Ils ont créé un vélo solaire à fabriquer soi-même
Le vhélio, un vélo électrique à construire soi-même, peut transporter plusieurs personnes et une cargaison. - © Karoll Petit / Reporterre
Le vhélio, un vélo électrique à construire soi-même, peut transporter plusieurs personnes et une cargaison. - © Karoll Petit / Reporterre
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Un vélo solaire à fabriquer soi-même ? C’est le pari d’une association qui met à disposition, en open source, consignes et plans d’assemblage pour construire son tricycle électrique, muni de panneaux solaires.
Blois (Loir-et-Cher), reportage
Deux chaises en plastique écarlate, deux sièges pour enfant, des cagettes… le tout fixé sur un châssis équipé de trois roues de vélo, surmonté d’un panneau photovoltaïque. Cet étrange attirail qui trône sur le parking d’une auberge de Blois (Loir-et-Cher) paraît tout droit sorti de l’imagination d’un Léonard de Vinci écolo.
Tout sourire, Florence fait le tour du propriétaire de son étonnant tricycle : « Nous l’avons construit à trois et en trois jours lors d’un atelier collectif, décrit la fringante sexagénaire. Depuis, nous l’utilisons pour nous déplacer en Lozère avec nos petits-enfants, à la place de la voiture. » Rendre accessible au plus grand nombre une mobilité douce : tel est le pari de l’association Vélo solaire pour tous, qui essaime ses « vhélios » — en référence au dieu grec du soleil, Hélios — depuis 2021.
L’histoire a débuté dans le garage de Grégory Barrier, chef d’entreprise orléanais. « Je voulais emmener ma famille, les courses, et je ne trouvais pas de vélo adapté, raconte-t-il. Alors, je l’ai fabriqué. » À partir d’un cycle électrique, il bricola pendant le confinement un premier engin capable de transporter jusqu’à 200 kg, dont la batterie se rechargeait grâce à l’énergie solaire.
85 cm de large sur 2 m de long, 25 km/h, jusqu’à 4 passagers… À la fois vélo — elle peut circuler sur les pistes cyclables — et utilitaire, la bécane se prête à de multiples usages. Très vite, elle attira l’attention, et l’intérêt. « J’ai eu plein de retours de personnes qui cherchaient aussi à inventer un véhicule complémentaire au vélo et à la voiture, se rappelle-t-il. Avec des amis, on a donc décidé de diffuser au maximum ce qu’on faisait, et comment on le faisait. » Le projet vhélio était né, autour de trois valeurs : le partage, le non lucratif et le low-tech.
Une solution alternative à la voiture
« Le but était — et est toujours — de proposer quelque chose de réplicable, précise Grégory. Donc un objet facile à comprendre, facile à assembler, facile à réparer. » Un défi colossal : il s’agissait de trouver toutes les pièces détachées nécessaires et compatibles entre elles, du moteur au moyeu en passant par les freins, et de documenter précisément, façon notice Ikea, chaque étape de construction.
Quelques (nombreux) essais plus tard, un premier « vhéliotech » — le nom donné au premier vélo solaire standardisé, avec sa notice précise et détaillée — fut finalisé en 2023, avec son guide de conception en open source. Objectif : que chacun puisse fabriquer sa tricyclette électrique, pour une somme relativement accessible, environ 4 000 euros — à titre de comparaison, un vélo cargo électrique oscille entre environ 2 000 et 10 000 euros, sans recharge solaire possible.
« Nous voulons proposer une solution alternative à la voiture, pour se déplacer au quotidien dans son bassin de vie », insiste Grégory. Une initiative qui s’inscrit dans le sillage des véhicules intermédiaires. Sauf qu’à l’inverse de certains projets industriels — souvent nimbés d’un secret commercial — « eux ont poussé le travail de documentation très loin, pour permettre à toutes les personnes motivées de se lancer dans la construction », observe Gabriel Plassat, qui suit cette dynamique depuis l’Ademe, l’agence de la transition écologique.
« C’est mon véhicule de voyage, avec lequel je peux faire jusqu’à 360 km par jour »
Encore faut-il savoir — et pouvoir — manier la clé à molette. Le bricolage étant un art encore très genré, l’association peine à recruter des femmes, malgré sa volonté de devenir plus « inclusive », selon Grégory. Afin de faciliter l’appropriation, des ateliers collectifs sont organisés, où l’on peut venir monter son biclou. « Un bon moment de partage et d’apprentissage », se souvient Florence, qui savait « à peine » changer une chambre à air avant de construire son cycle.
Et cerise sur le vélocipède, un forum en ligne permet d’échanger avec des centaines de bidouilleurs fous. Une recette gagnante : « Il y a cinq ans, nous étions deux, et aujourd’hui il y aurait plus de 100 vhélios en circulation », sourit l’initiateur du projet.
À Blois, où l’association a tenu ses rencontres nationales mi-septembre, une dizaine de tricycles ont défilé sur les bords de Loire. Parmi les conducteurs, Antoine, venu d’Ariège sur son vélo couché solaire : « C’est mon véhicule de voyage, avec lequel je peux faire jusqu’à 360 km par jour, indique-t-il. J’ai un autre vhélio, plus utilitaire, pour transporter mes courses, mon eau, ou des passagers. » Grâce à ces appareils, cet ingénieur déserteur n’utilise plus aucune goutte de pétrole pour ses déplacements.
Quentin, lui, transporte ses enfants et son père nonagénaire, Dominique a fait le tour de Bretagne en famille et Patrick l’utilise pour les personnes sans permis de son entreprise d’insertion.
D’autres tracent déjà de nouveaux horizons, comme Pierre et Fanélie, boulangers dans le Cantal, qui imaginent livrer leurs 150 kg de pain hebdomadaires sur une remorque solaire, ou Nicolas, en quête d’un vhélio PMR pour circuler plus loin avec son fauteuil roulant.
Objectif industrialisation
L’association ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. Avec le soutien de l’Ademe, les bénévoles planchent désormais sur le couronnement de leur petite reine — comprendre, son industrialisation. « Aujourd’hui, il faut plus de 250 pièces détachées et une dizaine de fournisseurs différents pour un vhéliotech, détaille Quentin. On voudrait aboutir à un vhélio en kit qu’on pourrait commander en ligne directement et assembler soi-même. »
Le futur engin serait certifié selon les normes européennes et donc commercialisable. Un écart à la démarche de libre accès prônée par le collectif ? « On a mis des verrous afin d’empêcher tout brevet sur le vhélio, précise Grégory. On pourra toujours télécharger notre guide et assembler son propre véhicule. » Mais le bricoleur ne s’en cache pas : « Si une grande enseigne de sport veut s’emparer de ce vélo et le fabriquer à moitié prix, ce sera une bonne nouvelle. »
Car pour lui, l’essentiel n’est pas tant dans l’objet que dans la démarche : « Il s’agit de se réapproprier les savoirs, d’être acteur de l’objet, de fabriquer des engins évolutifs, qui répondent réellement à nos besoins de mobilité, détaille-t-il. Et ça, ça ne peut se faire que par la mise en réseau et le libre. »