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PortraitClimat

Paysan inondé huit fois, il attaque l’État avec d’autres sinistrés

Jérôme Sergent à Rumilly (Pas-de-Calais) en février 2024.

Sécheresse, inondations, grandes chaleurs : ils et elles subissent de plein fouet les conséquences du changement climatique et attaquent l’État en justice. Paysan en zone inondable, Jérôme Sergent est l’un des 14 plaignants.

Rumilly (Pas-de-Calais), reportage

Dans la cour de l’écolieu De Rives en rêves, dans le petit village de Rumilly (Pas-de-Calais), Oya, chatte duveteuse de 4 ans, se roule sur le dos sous le soleil, au milieu des poules et des coqs. Recueillie par un temps pluvieux, elle porte le nom d’une déesse de la pluie de la mythologie ouest-africaine. Amère ironie : pendant l’hiver 2023-2024, l’écolieu où elle vit a été touché par huit inondations successives dues aux crues du fleuve Aa, qui coule juste en face de la maison, et aux ruissellements agricoles occasionnés par les intempéries d’une ampleur exceptionnelle.

Ces catastrophes n’étaient pas le fruit des caprices de la déesse Oya, mais les symptômes du changement climatique. Des volatiles ont péri, les terrains sont restés sous l’eau durant deux mois et le fournil porte toujours les stigmates des inondations : des traces d’humidité restent visibles un an après, montre Jérôme Sergent, paysan-cultivateur produisant des alternatives aux produits phytosanitaires.

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Avec dix autres victimes directes des conséquences du changement climatique — sécheresse, gel tardif, bouilloires thermiques — il attaque l’État en justice mardi 8 avril, dénonçant ses « insuffisances » d’adaptation au changement climatique. Les associations Greenpeace, Oxfam et Notre Affaire à tous se sont jointes à cette action. « Vu que l’État ne se montre pas à la hauteur, on n’a pas d’autre choix. On fait ça tous ensemble, on va déposer plainte. L’État est garant de nos droits fondamentaux de citoyennes et citoyens face aux effets du changement climatique, mais il ne respecte pas ces droits. »

Avant de répondre à l’appel à témoins émis par les ONG, Jérôme s’était mobilisé depuis un an avec d’autres sinistrés des environs pour alerter contre les dangers du changement climatique sur le territoire, plaider pour une meilleure gestion de l’eau, militer pour créer des mares et des haies, lutter contre l’artificialisation des sols et alerter les décideurs. Mais il est difficile de déplacer des montagnes en étant presque seuls.

« On sait que du jour au lendemain, tout peut être balayé »

Jérôme Sergent, spécialiste des enjeux liés à l’eau, craint en effet que l’inaction prolongée de l’État en matière climatique affecte son exploitation et celle de ses voisins encore une fois. « Quand on est arrivés ici, on savait qu’il y avait un risque. Il y avait déjà eu des inondations en 2002 et on nous a dit que tout avait été fait pour nous protéger de ça, dit Jérôme Sergent. On était confiants, des champs d’inondations contrôlées ont été installés le long de l’Aa. Mais aujourd’hui, les ouvrages dimensionnés par rapport à la crue de 2002 ne suffisent pas. On parlait de crue centennale, là on parle de crue millénaire. C’est quoi le prochain superlatif ? »

Jérome indique le niveau où l’eau est montée pendant les inondations. © Mathieu Génon / Reporterre

Désormais, Jérôme Sergent attend de l’État qu’il prenne ses responsabilités en termes d’aménagement du territoire et de lutte contre les inondations. « Maintenant, on ne peut pas développer sereinement nos activités, parce qu’on sait que du jour au lendemain, tout peut être balayé. »

Le plan d’adaptation de l’État, « c’est du vent »

Pour Jérôme et les autres requérants, les moyens employés par l’État sont insuffisants et la vision politique est lacunaire : c’est pourquoi le Plan national d’adaptation au changement climatique (PNACC) est visé juridiquement. « L’État n’a pas encore établi de plan d’action à court, moyen, ou long terme, il n’y a pas d’enveloppe budgétaire, dénonce-t-il. Le plan d’adaptation au changement climatique, pour moi, c’est du vent. » La troisième mouture du PNACC a été présentée le 10 mars, mais les associations de défense de l’environnement ne la considèrent pas sérieuse face aux enjeux climatiques.

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« Le PNACC-3 souffre d’un grave manque de financements, compromettant sa mise en œuvre effective », observe Greenpeace France. Pour Jérôme Sergent et ses camarades de lutte, l’objectif est de gagner devant la justice, comme lors de L’Affaire du siècle : en 2021, un recours similaire devant le tribunal administratif de Paris avait abouti à la reconnaissance des fautes de l’État en matière d’inaction climatique.

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