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ReportagePollutions

Jouets, biberons, couches : comment protéger les enfants des polluants du quotidien ?

Amélie, infirmière et membre de l’association WECF, anime l'atelier santé-environnement au centre de protection maternelle et infantile (PMI) de Masséna, à Paris.

Poêles, encens, produits ménagers... Pour limiter les polluants au quotidien, des rendez-vous santé-environnement sont organisés avec des parents dans les centres de protection maternelle et infantile de Paris.

Paris, reportage

« L’idée n’est pas d’éliminer tous les polluants, mais d’éviter qu’ils s’accumulent dans la maison », annonce Amélie, infirmière et membre de l’association WECF. Face à elle, une petite dizaine de futurs parents se sont réunis le temps d’une matinée pour un atelier santé-environnement au centre de protection maternelle et infantile (PMI) de Masséna, dans le 13e arrondissement de la capitale.

Ces rendez-vous gratuits sont organisés par la mairie de Paris depuis juin, pour préparer les futurs parents, ou aider ceux qui le sont déjà, à garantir un environnement domestique le moins pollué possible pour leurs bébés.

Installés au milieu de jouets en bois et d’albums illustrés, les participants posent une multitude de questions. Ils et elles sont à la recherche de solutions concrètes pour limiter l’exposition de leurs enfants ou futur bébé aux substances toxiques du quotidien, que ce soit les polluants éternels dans les revêtements imperméables, les dérivés d’hydrocarbures dans les cosmétiques ou les microplastiques des jouets.

Les participantes sont à la recherche de solutions concrètes pour limiter l’exposition de leurs enfants ou futur bébé aux substances toxiques du quotidien. © Cha Gonzalez / Reporterre

Emmy, en projet de parentalité avec sa compagne, a découvert ce dispositif grâce à une annonce sur Instagram. « C’est difficile d’y voir clair avec toutes les informations qui circulent sur les polluants », constate la jeune femme. Aujourd’hui, elle veut mettre au clair la dangerosité de toutes ces substances.

« Faire simple, laver le plus possible à l’eau et au savon »

Natacha, enceinte de quatre mois, est venue avec son partenaire Bruno pour obtenir des recommandations. « Je me méfie de tous les produits ménagers, je ne sais plus lesquels choisir », confie-t-elle au groupe. Chacun partage ses méthodes : le percarbonate pour laver les toilettes, le vinaigre blanc pour la majorité des usages… Avec des petites astuces : « Tu peux utiliser de l’écorce d’orange pour supprimer l’odeur trop persistante », précise Andréa, enceinte de cinq mois.

Que ce soit pour nettoyer les pièces ou faire la toilette du bébé, Amélie prône la simplicité : « Laver le plus possible à l’eau et au savon, éviter tous les produits avec des parfums qui peuvent être allergisants. » Dans la salle colorée, autour de boissons chaudes et de petits gâteaux, chacune partage ses doutes et ses conseils. L’animatrice le répétera plusieurs fois, « on fait ce qu’on peut, la mère parfaite n’existe pas ». Car ce sont bien les mères, les premières motivées par ces ateliers. Depuis le premier en juin, la mairie de Paris a recensé quelque 110 participants, dont 90 % de femmes.

Depuis le premier en juin, la mairie de Paris a recensé quelque 110 participants, dont 90 % de femmes. Deux hommes étaient présents le jour de l’atelier. © Cha Gonzalez / Reporterre

« Les papas ne sont pas encore nombreux, relève Anne-Claire Boux, élue écologiste de la ville, en charge des questions de santé publique, mais on y travaille pour que ce ne soit pas une charge qui retombe encore sur les femmes. » À la PMI de Masséna, deux futurs pères sont présents.

Lorsqu’Amélie distribue une série d’images qui représentent les objets du quotidien, ce sont les participantes qui animent la discussion. Lingettes lavantes, crème hydratante, encens comportent-ils des risques ? Les photos suscitent une foule de questions : « Est-ce qu’on peut allumer une bougie à côté de l’enfant ? » s’interroge Laurence. « Il vaut mieux éviter. En présence d’un objet qui dégage de la fumée, il faut toujours aérer », répond l’infirmière.

La combustion d’encens libère des composés volatils cancérogènes. Quant aux lingettes pour laver les fesses des bébés, certaines marques contiennent un conservateur déconseillé par l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé.

Les PFAS suscitent toujours autant de questions

Aérer son logement au moins vingt minutes par jour est une des premières recommandations. Sandrine attend son troisième bébé. « Quand on aère, il faut toujours mettre l’enfant dans une autre pièce », précise-t-elle, pour éviter qu’il grimpe à la fenêtre dès que l’adulte a le dos tourné.

Le sujet des PFAS, ces molécules ultrapersistantes dans le corps et l’environnement, arrive vite sur la table. Elles sont présentes dans les aliments et l’eau, mais pas seulement. « Avec mon mari, on a changé toute notre batterie de poêles », raconte Sandrine. Ils ont préféré celles en inox plutôt qu’au téflon, qui, abîmé, risque de faire passer ses composants dans la nourriture. « On n’est pas obligé de tout jeter et racheter », nuance Amélie, l’important est de rester vigilant à l’effet « d’accumulation » des sources de pollution.

Les poêles au téflon, une fois abîmées, risquent de contaminer la nourriture avec leurs composants. © Cha Gonzalez / Reporterre

« Les PFAS, comme d’autres polluants de votre quotidien, sont des perturbateurs endocriniens, explique-t-elle, cela signifie qu’ils modifient le système hormonal. » Les femmes enceintes sont les plus vulnérables, certaines de ces substances pouvant traverser la barrière du placenta. Ces molécules peuvent aussi perturber le développement physique des jeunes enfants et fœtus. D’après l’Autorité européenne de la sécurité alimentaire (Efsa), le TFA par exemple, le plus petit des PFAS, nuirait au développement du fœtus.

Pour ces raisons, la mairie de Paris a axé une partie de sa lutte contre la pollution autour des 1 000 premiers jours de l’enfant. En s’inspirant des politiques de Strasbourg, elle a débuté un plan d’adaptation des crèches et maternelles, visant à généraliser les biberons en verre, assurer 95 % de nourriture bio dans les crèches ou encore à mener un diagnostic de la présence du plomb dans les établissements. « On pourra prendre toutes les mesures possibles, si les polluants comme les PFAS ne sont pas interdits à la source, les coûts pour protéger les citoyens vont devenir pharamineux », remarque Anne-Claire Boux.

En attendant que la loi contre la pollution aux PFAS entre en application, à la PMI de Masséna, les participants listent les bons réflexes pour limiter l’exposition aux perturbateurs endocriniens. Parmi eux : préférer le verre au plastique pour réchauffer la nourriture, éviter d’utiliser les films plastiques sur des aliments gras…

Des labels et pictogrammes auxquels se fier

Le biberon est au cœur de toutes les interrogations. « Il vaut mieux favoriser une tétine en silicone qu’en caoutchouc », conseille Amélie qui sort d’une valise, différents modèles. « Pour l’eau du biberon, les recommandations changent : avant on nous disait de favoriser celle en bouteille », note Sandrine. Pourtant, « elle peut contenir des microplastiques », soulève Amélie, rappelant qu’« en France, l’eau du robinet est très contrôlée ».

Et pour les couches ? « Ceux qui n’ont pas le courage de recourir aux lavables peuvent se fier à l’écolabel européen », propose l’animatrice. Autre label utile : Ecocert pour les produits ménagers et lessives. Les applications Yuka ou INCI Beauty peuvent également offrir de bons points de repère en cas de doute sur la toxicité des ingrédients.

« Vous pouvez aussi vérifier les pictogrammes sur les emballages », indique l’animatrice. L’occasion de faire un point sur le premier à éviter : celui signalant des produits cancérogènes, mutagènes et reprotoxiques (CMR) qu’on trouve dans certains traitements anti-poux ou produits ménagers. Sur les anciennes étiquettes, il prend la forme d’une tête de mort ou d’une croix, et sur les nouvelles, d’une silhouette humaine avec une tache blanche au niveau des poumons.

L’animatrice fait le point sur les pictogrammes à éviter sur les emballages. © Cha Gonzalez / Reporterre

À la fin de l’atelier, les participantes repartent avec un kit offert par la mairie. À l’intérieur : un hochet en bois, une timbale en inox, des paillettes de savon de Marseille ou encore une lingette lavable en microfibres. « Aujourd’hui, j’ai l’impression que ce sont des personnes déjà soucieuses de ces questions qui sont venues », note tout de même Bruno, qui se juge déjà bien informé.

À Masséna, une question demeure : « Comment faire pour déculpabiliser ou dédramatiser ? » demande Emmy. Amélie conseille de toujours se rappeler que « le plus important est de profiter du bébé et d’éviter de se mettre la pression ». En cas de questionnements, « ne pas rester seule, compter sur ses proches ou sur les PMI ».

Si Emmy a encore envie d’approfondir le sujet chez elle, Andréa, elle, constate que « l’atelier permet aussi de se rendre compte qu’on fait déjà des choses bien ».

Pour éviter que seuls les individus se sentent responsables, François Veillerette, porte-parole de l’association Générations futures qui lutte contre les pollutions chimiques, rappelle qu’« il faut avancer sur deux jambes : informer d’un côté, et faire changer la législation et les modes de production polluants de l’autre, un processus bien plus lent ».


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