Festival d’Avignon : les spectacles préférés de Reporterre
Photos : Algorithme © Nicolas Semenioukoff ; Nourrir l’Humanité c’est un métier © Luna Bils ; Pourquoi les gens qui sèment © Cédric Vasnier - Montage Reporterre
Photos : Algorithme © Nicolas Semenioukoff ; Nourrir l’Humanité c’est un métier © Luna Bils ; Pourquoi les gens qui sèment © Cédric Vasnier - Montage Reporterre
Durée de lecture : 7 minutes
Reporterre est allé au « off » du Festival d’Avignon pour vous : voici une sélection de spectacles engagés, sur des thématiques écologiques, agricoles et sociétales.
1 700 spectacles, 27 400 représentations... Pour vous aider à vous retrouver dans le fourmillement du « off » du Festival d’Avignon 2025 — qui dure jusqu’au 26 juillet — Reporterre vous propose une sélection de spectacles sur des thématiques écologiques, agricoles, sociétales. Un théâtre politique pour réfléchir, débattre ou même dénoncer.
Nourrir l’Humanité c’est un métier
Une table, deux chaises, une toile cirée, trois bottes de paille. Et plantés là, Charles et Valérie, deux acteurs belges qui ont rencontré plus d’une soixantaine de familles d’agriculteurs. Ils ont repris leurs paroles, pour les porter sur scène. Charles, fils d’agriculteur, voulait se faire porte-voix d’une profession que notre société urbaine connaît de moins en moins bien.
Nous voici donc face à des paysans lucides sur un système agricole devenu « machiavélique ». « On ne te donne quelque chose qu’à condition que tu bouffes ton voisin », dit l’un. D’autres ont du mal à se réjouir que les enfants reprennent la ferme, désespérés à nous en tirer des larmes : « J’ai peur pour eux », dit la mère.
On touche un peu à la dureté de ce métier, on plonge... puis on refait surface. On espère avec toutes celles et ceux qui décident de reprendre des petites fermes en circuit court. D’agir et « d’arrêter de faire les Che Guevara de salon », nous fait rire l’une.
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Le tout est entrecoupé d’extraits vidéo de ces rencontres et d’envolées dénonciatrices des mécanismes qui détruisent les paysans. À première vue, on parlerait de théâtre documentaire. C’est même plus que cela, car ce spectacle itinérant organise à la fin de chaque représentation un débat avec le public et invite des acteurs du monde agricole (Terre de liens le jour où nous sommes venus).
Charles et Valérie tentent avec leur art de semer des envies de passer à l’action — soutien à l’installation d’agriculteurs, coopératives de consommateurs… Une première version de ce spectacle avait été créée en 2012, il a depuis été réactualisé et son utilité est malheureusement toujours aussi vive.
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Nourrir l’Humanité c’est un métier, un spectacle d’Adoc Compagnie, à 10 h 20 tous les jours sauf le vendredi. 1 h 15, 20 euros, tarif réduit 14 euros. |
Pourquoi les gens qui sèment
C’est un fonctionnaire un peu stressé qui vous accueille. Pensez, même le préfet s’est déplacé pour cette réunion publique sur les mégabassines — pardon, « retenues de substitution ». Sauf qu’une militante, Chloé, opposée à la multiplication de ces projets qui « ne bénéficient qu’à une minorité d’agriculteurs » vient perturber le tranquille déroulé qui avait été prévu. Face au récit officiel, elle reprend la main et nous emmène revivre les derniers épisodes de sa lutte dans un enchaînement effréné de scénettes tantôt drôles, poignantes et indignantes.
Pour nous tenir en haleine, l’intime vient se mêler au politique. Car Chloé, Antigone moderne prête à désobéir pour défendre ses idées est en couple avec… Antoine, le préfet du département. Celui-là même qui a dirigé le dispositif de maintien de l’ordre lors d’une manifestation où de nombreux participants ont été blessés (la référence à celle de Sainte-Soline est claire), et plus largement chargé par sa ministre de faire « revenir l’ordre ». Comprenez faire taire les opposants.
Le public est sans cesse pris à partie, car, l’auteur le revendique, il souhaite réveiller les citoyens que nous sommes, interpeller nos consciences. Mention spéciale aux deux acteurs incarnant les personnages secondaires, qui livrent une prestation bluffante, incarnant tour à tour avec crédibilité les personnages d’une telle lutte politique : militants, ministre, élus locaux, agriculteurs...
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Pourquoi les gens qui sèment, un spectacle de la compagnie Hors du temps, à 12 h 40, tous les jours sauf le mardi. 1 h 20, 23 euros, tarif réduit 16 euros. |
T.I.N.A. There is no alternative
« Que faisons-nous là ? », se demande le public au bout de quelques minutes. Face à lui, un clown, costume blanc, collerette et nez rouge. Puis, peu à peu, on accepte de se laisser porter. Garance Legrou déconstruit, avec fausse naïveté et un soupçon d’indignation, les cadres étriqués dans lesquels elle a grandi. Un réquisitoire contre le « quart d’heure américain », les solos de saxo dans les tubes de pop musique, la coupe mulet et les pulls aux manches chauves-souris prend forme.
Leur point commun ? Être des marqueurs des années 1980, période pendant laquelle cette cinquantenaire a vécu son adolescence, et qu’elle voit avec frayeur revenir à la mode. Car cette époque, rappelle-t-elle, c’est aussi celle de Thatcher, du « There is no alternative », de l’explosion du néolibéralisme et d’une société de surconsommation produisant des nappes cirées à motifs… fascinants de mocheté.
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T.I.N.A. There is no alternative, un spectacle de Garance Legrou, à 15 h 20, tous les jours sauf le mardi. 1 h 15, 26 euros, 18 euros abonnés. |
Algorithme
Max, jeune trentenaire, se lève un matin. Une voix de femme au timbre légèrement métallique décrit ses actions. Est-elle réelle ou produite par une machine ? Et cette jeune femme, sur scène, est-elle vraiment une humaine ? Cernée de son ordinateur, sa tablette et son smartphone, elle vit en tout cas avec son temps. Un jour, dans un scénario à la façon de la série Black mirror, elle se réveille enfermée dans un cube invisible avec pour seul compagnon son enceinte connectée, Léo. Une métaphore de ce que les réseaux sociaux et leurs algorithmes peuvent produire de pire sur notre esprit, en réduisant notre horizon à peau de chagrin.
Sortir de cette bulle est possible, soutient l’autrice Émilie Généadig, qui refuse de condamner l’intelligence artificielle et croit encore à ce qu’imaginaient, à ses prémices, les fondateurs d’internet : un réseau libre de partage de connaissances traversant les frontières.
Le spectacle passe à côté des conséquences écologiques des nouvelles technologies, mais explore de façon très efficace leurs conséquences sociétales et individuelles, avec notamment pour but de s’adresser aux lycéens et collégiens. La mise en scène millimétrée nous tient en haleine et transmet une angoisse égale à celle que la domination des Gafam peut susciter en nous.
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Algorithme, un spectacle de la compagnie Les 7 fromentins, à 17 h 50, tous les jours. 1 h 10, 22 euros, 15 euros tarif réduit, 12 euros enfants. |
On n’a pas vu, mais on s’est dit que ça pourrait vous intéresser :
- Fast, ou peut-on se réapproprier nos désirs dans une société de consommation ?
Un spectacle sur la fast-fashion.
À 10 h 30 (relâche les mercredis)
- Made in France
Reporterre avait déjà vu, et fortement apprécié, leur précédent spectacle Coupures. La thématique était écologique, elle est cette fois-ci plutôt sociale.
À 12 h (relâche les vendredis)
- Françoise !
Une traversée écoféministe à la redécouverte de Françoise d’Eaubonne.
À 13 h 30 les jours impairs
- L’homme qui plantait des arbres
Le célèbre texte de Giono revisité par trois musiciens et un acteur.
À 20 heures (relâche les mercredis)
- Les goguettes — Troisième quinquennat
On ne se lasse pas d’écouter les paroles hilarantes des classiques de la chanson revisitées par ces quatre musiciens. Salvateur en ces temps trumpistes.
À 20 heures (relâche les mercredis)
- Climax
Le changement climatique et l’effondrement du vivant expliqués avec humour et musique.
À 21 heures (relâche les mardis)
- Ouverture des hostilités — contribution théâtrale à la destruction du système capitaliste
Un spectacle de résistance face à la catastrophe.
À 21 h 45 (relâche les mercredis)
- Happy apocalypse
Un spectacle poétique où « 6 comédiens et 3 musiciens font vivre des personnages fantasques et quelques animaux pour donner à l’humanité une chance de se réinventer. »
À 22 h 35 (relâche les vendredis)
- Nous étions la forêt
Le quotidien des habitants d’un bois est bouleversé lorsque les services de la mairie annoncent vouloir y implanter un parc photovoltaïque. Une fresque musicale qui part à la rencontre du vivant qui peuple nos écosystèmes.
À 14 h 45 du 15 au 17 juillet