En cachant le nombre des animaux qu’ils tuent, les chasseurs empêchent l’analyse scientifique de leur rôle

Durée de lecture : 3 minutes

1er décembre 2018 / Camille R.

Les chasseurs se proclament les « premiers écologistes de France » pour leur prétendu rôle dans la « gestion des populations d’animaux ». L’autrice de cette tribune, rappelant que l’écologie est une science, explique que les chasseurs eux-mêmes, en ne communiquant pas le décompte des animaux abattus, rendent impossible toute évaluation scientifique de leur rôle.

Camille R. est chercheur en écologie et tient à garder l’anonymat pour éviter tout propos réactionnaire.


La chasse est une passion et l’écologie une science.

Il appartient à tous d’apprécier la faune sauvage, mais la faune sauvage n’appartient à personne (Res nullius). Le prélèvement de cette ressource commune ne peut se faire sans justification de ses conséquences sur les populations animales et sur l’environnement qui les accueille. À l’heure de la transition écologique, prenons pour une fois le mot écologie à sa racine : « L’écologie est la science qui étudie les êtres vivants dans leur milieu et les interactions entre eux. » Les chasseurs ne sont pas des scientifiques.

L’écologie n’a pas vocation à tuer des animaux sans étudier les effets qui en découlent, que ce soit pour des prélèvements de gibiers ou d’espèces déclarées comme « nuisibles ». Avant de jouer aux scientifiques, les chasseurs devraient déjà communiquer leurs tableaux de chasse [1].

En effet, comprendre l’impact de la chasse sur les populations est un sujet très complexe et encore difficile à évaluer malgré des décennies d’études, notamment par l’ONCFS (Office national de la chasse et de la faune sauvage). La chasse a un effet direct sur les espèces en les tuant, mais également indirect par le dérangement qui va influencer la répartition des animaux dans l’espace ou engendrer du stress, qui peut affaiblir les individus puisqu’ils vont allouer plus de temps à être en alerte plutôt qu’à se nourrir ou à se reposer. Pour rester simple, nous parlerons ici seulement du premier point : le prélèvement direct.

Le nombre d’individus tués n’est pas communiqué 

Pour pouvoir réellement « gérer des populations », comme le disent les chasseurs pour justifier et défendre leur activité dominicale, il faut pouvoir répondre au moins à deux questions : 1) Combien y a-t-il d’individus dans la population d’une espèce ? 2) Combien d’individus sont-ils tués à la chasse ?

C’est le rapport du nombre d’individus tués par rapport à la taille de la population qui donne une première idée de l’impact de cette activité sur l’état de santé des populations. Or, la taille de la population est difficile à estimer et le nombre d’individus tués n’est souvent pas communiqué.

Les chasseurs se présentent aujourd’hui comme « les premiers écologistes de France » et justifient leur activité comme ayant un rôle clef dans le fonctionnement des écosystèmes et la gestion des populations en faveur de la biodiversité. Si les chasseurs étaient vraiment certains que leur activité n’a aucune influence négative sur les populations, alors pourquoi ne mettent-ils pas toute leur énergie pour récupérer ces données et prouver leurs dires ? Cacher ces données, c’est se tirer une balle dans le pied. Le meilleur argument serait la preuve par les chiffres, difficilement réfutable. Auraient-ils un doute ?



[1Les tableaux de chasse, c’est-à-dire le décompte des animaux abattus durant une saison de chasse, ne sont pas automatiquement récupérés ni remplis d’ailleurs, bien que ce soit une obligation pour un grand nombre d’espèces en France. Aucune sanction n’est mise en place en cas de non-retour du tableau de chasse.


Lire aussi : La chasse nuit à la biodiversité, démontre un naturaliste

Source : Courriel à Reporterre

Photo :
. chapô : Pxhere (CC0)

- Dans les tribunes, les auteurs expriment un point de vue propre, qui n’est pas nécessairement celui de la rédaction.
- Titre, chapô et intertitres sont de la rédaction.

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