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« Il pourrait y avoir un accident » : à Saint-Jean-de-Luz, une dauphine s’invite chez les baigneurs

Pour tenter d’éviter les contacts entre la dauphine et les estivants, la mairie a lancé une campagne de sensibilisation.

À Saint-Jean-de-Luz, une jeune dauphine fait le bonheur des baigneurs. Mais une diminution de vigilance et de distance avec les humains lui sont préjudiciables, souligne la cétologue Fabienne Delfour.

Saint-Jean-de-Luz (Pyrénées-Atlantiques), reportage

Elle est la nouvelle attraction de la baie de Saint-Jean-de-Luz, une attraction dont la mairie se serait cette fois bien passée. Elle, c’est une femelle de l’espèce grand dauphin qui a élu domicile depuis six mois entre les digues qui enserrent la commune basque. C’est une jeune dauphine, âgée d’environ 5 ans.

Comment est-elle arrivée là ? Fabienne Delfour, éthologue et cétologue, autrice du livre Dans la peau d’un dauphin (Flammarion, 2023), émet plusieurs suppositions : « Soit elle a été rejetée par le groupe, soit elle s’est elle-même isolée. » « Chez les grands dauphins, la dynamique sociale des mâles et celle des femelles est très différente, souligne-t-elle. Les mâles vont créer des dyades dès leur plus jeune âge et ensuite rester à deux tout au long de leur vie. Les femelles sont beaucoup plus plastiques au niveau social et vont aller chercher ailleurs le contact. »

Lire aussi : Golfe de Gascogne : la longévité des dauphins femelles chute, la survie de l’espèce menacée

A-t-elle voulu explorer de nouvelles relations ? Toujours est-il que depuis l’automne dernier, elle a fait de la petite baie son lieu de vie. « Si elle trouve de quoi se nourrir et qu’elle est satisfaite de ses interactions sociales, il n’y a pas de raison qu’elle reparte », complète la spécialiste.

Et c’est là que le bât blesse : faute de congénères de son espèce, la dauphine interagit avec d’autres animaux : les humains. En cette période de vacances de Pâques, la grande plage accueille des enfants qui courent sur le sable.

Parmi eux, Sophie, une Luzienne d’une dizaine d’années. Alors qu’elle se baignait, la dauphine est venue tout près d’elle : « Au début j’avais un peu peur, raconte, enthousiaste, la petite fille. Elle est venue très près du bord. À un moment elle est repartie, puis elle a tourné et a fait une accélération vers nous. » Sa mère, Jelena Milovic, a assisté à la scène depuis le bord de l’eau. « C’est merveilleux, mais c’est aussi un animal sauvage et il pourrait y avoir un accident. Et plus il va y avoir de baigneurs, plus ça va être compliqué... »

Une campagne de sensibilisation

La petite station balnéaire de Saint-Jean-de-Luz compte 15 000 habitants à l’année. En pleine période estivale, en juillet et août, elle peut accueillir jusqu’à 1 million de visiteurs par mois. La question de la cohabitation avec l’animal va alors se poser avec d’autant plus d’acuité.

Pour tenter d’éviter les contacts entre la dauphine et les estivants, la mairie a lancé une campagne de sensibilisation. Des panneaux ont été apposés sur les entrées de la grande plage et le message de prévention est martelé. Le grand dauphin est une espèce protégée qu’il est interdit d’approcher à moins de 100 mètres dans les aires protégées dont la baie de Saint-Jean-de-Luz fait partie.

L’adjointe à la mairie déléguée à la transition écologique, à l’environnement et à la biodiversité, Pascale Fossecave, a expliqué au micro de France Bleu : « Si elle vient, vous avez la chance, que beaucoup espèrent, de croiser un dauphin. Par contre, n’initiez pas de contact, ne la suivez pas, ne lui coupez pas la route. On est vraiment sur de la pédagogie pour que les gens comprennent que pour le bien-être de tous et une cohabitation sereine, il faut garder ses distances avec cet animal. »  

« La probabilité qu’elle fasse prendre des risques aux humains n’est pas négligeable »

Fabienne Delfour le rappelle : « Une diminution de vigilance et de distance avec les humains lui sont préjudiciables. » D’abord, à cause des zoonoses : le grand dauphin peut nous transmettre des maladies, tout comme nous lui en transmettons. De plus, la cétologue insiste : « La probabilité qu’elle fasse prendre des risques aux humains n’est pas négligeable. »

La femelle de la baie de Saint-Jean-de-Luz mesure 2 m et pèse dans les 200 kg. Dans l’eau, elle est robuste et puissante et pourrait provoquer un accident. Enfin et surtout, les contacts répétés avec les humains l’éloignent de sa vie sauvage et peuvent changer son comportement sur le long terme. Car le mieux pour elle serait de retrouver le large. « S’il y a des groupes qui passent à proximité, elle pourrait les rejoindre », espère Fabienne Delfour.

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