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Énergie

En Guyane, le tribunal dit non à la centrale au fioul

Les travaux de la mégacentrale du Larivot (Guyane) ont déjà commencé.

Le tribunal administratif de Cayenne, en Guyane, a annulé l’autorisation environnementale de la centrale au fioul du Larivot. Les opposants au projet, situé dans une zone de mangrove, sont soulagés.

« C’est une décision historique pour la Guyane, dans laquelle la protection de l’environnement est réaffirmée comme une priorité », assurent Guyane Nature Environnement (GNE) et France Nature Environnement (FNE). L’autorisation environnementale délivrée par le préfet de Guyane à EDF pour la centrale au fioul du Larivot a été annulée. À la suite d’une requête déposée par les deux associations environnementales, la justice a en effet conclu jeudi 28 avril à son illégalité. Motifs ? L’insuffisance de recherche d’emplacement alternatif — pourtant imposée par la règlementation en cas de destruction d’habitat — et les nuisances à des espèces protégées. Sont notamment concernés le toucan toco, emblématique de la Guyane, et le milan à long bec. La construction de la centrale dans la zone du Larivot semble donc compromise. EDF-Pei — la filiale d’EDF dans les Outre-mer et en Corse — a annoncé faire appel de la décision et demande « la suspension de l’exécution du jugement ». Le ministère de la Transition écologique a de son côté annoncé vendredi 29 avril que le gouvernement allait déposer un recours contre la décision de justice, soulignant que la nouvelle centrale fonctionnerait avec des biocarburants et non du fioul.

L’emplacement retenu pour la future centrale a tout pour décontenancer. Elle serait construite dans l’estuaire de la rivière de Cayenne, à un kilomètre d’un port de pêche, dans une zone environnementale sensible, soumise à des risques d’inondation et de submersion marine. S’ajoute à cela la nécessité de construire un oléoduc de quatorze kilomètres devant traverser trois communes de l’agglomération cayennaise, à proximité immédiate d’habitations et de zones humides, afin d’alimenter la centrale en fioul depuis le grand port maritime. Or, il se trouve qu’à proximité même de ce complexe chimicoportuaire, deux emplacements étaient prêts à accueillir l’installation électrique, classée Seveso seuil bas. Présentant des risques équivalents ou moindres en termes d’inondation et de destruction d’espèces protégées, ces zones présentent l’intérêt de ne pas nécessiter la construction d’un oléoduc, suscitant une « contrainte supplémentaire de coût et un impact environnemental élargi », notent les juges. Ces alternatives n’ont pas été suffisamment considérées par EDF, tranche la justice. Dans leur requête, les associations avaient dressé une longue liste d’insuffisances dans l’évaluation environnementale, l’étude d’impact et l’étude de danger, laissant apparaître un dossier de demande d’autorisation bâclé.

Incompatibilités avec les engagements climatiques de la France

En juillet 2021, le juge des référés, saisi en urgence par FNE et GNE, avait suspendu le chantier, où les travaux de déboisement et de terrassement avaient commencé. La justice avait alors pointé de possibles incompatibilités avec les engagements climatiques de la France. La centrale, d’une puissance de 122 mégawatts, doit fonctionner au fioul léger, émettant d’après les évaluations de FNE « plus de 455 000 tonnes de CO2 par an ». Cet argument climatique n’a pas été repris par le tribunal administratif de Cayenne dans son jugement sur le fond du 28 avril.

Les travaux avaient déjà commencé. Le coût de la centrale : 500 millions d’euros. © Hélène Ferrarini / Reporterre

Le tribunal a même considéré que la construction d’une centrale thermique était « nécessaire pour garantir la sécurité d’approvisionnement en électricité du territoire » et répondait ainsi « à une raison impérative d’intérêt public majeur ». La justice rappelle la fermeture fin 2023 de la vieille centrale au fioul de Dégrad-des-Cannes, une fois expirée la dérogation qui lui permet encore de fonctionner malgré des rejets polluants hors normes.

Par ailleurs, le jugement nuance la capacité des énergies renouvelables à sécuriser l’approvisionnement énergétique de la Guyane, zone non interconnectée à d’autres réseaux électriques. Les juges pointent toutefois le surdimensionnement de la centrale du Larivot, qui pourrait « rendre dissuasif économiquement l’appel à des moyens alternatifs de production à partir d’énergies renouvelables », alors même que la Guyane est censée atteindre l’autonomie énergétique en 2030. Pour GNE et FNE, il y a désormais urgence « à considérer toutes les alternatives existantes pour réussir la transition énergétique de la Guyane ».

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