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ReportageNature

Face aux « carences » de l’État, des citoyens apprennent à dénoncer les pollutions

Les participants à la formation Sentinelles de la nature se sont ensuite rendus sur la plage des Blancs Sablons.

Pour pouvoir signaler efficacement les atteintes à l’environnement, des citoyens se forment à devenir des « Sentinelles de la nature ». Une formation dispensée par des associations pour faire face aux « carences » de l’État.

Le Conquet (Finistère), reportage

Ambiance studieuse salle des Renards, située à quelques centaines de mètres de la pointe éponyme dans la petite commune littorale du Conquet (2 814 habitants), dans le nord du Finistère. En ce 25 septembre — journée mondiale de la mer —, une quarantaine de personnes s’installe sur les chaises prédisposées. Sur l’écran projeté, un titre s’affiche : « Journée de formation Sentinelles de la mer ».

En partenariat avec la mairie du Conquet, Vigipol, le syndicat mixte de protection du littoral breton — auquel adhère Le Conquet —, l’antenne bretonne de l’association France Nature Environnement (FNE) propose en cette journée de formation ouverte à qui le souhaite de mieux cerner les atteintes à l’environnement sur le littoral et en mer. Et aussi de découvrir les outils disponibles et les acteurs vers qui se tourner en cas d’infraction constatée.

Plusieurs associations de défense de l’environnement ont contribué à donner cette formation. © Maud Veith / Reporterre

Chasse et pêche illégales, activités sportives et de loisirs néfastes, dérangement d’espèces protégées, destruction d’habitats d’espèces protégées, dépôt sauvage de déchets, déversement de substances polluantes, construction illégale… sont autant d’atteintes à l’environnement que n’importe quel citoyen peut constater et signaler. Mais comment ?

Parmi les outils : l’application de FNE Sentinelles de la nature. Lancée en 2015, comptant quelque 29 000 lanceurs d’alerte — « un chiffre en constante augmentation », d’après les organisateurs — dont 1 700 rien qu’à l’échelle de la Bretagne, la fédération dénombre 6 030 signalements sur l’appli en 2024, autant terrestres (arrachages de haies ou de talus par exemple), que littoraux voire maritimes.

« L’idée, c’est d’accompagner le citoyen »

« Par exemple, ici, on a eu un signalement fait par un marin-pêcheur pour un rejet de station d’épuration dans la mer, explique au public Sullyvan Henrio, chargé de mission associative et citoyenne au sein de FNE Bretagne. Ici, des boulettes de mazout nous ont été signalées, elles ont été retrouvées sur la plage à Plouarzel. »

« En tant que Sentinelles, pour agir, vous pouvez aller sur l’appli, et cliquer sur “Signaler une dégradation” », complète Benoît Bronique, coordinateur régional de FNE, t-shirt rouge floqué du logo de son employeur sur le dos.

Reste à télécharger une photo de l’atteinte environnementale en question, à donner une localisation précise — des outils tels que Géoportail peuvent parfois s’avérer utiles — et décrire le signalement. « L’idée, c’est d’accompagner le citoyen », explique Benoît Bronique au public toujours très attentif.

Devant la plage des Sablons, de gauche à droite, différents intervenants à cette journée de formation : Maëlle Thuriez, d’Eau et Rivières de Bretagne, Sullyvan Henrio de FNE, Laurine Lebrun de Vigipol et Benoît Bronique de FNE. © Maud Veith / Reporterre

FNE analyse alors l’alerte et voit si des démarches peuvent être faites auprès des autorités : prévenir le maire de la commune pour qu’il fasse valoir son pouvoir de police, envoyer un courrier à la direction départementale des territoires et de la mer ou à l’Office français de la biodiversité (OFB). « On dispose de courriers modèles sur telle atteinte, ce sont des courriers très documentés et sourcés, expliquant par exemple au maire qu’il est obligé d’intervenir », explique alors Benoît Bronique.

Jour de semaine oblige, dans la salle, beaucoup de têtes blanches ou grisonnantes, essentiellement des retraités. Beaucoup sont membres d’associations adhérentes à FNE telles que Bretagne Vivante et Eaux et Rivières de Bretagne.

« C’est une forme d’éducation civique »

Il y a aussi une poignée de citoyens simplement intéressés par l’esprit participatif de Sentinelles de la nature. C’est le cas d’Anne, retraitée, venue de Porspoder, à 25 km de là : « J’aime l’idée qui est permise avec les Sentinelles de la nature de pouvoir suivre les dossiers et pas juste de constater. C’est une forme d’éducation civique. »

Des associations extralocales aux moyens limités ont aussi répondu présentes. Parmi elles, l’Association de défense de l’environnement, du cadre de vie et du littoral du pays de Daoulas, dont Guylaine, cadre bancaire, fait partie : « C’est intéressant, on voit ce qu’on peut faire à notre échelle. Ce sont des outils clés en main qu’on peut facilement utiliser, pour une petite association comme nous, c’est un avantage. »

Même remarque de la part de Sigrid, secrétaire à l’Association des amis du littoral santécois : « On découvre de nouvelles méthodes pour alerter et signaler dans le cadre de notre mission de protection du littoral. On réalise qu’il y a une plénitude d’outils. »

Le syndicat mixte Vigipol a présenté les différentes pollutions arrivant sur les côtes françaises. © Maud Veith / Reporterre

Parmi les multiples outils et contacts, les lanceurs d’alerte peuvent directement s’adresser à Vigipol. D’où le partenariat, lancé avec FNE il y a tout juste un an, et cette journée de formation pour mettre en avant ce syndicat. « L’idée avec Vigipol est notamment de créer de la complémentarité dans le traitement des atteintes à l’environnement : on veut former un continuum terre-mer », explique Sullyvan Henrio.

Pour des pollutions maritimes, échouages, arrivages aux côtes, le citoyen peut directement se tourner vers Vigipol. Pour les pollutions littorales — mais aussi terrestres —, place à Sentinelles de la nature. « Avec ce partenariat, on peut ainsi se renvoyer des signalements sur lesquels l’un ou l’autre est expert », explique Laurine Lebrun, juriste maritime au sein de Vigipol.

Une démarche qui s’inscrit dans l’esprit de l’article 2 de la Charte de l’environnement, selon lequel « toute personne a le devoir de prendre part à la préservation et à l’amélioration de l’environnement », dit ainsi, micro en main, Benoît Bronique.

Compenser les « carences » de l’État

Cette démarche s’inscrit aussi dans un contexte de chute de la biodiversité et « de carences de l’État en matière de police environnementale », dit Sullyvan Henrio. Accusé de s’acharner sur les agriculteurs, dans le cadre de la loi Duplomb, l’Office français de la biodiversité et ses 1 700 inspecteurs (sur 3 000 agents) a ainsi vu son indépendance réduite en 2025, celle-ci étant désormais sous la tutelle directe du préfet et du procureur de la République.

« On fait aussi cette formation pour éviter que les lanceurs d’alerte se tournent systématiquement vers l’OFB, précise Sullyvan Henrio. Pour pas mal d’atteintes en mer, l’OFB n’est en réalité pas compétente. »

Après la formation, les participants sont allés sur la plage des Blancs Sablons et y ont ramassé et trié des déchets. © Maud Veith / Reporterre

« Si on tombe sur du phosphore, ce qui est arrivé sur le littoral en Normandie [en 2022], où des promeneurs se sont brûlés en pensant ramasser un joli galet, que fait-on ? » demande un participant. « Le réseau existe aussi pour avoir un œil avisé. [Quand vous trouvez quelque chose], n’y touchez pas, partez du principe que c’est dangereux et appelez la gendarmerie ou la police. Nous, on est là aussi pour renvoyer vers chaque bonne personne », explique Laurine Lebrun. Le Centre régional opérationnel de surveillance et de sauvetage peut ainsi être sollicité en cas de pollution en mer, par exemple.

Les Sentinelles de la nature ne servent pas qu’à alerter sur des atteintes à l’environnement. Les organisateurs invitent également les participants à mettre en avant des initiatives positives. Et c’est ainsi que la journée de formation se clôt : direction la plage des Blancs Sablons pour ramasser des déchets de-ci de-là, et finir la journée sur une bonne note.

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