GCO : les gendarmes ont gazé la députée LREM Mme Wonner et le député vert M. Bové

12 septembre 2018 / Hervé Kempf et Marie Astier (Reporterre)

Mercredi matin, les gendarmes ont aspergé de gaz lacrymogène la députée (LREM) Martine Wonner et le député européen José Bové. Ils s’opposaient au projet autoroutier GCO, pour lequel les recours juridiques n’ont pas été purgés. Dans un entretien avec Reporterre, Mme Wonner raconte ce qu’il s’est passé et interpelle le gouvernement.

Le gouvernement persiste et signe : après que des gendarmes ont gazé lundi soir la députée européenne (Verte), et présidente de la commission des Transports au Parlement européen, Karima Delli, ils ont aspergé de gaz lacrymogène, mercredi matin, la députée du Bas-Rhin (LREM), Martine Wonner, ainsi que le député européen (Vert), José Bové, le maire de Kolbsheim, Dany Karcher, et une dame de 89 ans dans un fauteuil roulant. Les élus venaient voir les machines de déboisement installées à Kolbsheim, pour couper la forêt et permettre le chantier autoroutier du grand contournement ouest de Strasbourg. Selon les élus, ce déboisement n’est pas légal, puisque le tribunal doit l’étudier vendredi 14 septembre.


Reporterre a recueilli, au téléphone, le témoignage de Mme Wonner

Reporterre — Que s’est-il passé ce matin à Kolbsheim ? Comment avez-vous réagi ?
Martine Wonner — Ce matin, mercredi, nous étions à Kolbsheim, moi-même, M. José Bové, M. le maire de Kolbsheim, ainsi que quelques villageois et quelques zadistes. Nous nous sommes engagés dans les rues de Kolbsheim. Nous voulions nous approcher du bas du village, où sont les engins. Les engins sont sur le territoire de la commune depuis hier soir, mais monsieur le maire n’a pas eu l’autorisation d’aller constater lui-même que les machines étaient là. Elles sont arrivées hier en fin d’après-midi, escortées par des CRS et venant de Vendenheim, où elles ont déboisé et coupé les arbres. Elles ont été cachées dans la forêt. Monsieur le maire, qui a la responsabilité sur sa commune, a voulu aller voir et constater, il n’a pas eu le droit. C’était hier soir.
Ce matin, nous nous sommes approchés par une rue du village de la zone — il y a un périmètre de sécurité. Nous avons été confrontés à un barrage de gendarmes. M. José Bové était devant, j’étais à peine derrière, portant mon écharpe tricolore, il n’y a eu absolument aucune menace ou violence de notre part, et on a été gazés.
José Bové commençait à discuter avec les gendarmes, en disant qu’on aimerait bien passer pour aller voir, les gendarmes ont dit, « ce n’est pas possible », et là ils ont commencé à gazer. Sans plus de discussion. Ils ont sorti leurs bonbonnes et nous ont aspergé. La suite est assez difficilement racontable, parce que vous ne voyez plus rien, vous toussez. Il y avait Germaine, une dame de 89 ans, qui était assise sur son fauteuil roulant, et elle a de nouveau pris des jets.
Comment est-ce possible dans un État de droit ? Je suis députée de La République en marche, je questionne mon gouvernement, je n’ai plus confiance dans mon préfet. Je l’avais rencontré samedi après midi avec Alsace nature, à la suite de la manifestation sur le climat à Strasbourg, où nous étions 5.000. J’ai demandé un moratoire de quelques jours, puisque le vendredi 14, le tribunal administratif de Strasbourg est susceptible de prendre deux référés suspensifs. Le préfet s’est engagé à faire remonter la demande au plus haut niveau. J’ai interrogé monsieur le ministre Gérard Collomb et François de Rugy, et je n’ai pas eu d’éclairage sur cette note, qui leur serait parvenue. Je ne suis plus en confiance avec mon préfet.
Gérard Collomb, que j’ai eu au téléphone, m’a dit qu’il lui avait été dit que tous les recours étaient purgés. Il aurait été mal informé.
Les gendarmes encadrent une opération pour laquelle tous les recours qui ont été déposés — il y en a huit, dont trois sous forme de référés suspension — n’ont pas été purgés.

Vous êtes représentante du peuple, ainsi que M. Bové et Mme Delli. Que pensez d’un gouvernement qui laisse violenter des représentants du peuple ?
J’ai eu tout à l’heure le cabinet de Gérard Collomb au téléphone, je leur ai dit à quel point j’étais surprise de tels agissements, parce que, pour moi, les forces de l’ordre étaient plutôt là pour protéger les élus de la Nation. J’espère avoir un retour d’information quant aux suites qui vont être données à cet incident.

  • Propos recueillis par Hervé Kempf

De son côté, la députée européenne écologiste Karima Delli, elle aussi gazée par les gendarmes lundi 10 septembre soir, va mieux physiquement mais est encore sous le choc. Elle n’a pas pu encore reprendre le rythme normal de son travail de députée. Elle avait fait un malaise après avoir reçu en plein visage et à bout portant du gaz au poivre de la part d’un gendarme. Elle était clairement identifiable en tant qu’élue, en première ligne d’une manifestation de personnes pacifiques. Elle compte porter plainte. Tout comme Mme Wonner, elle ne se rendra pas au rendez-vous avec les ministres François de Rugy et Élisabeth Borne, qui était prévu demain jeudi. « Les violences policières sur les Zad comme dans nos banlieues sont une dérive inquiétante pour notre démocratie », a-t-elle indiquée dans un message sur son compte Twitter.



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Lire aussi : La députée écologiste Karima Delli gazée par les gendarmes sur le GCO

Source : Propos recueillis par Hervé Kempf et Marie Astier pour Reporterre

Photo : Martine Wonner en 2017 (Claude Truong Ngoc, Wikipedia)

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