Reporterre
a besoin de vous
0 €
COLLECTÉS
100 000 €
OBJECTIF
12
JOURS
65 %

Hamon ou Mélenchon ? L’important, ce sont les législatives !

24 février 2017 / Vincent Glenn



Alors que la gauche demeure divisée dans la perspective de la présidentielle, l’auteur de cette tribune défend l’idée que l’effort doit se concentrer sur la préparation les élections législatives. Parce que celles-ci sont affaire de programme, de débat d’idées et de propositions citoyennes et non pas de rivalités de personnes et d’appareils.

Vincent Glenn est réalisateur de documentaires et du film de fiction Enfin des bonnes nouvelles.

Vincent Glenn.

Oublions un moment le duo Hamon et Mélenchon. Et tentons de mettre l’accent sur un enjeu mal visible dans les médias : quel que soit le résultat à l’élection présidentielle, c’est la majorité de l’Assemblée nationale qui donnera l’orientation et la couleur du futur gouvernement. L’impossibilité de faire une seule candidature avec Hamon et Mélenchon ne nous interdit pas de travailler sur un programme commun à l’occasion des élections législatives, au contraire.

Bien entendu, la présidentielle est là, omniprésente, et on ne peut pas faire comme si ce n’était rien. Mais, du point de vue des mouvements citoyens, il y a bien d’autres pistes pour ne pas rester sidéré face aux divisions de la gauche : par exemple, travailler à limiter l’importance de la présidentielle en faisant plus attention aux législatives. Celles-ci sont affaire de programme, de débat d’idées et de propositions citoyennes. C’est d’un premier abord plus difficile à imaginer qu’une candidature unique à la présidentielle, mais lorsqu’on y réfléchit, c’est à la fois plus réaliste et plus enthousiasmant.

Dans la mesure où il y a 577 député-e-s à élire, cela laisse d’emblée plus de chances d’expérimenter des candidatures inédites visant à rebattre les cartes et créer une VIe République. C’est en travaillant à cet horizon qu’il devient possible d’allier le meilleur des différents programmes proposés. Et il y en a de fort bonnes, des choses proposées, surtout si on y adjoint la multiplicité des démarches citoyennes en dehors des partis [1]. Voilà pourquoi, avec un certain nombre de camarades, nous préconisons de mettre résolument le cap sur les législatives [2].

La lutte des places promet d’être sévère 

Quel objectif pourrait être commun à beaucoup de gens ? Un groupe parlementaire cohérent à l’Assemblée nationale sur la base d’un programme signé par le maximum de candidats. Un principe ? Travailler à une fédération intégrant à la fois des candidatures issues des partis et d’autres issues du monde associatif ou sans étiquette.

Quels que soient nos efforts, les représentant-e-s des différentes tendances ne vont pas s’embrasser sur la bouche demain matin. Même dans la perspective des législatives, les principaux mouvements vont tirer chacun de leur côté avec des buts antagonistes (virer un maximum de députés PS pour les partisans de la France insoumise, sauver les meubles et le Parti socialiste pour ceux de Hamon). Au milieu, les rassemblements proposés par la société civile peuvent tenter de surmonter les contradictions en rejetant parfois carrément les partis (tendance « dégagiste ») ou en cherchant à fédérer un maximum de monde autour d’une série de priorités [3].

Faire émerger une tendance cohérente de tout ça peut sembler infernal… Cela suppose sans doute un peu de discipline, pas mal d’invention, et des exercices pratiques.

Voici un exemple d’exercice pour s’entrainer dans les prochaines semaines… Au lieu de perdre un temps démentiel à disqualifier Hamon ou Mélenchon selon que vous préférez l’un à l’autre, gardez à l’esprit qu’ils ont des points communs sur des sujets essentiels. Et qu’avec Jadot, ils pourraient former un trio de mousquetaires non dénué de talents.

Appel à rejoindre la manifestation du 5 mai 2013 pour une 6e République. Le projet d’une nouvelle Constitution pourrait être un socle commun pour les législatives.

Partant de ce temps gagné à ne pas déprécier les candidats en présence, essayer le régime suivant : pour 1 minute passée à parler positivement de votre candidat, essayer d’en consacrer 5 à échanger autour des programmes, propositions pratiques, projets de loi et candidats aux législatives…

Le gros du problème vient bien des partis et de leur fonctionnement. Ceux-ci ne saisissent pas encore combien la population les rejette et ils ne se saborderont pas tout seuls. Ils vont tout faire pour survivre et placer un maximum de leurs candidats. La lutte des places promet d’être sévère. Même en diminuant dès maintenant l’importance de la présidentielle — et le temps que nous lui consacrons —, on peut buter sur un autre principe de réalité : à l’occasion des législatives, il est probable que peu de candidats se désisteront au bénéfice d’un candidat unitaire. Mais là au moins, il y a plein de possibilités d’essai. Cela reviendra en bien des cas à tenter de rapprocher des candidatures de la société civile avec d’autres issues des partis.

La constitution d’une VIe république peut être l’acte symbolique reliant ces dynamiques 

Les législatives qui viennent nous invitent à accorder nos violons sur une formulation lisible de la vingtaine de bouleversements que nous souhaitons apporter à cette société qui marche sur la tête. Transformer de fond en comble notre rapport à l’énergie, l’eau, l’éducation, la banque, la monnaie, la dette, la culture, l’agriculture, la santé, la fiscalité, la diplomatie, l’Europe, la police, la justice, l’armée, aux métiers, au chômage, aux infrastructures routières et ferroviaires, au recyclage… Il s’agit de montrer qu’il existe partout des pistes pour mieux vivre, mieux partager, mieux produire, mieux protéger.

La constitution d’une VIe république peut être l’acte symbolique reliant ces dynamiques vers un nouveau pouvoir citoyen au-dessus du pouvoir financier et non sous sa tutelle. Avec quelles priorités lisibles et désirables par le plus grand nombre ? Portées par quel-le-s représentant-e-s de l’État, par quelles conceptions de l’État ? C’est de tout cela que nous pouvons délibérer quand il s’agit de choisir, orienter et coordonner la future Assemblée nationale. 

Comment ? En créant une tendance large, alter-sociale-écolo s’accordant sur des objectifs cruciaux et explicites.

Et après ? En demandant à un maximum de candidats s’ils sont prêts à s’engager dans cette orientation.

Et alors ? S’ils le font, nous le faisons savoir. Et nous les attendrons au tournant s’ils ne respectent pas leurs engagements ! La nouvelle République doit notamment prévoir le limogeage des élus qui s’écartent de leur mandat.

Un objectif de réussite ? Imaginons qu’un quart, ou même un cinquième des élu-e-s aient signé… Cela ferait déjà un bon paquet de monde pour influencer le futur gouvernement (y compris si c’est Macron, Mélenchon, Hamon, Fillon ou Le Pen…).

Si on arrive à la moitié, c’est carrément gagnant et fortement dynamique. Si c’est moins, ce sera toujours ça. Et si c’est zéro, on pourra toujours demander l’asile politique aux États-Unis.




Vous avez aimé cet article ? Soutenez Reporterre.


[1On pourrait citer l’initiative d’Alexandre Jardin, celle de laprimaire.org avec Charlotte Marchandise, le projet Stade citoyen, les 120 propositions du collectif les Jours heureux et bien d’autres engagements de la société civile qui réussissent plus ou moins à se faire entendre.

[2Conçu à partir d’échanges entre une centaine de contributeurs, un texte d’orientation sera rendu public le 1er mars : Propositions rouges, vertes et bleues pour déplomber la politique et s’engager lors des législatives 2017.

[3Voir notamment les 25 propositions basculantes récemment proposées par le collectif #lesjoursheureux.


Lire aussi : Une partie d’EELV refuse un accord avec le Parti socialiste

Source : Courriel à Reporterre

- Dans les tribunes, les auteurs expriment un point de vue propre, qui n’est pas nécessairement celui de la rédaction.
- Titre, chapô et inters sont de la rédaction.

Dessin : © Tommy/Reporterre

Photos :
. portrait : © Coopérative Direction Humaine des Ressources (DHR)
. affiche : Flickr (Oskar Kermann Cyrus/CC BY-NC-ND 2.0)

THEMATIQUE    Politique
24 juin 2017
Rémi Fraisse : le procureur veut le non lieu, mais oublie des éléments décisifs
Info
24 juin 2017
Un paysan a été tué par les gendarmes
Reportage
30 mai 2017
Quand les citoyens gèrent l’argent de leur député, la transparence avance
Alternative


Vous avez aimé cet article ? Soutenez Reporterre

Sur les mêmes thèmes       Politique





Du même auteur       Vincent Glenn