo-paysans. Voici des femmes et des hommes qui ont choisi de franchir le pas, et de devenir paysan.

On ne naît plus paysan, on le devient. À tout âge, après avoir fini ses études ou vécu une autre expérience professionnelle. Nul besoin de partir sur les plateaux secs de l’Ardèche ou dans les vallées de l’Ariège. On peut changer de vie ici et maintenant. À deux pas de chez soi. C’est tout le mérite de Devenir paysan, le livre des Champs des possibles, qui nous montre le nouveau visage de l’installation agricole en Ile-de-France.

À travers les portraits décrits, un autre avenir se dessine pour nos territoires, loin des mornes monocultures céréalières et de l’agro-industrie. Des campagnes vivantes et diversifiées. Aux portes de Paris.

Retour sur les motivations, les rêves et les difficultés de ces néo-paysans avant la prochaine rencontre de Reporterre sur le sujet : le 9 juin, au Jardin d’Alice, à Montreuil.

Une exposition photo leur sera consacrée. Venez nombreux !

Claudie Le Quéré — « Je voulais refaire une ferme familiale »

Avant j’étais éducatrice spécialisée mais j’ai toujours eu dans un coin de ma tête l’envie d’être éleveuse de chèvres. Mon arrière-grand-mère était chevrière dans l’Allier, peut-être que j’avais ça dans les gènes. »

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Claudie Le Quéré.

Plutôt que de nous agrandir, nous avons cherché à nous diversifier : nous possédons une cinquantaine de chèvres, une centaine de brebis, une douzaine de cochons, deux vaches normandes, des lapins, des poules, des ruches, un grand potager et même un verger avec des variétés anciennes ! Le tout en bio et vendu en circuit court. »

On a toujours beaucoup travaillé avec mon mari mais maintenant je prends plus de temps pour moi. Nous sommes quatre désormais sur la ferme avec notre fille et un salarié à temps plein. Depuis quatre ans, je prends un mois de vacances : on fait un métier passionnant mais il faut se l’accorder ! »

Fred d’Autréaux — « Ce n’est pas un retour à la terre sur le mode Larzac »

J’étais médiateur de rue à Trappes au début des années 2000. Issu d’une famille ouvrière, je n’étais pas destiné à l’agriculture. Le maraîchage est venu un peu par hasard. Avec l’envie d’acquérir de l’autonomie dans sa propre alimentation. »

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Fred d’Autréaux.

Quand je me suis installé, je ne voulais pas d’un modèle productiviste mais en même temps je ne souhaitais pas non plus galérer sur une toute petite surface, sans un minimum de mécanisation, gratter la terre comme certains de mes amis, installés dans le Sud et qui peinaient à s’en sortir. »

Avec mes amapiens, j’entretiens une relation particulière. Je cultive des légumes qui leur plaisent parce qu’ils sont bons, beaux. Comme il y a des médecins de famille, il y a aujourd’hui des paysans de famille. »

Sophie Duplay — « J’avais un rêve profond d’être à la campagne »

J’étais mère au foyer, On habitait à Cergy-Pontoise. Dans les résidences à côté, les jardins étaient tous identiques : pelouse tondue, balançoire en plastique… Un jour, un voisin a coupé un vieil abricotier. Il pensait que les fruits tombés, ça faisait dégueulasse. Je trouve ça fou que cela soit ça, maintenant, un jardin. Qu’on ne mange pas ce qui y pousse. »

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Sophie Duplay.

Je me suis reconverti à 43 ans avec l’envie de faire des légumes pour nourrir les gens. Ce travail est hyper varié. Tu bines, tu plantes avant la pluie, tu désherbes, toujours sur plusieurs fronts en même temps. »

Notre ferme de 11 hectares ondule entre les prairies, la forêt, les ruisseaux et les vergers. Si ça n’avait pas été aussi beau, je ne me serai pas installée. »

Rémi Gamet — « Devenir apiculteur est un acte militant »

Avant, j’ai exercé plusieurs métiers sans jamais trouver de plaisir à le faire. Dans le bâtiment comme électricien ou dans l’industrie verrière. À 45 ans, on choisit davantage ce qu’on veut faire dans la vie. »

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Rémi Gamet.

Quand on est au contact des abeilles, qu’on observe leur fragilité face aux pesticides, on ne peut pas avoir une activité qui pollue l’environnement. »

Avec mes 120 ruches, j’avoue ne pas rouler sur l’or ni compter mes heures, mais j’apprécie la liberté que me procure cette activité, je travaille dans la nature. »

Catherine Joubert — « J’ai choisi l’élevage malgré les obstacles »

J’étais à la tête d’une PME dans le secteur de l’habillement, j’avais dix filles à l’atelier, ça tournait super bien, je gagnais du fric mais je n’aimais pas mon métier. »

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Catherine Joubert.

À la chambre d’agriculture et à la maison de l’élevage, ils ont rigolé au début avec mes trente brebis. Au bout d’un moment, quand ils ont perçu que c’était sérieux, ils m’ont accompagné quand même. Mais, pendant longtemps, je n’ai pas eu le statut agricole. »

Pour un cheval, on te loue du terrain mais pour des brebis, les propriétaires avaient trop peur de ne plus pouvoir me virer. L’élevage équin dans la région renforce la pression foncière. »

Bruno Labonne — « Je suis devenu mon propre patron »

J’avais la cinquantaine, j’étais ouvrier mécanicien de formation, on me trimballait d’usines en entreprises. Je me suis reconverti en tant que tourneur et on m’a dit ensuite de me former en informatique. Mais j’ai refusé, les ordinateurs ce n’était pas mon truc. »

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Bruno Labonne.

Durant la formation, je suis parti, car ça ne me convenait pas. Les cours théoriques, c’était trop lourd pour moi. Le maraîchage s’apprend d’abord dans les champs. »

J’ai une ferme de deux hectares. Un salaire mensuel de 1.000 euros. Mais je ne dois rien à personne et puis, ça n’a tellement rien à voir avec le travail à l’usine. »

Charles Monville — « L’agriculture m’a permis d’évoluer dans ma carrière »

Dans ma profession, je n’avais pas de perspective d’évolution. J’étais cadre commercial à Nature et Découvertes. J’ai décidé de bifurquer et me suis lancé dans l’élevage avicole bio. Environ 7.000 volailles à l’année. Aujourd’hui, je livre des poulets dans les bureaux de mon ancienne entreprise ! »

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Charles Monville.

Je passe en circuit court car j’ai besoin du lien au consommateur. Les compétences commerciales étaient une des seules choses que j’allais pouvoir réemployer dans mon activité agricole et elles compenseraient mes manques en élevage. »

Assez vite, je me suis rendu compte que pour trouver des terres, il fallait que je sois dans le milieu agricole. Connaître des agriculteurs qui valident mon projet, ma personnalité et qu’ils puissent me tenir au courant des terres disponibles, m’aider à trouver des pistes. »


- Devenir paysan. Reconversion professionnelle vers l’agriculture, édité par Les Champs des possibles, 160 p., 20 €.




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Lire aussi : Jeudi 9 juin, Rencontre de Reporterre : de la ville aux champs, les néo-paysans

Source : Gaspard D’Allens pour Reporterre

Photos : © Les Champs des possibles

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