Je serai envoyé en prison

25 septembre 2011 / Pierre-Emmanuel Neurohr



Prendre l’avion contribue au changement clmatique. Celui-ci devrait à terme entraîner la baisse de la production agricole, donc une multiplication des famines, que l’auteur qualifie de génocide annoncé. Il lui parait donc criminel de prendre l’avion.

Où il est question d’une action non-violente menant inéluctablement à la prison... à la fin du texte !

Pour toute personne observant le monde de manière lucide, il apparaît clairement que les indicateurs environnementaux pointent vers une destruction quasi-complète de la nature à brève échéance. Pour ne prendre qu’un exemple, le NCAR, l’un des principaux centres scientifiques de recherche sur le climat au monde, a réalisé une méta-analyse (une analyse des analyses disponibles) sur le thème de la sécheresse. Il en ressort qu’à partir de 2030, dans à peine 19 ans, tout le pourtour méditerranéen sera ravagé par des sécheresses à répétition.

Le Parti de la Résistance (PR) a été créé pour combattre la principale conséquence de cette destruction. Il ne s’agit pas de la perte de la huppe à jabot à poix, ou de celle du papillon mordoré à antennes rétractables, sujets qui semblent passionner beaucoup de gens... alors que la principale conséquence sera la mise à mort - par famine - de dizaines de millions d’êtres humains. Sujet quasiment jamais abordé, sans parler de la responsabilité des pays riches qui préparent ce génocide.

Si vous pensez comme moi que l’une des pires atrocités jamais commise fut celle consistant à mettre à mort plus de 5 millions d’êtres humains dans des chambres à gaz, ce qui se passe sous votre nez devrait vous faire réagir. La destruction du climat, qui entraînera mécaniquement la mort par famine de dizaines de millions d’enfants, de femmes et d’hommes, n’est pas le fait de petits hommes verts débarqués de Mars, ce n’est pas Dame Nature qui fait un caprice, etc. Ce sont des gens dans les pays riches qui, individuellement et collectivement, choisissent un mode de vie qui prépare méthodiquement le génocide par famine de millions d’êtres humains vivant dans d’autres pays.

De manière surprenante au début, l’argumentaire du PR passe facilement. Les personnes qui le refusent ne répondent pas sur le fond, mais tentent de faire diversion en ayant recours à l’insulte, entre autres tactiques idiotes. Et comment pourraient-ils répondre sur le fond ? Un cambodgien émet dans les 300 kg de CO2 par an, un Français environ 20 fois plus, mais ils sont tous les deux responsables de la destruction du climat ? L’ensemble des études scientifiques sur les sécheresses à venir sont un vaste complot ? Les 80 millions de Vietnamiens ne connaîtront pas la famine lorsque plus de 80 % de leur riziculture aura été détruite par la montée des océans, et ce avant la fin du siècle ?

Et 2 + 2 = 3 ?

Le seul argument auquel se raccrochent alors les personnes refusant l’argumentaire du PR, c’est celui de la responsabilité. « Ah, mais en prenant l’avion, je ne veux pas assassiner des petits nenfants ». Il est pitoyable d’avoir recours à un tel argument pour satisfaire son instinct grégaire et continuer à faire comme tout-le-monde... en France, puisque ce mode de vie est ultra-minoritaire au niveau de la planète.

En effet, tout acte s’évalue de par ses conséquences. Un homme prend une mitraillette, vise, appuie sur la détente, et troue une cible en carton. L’acte peut être jugé comme étant anodin. Un homme prend une mitraillette, vise, appuie sur la détente, et fait exploser la tête d’un enfant. Il s’agit alors d’un crime. On voit bien que l’acte lui-même est secondaire, c’est sa conséquence prévisible qui détermine s’il s’agit d’un acte anodin ou d’un crime. C’est ainsi que, moralement et même instinctivement, nous jugeons le monde autour de nous, quand on veut bien y réfléchir deux secondes.

Autre exemple, qui se rapproche de la situation actuelle. Un homme prend un crayon, réalise des calculs, et en déduit la quantité de bois de charpente nécessaire pour la construction d’un toit. L’acte peut être jugé comme étant anodin. Un homme prend un crayon, réalise des calculs, et en déduit la quantité de trains nécessaires à l’acheminement d’êtres humains à Auschwitz. Il s’agit alors de la participation active à un génocide.

Ce qui est très drôle, si l’on peut dire, dans les discussions sur le climat, c’est que les gens à qui on explique qu’il n’y a tout simplement pas de machine plus destructrice du climat que l’avion, s’appuient sur le fait que prendre l’avion est quelque chose de banal, qui ne peut être assimilé à un crime. Comme on le voit avec l’exemple bien connu du Schreibtischtäter du nazisme, c’est la simple utilisation d’un crayon - métaphoriquement parlant - qui a envoyé Eichmann à la potence. D’après Raul Hilberg, l’un des grands historiens de la Shoah, Eichmann n’a jamais assassiné un seul Juif de ses propres mains (le seul acte « directement » violent rapporté est celui lors duquel il gifla un vieillard juif à Vienne), et pourtant Eichmann est un génocidaire. Simplement parce que la conséquence prévisible de l’utilisation du crayon était l’assassinat en masse, également appelé génocide, sauf par les beaux esprits qui préfèrent ergoter, une tasse de thé à la main, le petit doigt bien levé... pendant que se prépare ledit génocide.

En 2011, la conséquence prévisible du fait de prendre une machine démesurément pollueuse du climat telle que l’avion, c’est un génocide.

Pour resituer brièvement le contexte dans lequel nous nous trouvons, un cambodgien émet environ 300 kg de CO2 par an, la plupart des scientifiques s’accordent pour dire qu’il ne faut pas dépasser 1,5 t par an pour ne pas détruire le climat, et un seul Paris-Montréal dégueule dans la fine couche d’atmosphère de la Terre 2,5 t par personne en quelques heures... Le fait que prendre l’avion soit banalisé ne dit rien sur le fait de savoir si oui ou non, lorsque vous prenez l’avion en 2011, vous participez activement à la préparation d’un génocide. Ce qui compte, c’est la conséquence prévisible de votre acte. Or cette conséquence est on ne peut plus claire. L’argument de la responsabilité individuelle utilisé par le PR est donc rationnel.

Cela fait plus d’un an que nous distribuons cette information, y compris par des tracts à l’intérieur de l’aéroport Charles-de-Gaulle. Et on se rend compte qu’il y a une manière très efficace, après tout, de répondre à l’argumentaire du PR : l’ignorer, et continuer tranquillement à détruire le climat, et donc à préparer la destruction de dizaines de millions d’êtres humains.

Le blabla ayant fait la preuve de son inefficacité, dans le cas du PR comme dans celui de l’ensemble des efforts environnementaux, il faut donc ne plus se limiter au blabla, et s’opposer physiquement à la destruction de la planète - de manière non-violente bien entendu.

Jusqu’à présent, le système idéologique qui amène à la destruction du climat n’a pas besoin de mettre en prison ses « opposants » pour des périodes longues, et en grand nombre. Cela pose question : y a-t-il vraiment des opposants qui dérangent quand un système n’a pas besoin de les mettre en prison ? La situation actuelle ressemble bien plus à une pièce de théâtre, dans laquelle les rôles sont bien déterminés, et les textes fixés à l’avance, comme il se doit. Les méchantes multinationales déclament leur texte, les braves écologistes disent le leur avec plus ou moins de talent, avec plus ou moins de conviction, et la pièce se termine sans qu’elle ait le moindre impact sur la trajectoire nihiliste des sociétés d’hyper-consommation.

Etant donné que je sais, textes scientifiques à l’appui, que la société dont je suis issu prépare un génocide, j’estime que je n’ai pas le choix : je dois m’y opposer physiquement - dans le plus strict respect du principe de non-violence. Or, dès lors que l’on cesse de jouer la pièce de théâtre habituelle, et que l’on empêche physiquement le système de détruire le climat, ce dernier ne peut que vous envoyer en prison. Le système peut accepter une ribambelle d’actions théâtrales, par contre, ni lui ni les citoyens qui le soutiennent dans les faits ne peuvent accepter un blocage physique permanent de son fonctionnement.

Parce qu’il faut qu’il soit bien clair qu’une telle action ne sera pas conçue pour reproduire le schéma écologiste habituel. Il ne s’agit pas de continuer à mentir et de dire que c’est tout la faute aux méchantes multinationales. C’est aussi stupide que de mettre un requin dans une piscine publique et ensuite de trouver que ledit requin est vraiment très méchant de manger les nageurs. Il ne fait que remplir sa fonction. Si vous prenez l’avion, vous ne pouvez pas vous plaindre qu’il y ait des multinationales qui forent pour trouver du pétrole. Elles ne font que remplir leur fonction.

Pour ma part, j’ai décidé de m’opposer physiquement à la destruction du climat de la planète, et je sais d’ores et déjà, pour m’être renseigné auprès d’un avocat, que je serai envoyé en prison. Je le ferai de toute manière, mais je souhaite savoir s’il y en a parmi vous qui veulent également se battre - non pas de manière théâtrale, mais pour de vrai. En sachant qu’au bout, il y a la prison.

Il va de soi que si vous répondez par l’affirmative, il faut soit que je vous connaisse directement, soit que vous puissiez vous faire recommander par d’autres écologistes.

Merci de faire circuler ce message afin d’augmenter les chances d’être plusieurs à se battre.

......................

Petit calcul extrêêêêmement compliqué : sachant qu’il y a en Chine 30 voitures pour 1.000 habitants, et qu’en France, il y en a 500 pour 1.000, calculer les chances de faire baisser les gaz à effet de serre si les Chinois nous « rattrapent », ne serait-ce qu’un peu, dans la démence automobile. Si vous n’êtes pas pour l’interdiction de la voiture, vous pensez sérieusement que son utilisation par 7 milliards d’êtres humains est possible sans détruire la planète. Si vous pensez cela, je suis le neveu du ministre angolais du pétrole, j’ai le numéro secret d’un de ses comptes en banque en Suisse, mais ne pouvant me déplacer, je suis prêt à vous le vendre pour une somme modique...





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Lire aussi : L’aviation n’est pas écologique et ne peut pas l’être !

Source : Courriel à Reporterre.

Infos et contact : Parti de la résistance

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