« Il n’y a pas de bon ou de mauvais manifestant »

4 mai 2016 / Entretien avec Aïnoha Pascual



Alors que le nombre de personnes interpellées lors des manifestations contre la loi travail va croissant, le parquet requiert systématiquement la détention provisoire, constate maître Aïnoha Pascual, avocat au barreau de Paris.

Maître Aïnoha Pascual est avocat au barreau de Paris. Proche du groupe de défense collective (Defcol), elle est amenée à défendre des personnes interpellées lors des manifestations contre le projet de loi travail et de Nuit debout.



Reporterre — Dans quel cadre défendez-vous des personnes interpellées lors des manifestations ?

Maître Aïnoha Pascual — Nous sommes plusieurs avocats à travailler avec le groupe de défense collective (Defcol), en plus de notre travail dans nos cabinets respectifs. Composé de juristes, d’universitaires, d’étudiants et de salariés intéressés par la question de la défense juridique, le Defcol est présent au côté des mouvements sociaux depuis plusieurs années.

Lors des manifestations, elles font appel à nous parce qu’elles savent que nous sommes sympathisants du mouvement social et que notre organisation collective correspond à leurs convictions et renforce l’efficacité de la défense. Quand elles nous désignent, nous les accompagnons de la garde à vue au procès éventuel.


Travaillez-vous avec le collectif Avocats debout, qui s’est constitué dans le cadre de Nuit debout ?

Le collectif Avocats debout, qui organise des consultations juridiques place de la République, joue un rôle essentiel et nous sommes heureux de constater l’émergence de cette initiative collective et solidaire. Nous ne faisons pas exactement la même chose, car notre rôle est la défense pénale des personnes interpellées et pas seulement le conseil juridique.


Qui sont les personnes interpellées et où en sont les procédures ?

Nous défendons aujourd’hui une quarantaine de personnes, dont les affaires sont en cours. En général, les faits reprochés sont des « violences avec arme par destination sur personne dépositaire de l’autorité publique » — souvent des jets de projectiles. Des audiences sont prévues presque tous les jours, de cette semaine à la fin du mois de juin.

Les médias emploient le terme de « casseurs ». Pour nous, la définition de casseur n’existe pas. Nous défendons la mère de famille, comme le militant syndical, comme le jeune lycéen. Il n’y a pas de bon ou de mauvais manifestant. Toutes ces personnes sont présumées innocentes. Tant qu’il n’y a pas de preuve matérielle, nous considérons qu’elles n’ont rien fait et que c’est à la police et à la justice d’apporter des preuves de leur culpabilité.

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Le palais de justice de Paris.


Comment évolue la répression policière et judiciaire ?

Le nombre d’interpellations va croissant et la répression policière et judiciaire se durcit. Les réquisitions du procureur de la République ont évolué tout au long des mois de mars et d’avril : au début, en cas de renvoi, il demandait un contrôle judiciaire ; aujourd’hui, il réclame systématiquement une détention provisoire. Alors que les profils des personnes interpellées n’ont pas changé depuis.

Nous sentons de la part du parquet de Paris la volonté d’individualiser les poursuites et de dépolitiser les actes reprochés aux manifestants. Les actes ne sont pas replacés dans le cadre global des conditions de manifestation et d’interpellation, abstraction est faite de tout ce qui se passe autour en termes de violence sociale, violence policière... Le parquet dit seulement qu’il y a eu violence et réclame de la prison, alors que ce n’est pas forcément justifié.

Lors des comparutions immédiates du samedi 30 avril, c’était manifeste. Les profils étaient différents, lycéens, doctorants, salariés, passants, personnes en état d’ivresse et d’autres non... même si la plupart ont des casiers judiciaires vierges et sont bien intégrés socialement et professionnellement. Le procureur de la République n’a pourtant pas pris en compte cette diversité dans le cadre de ses réquisitions et a, de façon brutale et monotone, demandé à ce que tout le monde soit envoyé en prison. Fort heureusement, le tribunal correctionnel n’a pas suivi ces réquisitions et tous les manifestants jugés ce samedi ont été libérés après l’audience.

- Propos recueillis par Émilie Massemin




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Lire aussi : Cet homme est-il un « casseur » ? Non, c’est un policier

Source : Émilie Massemin pour Reporterre

Photos :
. chapô : Lors de la manifestation contre la loi travail, le 28 avril, à Paris. © Marie Astier/Reporterre
. palais de justice de Paris : Wikimedia (Pline/CC-BY-SA-3.0)

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