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ReportageLuttes

« Qui accepterait un poste sous-payé ? » : grève au Muséum national d’histoire naturelle

Les bibliothécaires du Muséum national d’histoire naturelle le 5 février 2026.

Les employés des bibliothèques du Muséum national d’histoire naturelle ont entamé une grève reconductible, chaque samedi. Comme d’autres professions de ce prestigieux établissement, ils demandent une augmentation de leurs salaires.

Paris, reportage

Leurs deux banderoles ont été bricolées avec les vestiges d’un vieux store, le temps d’une pause déj’. Une conception de bric et de broc trahissant un certain amateurisme en la matière. « Pour certains d’entre eux, il s’agit-là de leur première grève », sourit Brian Padilla, cosecrétaire de la CGT Muséum et chercheur en écologie depuis une petite décennie.

Le 7 février, les bibliothécaires — qui rassemblent plusieurs professions, telles que magasiniers ou conservateurs — du Muséum national d’histoire naturelle tiendront un piquet de grève au Jardin des plantes du 5e arrondissement de Paris. Une mobilisation reconductible chaque samedi pour exiger une augmentation immédiate et pérenne de leurs salaires.

Nicolas, magasinier depuis quelques mois. © NnoMan Cadoret / Reporterre

En comparaison à leurs homologues de l’enseignement supérieur, ces employés de l’un des plus anciens établissements scientifiques au monde perçoivent des salaires 11 à 15 % inférieurs. Un manque à gagner aux répercussions directes : « Nous avons de plus en plus de mal à convaincre de nouvelles recrues, déplore Nathalie Charrier-Arrighi, conservatrice en chef des bibliothèques. Qui accepterait un poste sous-payé ? Pas étonnant que le turn-over [dans l’équipe de 75 bibliothécaires] soit si fort. Les nouveaux arrivent, et partent au bout de six mois. »

L’un des trois plus grands fonds sur Terre

Extirpant un badge de sa poche, Sophie déverrouille l’entrée du secteur consacré à la géologie. L’une des quatorze bibliothèques spécialisées que compte le Muséum. Arrivée il y a une trentaine d’années comme secrétaire, elle s’occupe aujourd’hui de ce labyrinthe monté sur trois étages, débordant de bouquins et de cartes indéchiffrables pour un novice.

Connaître sur le bout des ongles toutes les archives que recèle ce laboratoire lui a demandé un certain nombre d’années. « Que se passera-t-il le jour de mon départ à la retraite ? Comment assurer la transmission ? », interroge-t-elle en déplaçant un escabeau en bois. Ses collègues et elle craignent que cela n’entraîne, sur le long terme, une perte des précieuses connaissances et des compétences.

«  Nous avons de plus en plus de mal à convaincre de nouvelles recrues  », dit Nathalie Charrier-Arrighi, conservatrice en chef des bibliothèques. © NnoMan Cadoret / Reporterre

Le Muséum national d’histoire naturelle a été fondé à la Révolution française, pour succéder au Jardin royal des plantes médicinales, lui-même bâti en 1626. Aujourd’hui considéré comme l’un des trois plus grands fonds sur Terre en matière de sciences naturelles et de biodiversité, il assure un rôle essentiel dans la recherche et la conservation du patrimoine. Près de deux millions de documents, d’œuvres d’art ou encore d’instruments scientifiques y sont hébergés. 2 350 personnes y travaillent.

« Le prestige ne paye pas les factures »

Depuis septembre, le poste de l’ancienne responsable de Sophie est vacant. Un manque d’effectif poussant certains à l’épuisement, assure-t-elle. « Heureusement, nous sommes toutes et tous mobilisés, se réjouit Nicolas, qui travaille au Muséum depuis quelques mois. Des magasiniers comme moi aux conservateurs en chef, des manutentionnaires aux cadres… On est unis pour réclamer des salaires dignes de ce nom. »

Et hors de question d’abandonner sur la touche les personnes aux contrats les plus précaires. Si les quelques porte-parole présents ce jour-là au local syndical sont tous fonctionnaires, ils réclament un alignement de leurs revenus entre titulaires et contractuels.

Face à cette mobilisation, le directeur général délégué aux ressources et la directrice des ressources humaines ont reçu leur délégation. Une première fois, le 5 décembre. Une seconde, le 28 janvier. « Pour quelles avancées ? Aucune, déplore Ferdinand, magasinier. On sent un véritable manque de reconnaissance de notre boulot. »

« On sent un véritable manque de reconnaissance de notre boulot »

Aux yeux de Brian Padilla, la direction a d’abord joué la carte de l’honnêteté en assurant avoir pleinement conscience des écarts de salaire dénoncés. « Seulement, à les entendre, ils n’y peuvent rien, s’agace le syndiqué. La faute est rejetée sur le ministère qui n’accorderait pas une enveloppe suffisante au Muséum. Le message de la direction, c’est : si on augmente vos revenus, on devra déshabiller d’autres de vos collègues. »

Sophie, dans la bibliothèque spécialisée en géologie. © NnoMan Cadoret / Reporterre

La voie du dialogue se révélant infructueuse, « notre ultime recours, c’est la grève », tranche Nicolas. Et sa collègue Nathalie Charrier-Arrighi d’ajouter : « À la moindre revendication, on nous rétorque que travailler dans cette institution est prestigieux. Certes, il y a ici des manuscrits et des œuvres d’art d’exception. Seulement, le prestige ne paye pas les factures. »

Contactée le 5 février, la direction n’a pour l’instant pas répondu à nos sollicitations.

Dans la lignée du Louvre, de l’OFB et de Météo-France

Au-delà des bibliothécaires, d’autres professions seraient concernées par semblables difficultés au sein du Muséum. « Démissionner est impossible pour certains, détaille Cyril Tavan, un autre agent de l’équipe. S’il existe d’autres postes en bibliothèques à Paris, ce n’est pas la même histoire pour un employé de la ménagerie ou un gestionnaire de collection en paléontologie. Pour eux, démissionner est souvent synonyme de déménagement à l’autre bout de la France. » Une caisse de grève a d’ailleurs été lancée, soutenue par de nombreux chercheurs et ingénieurs du site.

Samedi 7 février, cette mobilisation s’inscrira dans la droite lignée de l’appel des syndicats des agences publiques de la transition écologique et sociale, lancé fin novembre. Objectif affiché : « faire bloc » contre les coupes budgétaires affectant à tour de rôle l’Office français de la biodiversité, Météo-France ou bien Santé Publique France. « Sans oublier nos camarades du Louvre, dont les revendications actuelles sont très similaires aux nôtres, précise Brian Padilla. Certains ont d’ailleurs prévu de passer nous soutenir au piquet de grève. »

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