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Énergie

« Entreprises et particuliers doivent faire un effort de sobriété », selon RTE

Paris la nuit.

L’indisponibilité du parc nucléaire français et la guerre en Ukraine font peser des risques « inédits » sur l’approvisionnement en électricité. Le gestionnaire du réseau (RTE) appelle à la sobriété pour éviter les coupures.

Sans sobriété, l’hiver risque d’être difficile. C’est, en substance, le message délivré par le gestionnaire du réseau de transport d’électricité (RTE) lors d’une conférence de presse, mercredi 14 septembre. Pour la première fois, le système électrique français sera placé sous « vigilance renforcée » dès l’automne. Les mois de novembre et de décembre seront aussi risqués que l’est habituellement le mois de janvier. « C’est inédit », a commenté le président du directoire de RTE, Xavier Piechaczyk, avant d’appeler à la « mobilisation collective » pour éviter les coupures d’électricité.

Plusieurs facteurs expliquent l’inquiétude du gestionnaire du réseau. D’une part, la guerre en Ukraine, qui menace l’approvisionnement en gaz des pays européens et contribue à l’envolée des prix de l’énergie. La production nucléaire française est également au plus bas depuis trente ans. Vingt-huit des cinquante-six réacteurs sont actuellement à l’arrêt, en grande partie pour des opérations de maintenance et de contrôle des problèmes de corrosion. Conséquence : la capacité de production du parc nucléaire français a reculé de 15 gigawatts (GW) cet été. À cela s’ajoute une sécheresse exceptionnelle, qui a « largement » amoindri la production hydraulique (d’environ 15 %).

Vingt-huit des cinquante-six réacteurs nucléaires sont actuellement à l’arrêt. Unsplash / Jametlene Reskp

RTE a mis au point trois scénarios afin d’évaluer la manière dont le système électrique pourrait se comporter au cours des six prochains mois. Le plus optimiste table sur une remise en service rapide des réacteurs actuellement à l’arrêt, avec une disponibilité de 40 GW début décembre (contre 61,5 GW pour un fonctionnement complet du parc nucléaire), et de 50 GW début janvier. Cette option nécessiterait une « parfaite maîtrise » de la remise en service des réacteurs confrontés au problème de corrosion, précise Xavier Piechaczyk. Elle est selon lui « accessible », mais n’a malgré tout pas été retenue dans le scénario central.

Celui-ci, plus prudent, envisage une remise en service progressive des réacteurs actuellement à l’arrêt, avec 38 GW disponibles en décembre, et 45 GW en janvier. Dans ce scénario « intermédiaire », les centrales à gaz et le système d’échange d’électricité entre pays européens continueraient de fonctionner normalement, et la mise en service des énergies renouvelables ne serait pas accélérée.

Dernier cas de figure envisagé par RTE : un « scénario dégradé ». Dans cette optique, les tensions sur le gaz deviendraient très importantes, et se traduiraient par des pénuries en France et dans les pays voisins. La production des centrales à gaz serait fortement ralentie, et les échanges d’électricité entre pays européens gravement perturbés. « Dans ce scénario, les importations d’électricité dont nous aurons besoin pourraient être limitées pendant les périodes de tension », explique Xavier Piechaczyk.

Ces trois scénarios ont été croisés avec des hypothèses météorologiques. RTE se veut rassurant : « Si l’hiver est doux, vous n’entendrez probablement pas parler de nous », assure le président de son directoire. Si les températures sont supérieures aux normales de saison, aucune « alerte rouge » – un dispositif appelant la population à réduire au plus vite sa consommation afin d’éviter des coupures d’électricité – ne devrait être émise, sauf dans le scénario dégradé.

Si les conditions hivernales sont « normales », le risque de déséquilibre sera également faible, poursuit Xavier Piechaczyk. Seulement « quelques » alertes rouges devraient être émises. En cas de pénurie gazière, elles pourraient monter jusqu’à douze.

Une large partie des risques « évitable » grâce à la sobriété

Tout pourrait se compliquer si l’hiver est très froid : « Le risque de déséquilibre deviendrait bien évidemment plus important », note Xavier Piechaczyk. Dans le scénario « dégradé », jusqu’à trente « alertes rouges » pourraient être émises. Le gestionnaire du réseau de transport d’électricité pourrait être amené à baisser plus fréquemment la tension du réseau de distribution (un procédé quasiment imperceptible par les consommateurs), voire couper ponctuellement l’électricité des douze industriels avec qui il est en partenariat. En ultime recours, des coupures organisées, temporaires et localisées pourraient avoir lieu afin d’éviter l’effondrement complet du réseau. Les établissements et lieux sensibles, comme les hôpitaux, seraient épargnés. Ce scénario n’est cependant « pas le plus probable », insiste le président du directoire de RTE : il ne se matérialiserait qu’en cas de « cumul d’aléas défavorables ».

Une large partie des risques identifiés par le gestionnaire du réseau est par ailleurs « évitable » grâce à la sobriété, « même dans le cas d’un hiver froid à très froid », selon Xavier Piechaczyk. « Il est fondamental que les collectivités, les entreprises et les particuliers fassent un effort », estime Jean-Paul Roubin, directeur exécutif clients, marchés et exploitation de RTE.

Plusieurs leviers d’action ont été identifiés : le gestionnaire du réseau recommande de baisser la température de chauffage des logements, des entreprises et des bâtiments publics, de réduire l’éclairage des bâtiments, et d’éteindre les enseignes lumineuses « non indispensables » (tels que les panneaux publicitaires). Il invite également les foyers à modérer leur recours aux ustensiles de cuisson énergivores, et à « décaler leurs usages » énergétiques aux périodes de moindre tension, comme l’après-midi, la nuit et le week-end. Le gestionnaire de réseau espère ainsi parvenir à réduire de 9 GW la demande d’électricité du pays aux moments de la journée les plus risqués, le matin et le soir. « Les coupures sont évitables si la mobilisation de tous est forte », espère Xavier Piechaczyk.

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