Face aux pollutions industrielles, des communes livrées à elles-mêmes
Dans la commune de Pierre-Bénite (métropole de Lyon), une rue sépare le terrain de foot de l’usine Arkema. - © Aurèle Castellane/Reporterre
Dans la commune de Pierre-Bénite (métropole de Lyon), une rue sépare le terrain de foot de l’usine Arkema. - © Aurèle Castellane/Reporterre
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Face aux pollutions, les communes manquent de connaissances et de moyens pour agir, selon un rapport. Bien souvent, le principe pollueur-payeur ne s’applique pas.
Eau du robinet chargée en PFAS, œufs de poulaillers domestiques saturés de dioxine, sols pollués par une usine… Les communes sont en première ligne à chaque nouvelle révélation de pollution. Certaines le découvrent par voie de presse en même temps que la population. Interpellés par leurs administrés, les élus se disent seuls et démunis pour agir, faute de compétences sur des sujets qui dépassent leurs moyens d’action, selon un rapport publié en octobre 2025.
« J’ai été en particulier frappée par le manque de connaissances des communes, qui ignorent largement les expositions de leur population aux pollutions », raconte Delphine Favre, déléguée générale de l’association Amaris qui a conduit ce travail. Cette organisation dédiée aux collectivités qui accueillent des industries polluantes a interrogé pour l’étude trente de ses communes membres.
Des difficultés d’accès aux données
La nouveauté vient des citoyens qui, eux, se mobilisent de plus en plus sur ces sujets. À la suite de la révélation des pollutions aux PFAS dans la vallée de la chimie, en région lyonnaise, des manifestations « pour un avenir sans PFAS » et une campagne participative de prélèvements d’échantillons de sol ont été organisées.
Autre initiative citée dans le rapport : face aux rejets industriels liés à la production de batteries à Lille, le collectif Sud plomb a engagé des échanges avec des chercheurs étasuniens pour la réalisation de tests de bio-accessibilité du plomb.
En face, les communes disent leurs difficultés à accéder aux informations. Les bases de données publiques qui compilent les suivis des milieux et de la santé de la population leur restent souvent incompréhensibles, faute de personnels compétents. À tel point qu’Amaris demande un audit sur l’accès aux données. Si ces dernières existent. « L’absence de données ne permet pas d’évaluer les dangers et les risques, ni même de répondre aux interpellations citoyennes, posant ainsi un véritable problème sanitaire et démocratique », pointe le rapport.
Recours à des instituts écocitoyens
Sur des dossiers très techniques, certaines collectivités se plaignent aussi de ne pas être considérées par les industriels et les services de l’État en charge du contrôle des pollutions. La ville de Lille, qui a embauché des agents spécialisés, témoigne même, dans le rapport, de ses batailles pour accéder aux études environnementales.
Soit parce que les services de l’État leur compliquent la tâche en les obligeant à consulter « les dossiers papier sans possibilité de les photocopier, alors même que la plupart des études sont aujourd’hui au format numérisé », soit parce que les mesures ne sont pas faites pour tous les risques potentiels : « L’aluminium ne figurait pas dans les paramètres d’émissions à mesurer, ce qui est surprenant pour une activité de refonte de l’aluminium. »
La méconnaissance des risques encourus par la population exaspère aussi certaines collectivités. La commune de Saint-Nazaire s’impatiente de l’absence d’étude sanitaire pour expliquer la surmortalité par cancer dans sa population de moins de 65 ans.
Lire aussi : Malades de la pollution, ces citoyens créent leurs centres de recherche
Des communes se sont tournées vers l’Institut écocitoyen pour la connaissance des pollutions de Fos-sur-Mer (IECP), pour s’inspirer de son expérience. Créé en 2010 pour suivre l’état de pollution du bassin industriel fosséen et la santé des populations locales, cette association a produit, avec l’appui financier des collectivités, des suivis indépendants des pollutions.
D’autres associations similaires, qui réunissent citoyens, scientifiques et élus, ont vu le jour ces dernières années, comme dans l’Aude sur les pollutions des sols ou dans le Pays du Mont-Blanc sur la pollution atmosphérique de la vallée. Un autre institut écocitoyen dédié aux PFAS devrait bientôt voir le jour à Lyon.
Le principe du pollueur-payeur brille par son absence
Selon le rapport, la crise entourant la découverte de pollutions aux PFAS, ces polluants éternels, est un cas d’école en termes de constats et de failles qu’elle révèle : absence d’interlocuteur pour les collectivités, manque de connaissances et d’outils de suivi environnemental, réglementation insuffisante pour des polluants utilisés depuis les années 1950.
« Il n’existe pas de dispositif d’appui technique de l’État pour orienter les collectivités confrontées à la découverte de la pollution aux PFAS de leur territoire », déplore ainsi un élu de la commune d’Oullins-Pierre-Bénite de la métropole de Lyon. Et force est de constater que les communes sont absentes du plan national d’action pour les PFAS.
Les collectivités « supportent un coût indu »
La pollution des nappes aux PFAS tombe pourtant dans les compétences de ces collectivités, responsables de fournir une eau potable à leurs concitoyens. Le site de l’ARS Auvergne-Rhône-Alpes a pointé en février 2025 que six stations étaient non-conformes et que cinq stations restaient « à confirmer », exposant près de 200 000 habitants à des teneurs en PFAS supérieures aux seuils sanitaires. Là, les collectivités sont contraintes d’investir pour dépolluer les eaux contaminées « sans attendre d’hypothétiques dispositifs de prise en charge. Elles supportent ainsi un coût indu, en contradiction avec le principe pollueur-payeur. »
Le principe du pollueur-payeur brille partout par son absence, selon le rapport, qui pointe l’importance de doter les collectivités de moyens pour agir. Des conclusions qui font écho à un autre rapport du Haut-commissariat à la stratégie et au plan (HCSP), sorti également en octobre 2025, qui recommande « d’augmenter les taxes ciblées existantes sur les différentes activités polluantes, en application du principe du pollueur-payeur, de façon à mieux couvrir les coûts sociaux et environnementaux induits par les pollutions ».