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Incendies

L’Amazonie subit une saison record de feux de forêt

Un incendie dans une zone rurale de Corumbá, la porte d'entrée du Pantanal brésilien, une grande zone humide, le 26 juin 2024.

La sécheresse et la chaleur exceptionnelles de 2023 expliquent l’ampleur des incendies de forêt au Brésil, en particulier en Amazonie. Face à la multiplication des foyers, le gouvernement suspecte des actions criminelles.

Le nombre de feux en Amazonie atteint de nouveaux records. Le seul mois d’août a enregistré 38 226 hot spots, ces zones identifiables depuis les photos satellites qui montrent des taches rouges de forte chaleur révélatrices d’un incendie. Un nombre jamais atteint depuis 2010, selon l’agence Reuters. Deux autres biomes brésiliens sont également touchés par de nombreux feux de forêt : la grande zone humide du Pantanal et le Cerrado plus au sud, proche de São Paulo, selon le recensement des feux par l’Institut national de recherches spatiales du Brésil.

En cause, un nouveau record de sécheresse et de chaleur en 2023. Ce phénomène est lié à un épisode El Niño amplifié par le changement climatique, selon une publication parue dans Nature en avril dernier. La saison des pluies, qui arrive normalement à la fin de l’hiver austral en septembre, n’est intervenue cette année que fin décembre 2023.

« L’écosystème forestier est fragilisé par des périodes de sécheresse plus longues et plus intenses, explique l’un des auteurs, Jhan Carlo Espinoza, climatologue à l’Institut de recherche pour le développement (IRD) et basé au Pérou. 2005 avait atteint un record de sècheresse centenaire, qui s’est répété en 2010 puis en 2015… En 2023, nous avons observé l’effet sur la végétation, avec une perte de verdure et un stress hydrique important. Et on peut s’attendre à ce que la situation s’aggrave, puisqu’en général le pic de la saison des feux est en septembre. »

Incendies criminels

Mais pas de feux de forêt sans la main de l’homme. En effet, les départs de feu sont très majoritairement d’origine humaine, que les raisons soient accidentelles, pour déforester des zones à exploiter, ou criminelles. Cette troisième raison pourrait expliquer une partie de l’ampleur de la catastrophe actuelle, en particulier dans le sud-est. La ministre brésilienne de l’Environnement a en effet évoqué fin août des actions criminelles tout en déclarant son pays « en guerre » contre le feu, alors que Brasília et São Paulo suffoquent et que des écoles ont fermé à cause des fumées, rapportait le Guardian le 26 août.

Étendues brûlées à Corumbá, au Brésil, le 3 juillet 2024. © Gustavo Basso / NurPhoto / NurPhoto via AFP

« Plusieurs observateurs brésiliens suggèrent en effet que des partisans de Jair Bolsonaro, l’ex-président brésilien, pourraient être en cause dans de nombreux départs de feu, pour décrédibiliser la politique de protection de la forêt relancée par le gouvernement Lula », commente Plinio Sist, directeur de l’unité forêts et sociétés au Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad).

L’actuel président poursuit en effet sa politique zéro déforestation. Ses deux premiers mandats de 2003 à 2010 avaient permis de réduire de 80 % la déforestation de l’Amazonie brésilienne.

Savanisation de l’Amazonie

En modifiant localement le climat, la déforestation contribue aussi à la sècheresse et donc aux incendies. « Avec des collègues argentin, colombien et américain, nous avons montré [dans une étude de mai 2023] que dans les zones de forte déforestation dans le sud de l’Amazonie, la période des pluies est plus courte », explique Jhan Carlo Espinoza, spécialiste de l’Amazonie. En effet, l’écosystème forestier tropical contribue à l’humidité du climat amazonien. Plus la forêt disparaît, plus le climat s’assèche localement.

Le changement climatique n’a pas fini de malmener l’Amazonie, alors que l’année 2023 pourrait être une année normale en 2050. « Comment la forêt va-t-elle réagir à ces nouvelles conditions ? La communauté scientifique est très inquiète sur l’avenir de l’Amazonie, craignant une bascule de la forêt tropicale vers une savane arborée, s’alarme le climatologue. La savanisation de l’Amazonie était une hypothèse dans les années 1970, elle est déjà observable dans le sud. »

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