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Forêts tropicales

L’Europe largement responsable de la destruction des forêts tropicales

Malgré les initiatives en faveur de la « zéro déforestation », la consommation européenne de soja et d’huile de palme continue de détruire des milieux tropicaux, selon une étude du WWF publiée mercredi 14 avril.

Le compte n’y est toujours pas. Si l’Union européenne se félicite d’importer du soja ou de l’huile de palme « zéro déforestation », elle contribue toujours à la destruction des forêts et des milieux tropicaux. C’est ce que révèle une étude du WWF publiée le 14 avril.

Les importations des 27 États membres représentent ainsi 16 % de la déforestation liée au commerce international, ce qui fait de l’Europe le deuxième destructeur mondial derrière la Chine (24 %) mais devant l’Inde (9 %) et les États-Unis (7 %).

Au total, entre 2005 et 2017, les importations de l’Union européenne ont provoqué la déforestation de 3,5 millions d’hectares, soit un peu plus que la superficie de la région Pays de la Loire. En cause donc, les importations de soja et de viande de bœuf d’Amérique latine et d’huile de palme d’Indonésie. Les données utilisées reposent sur une précédente étude publiée par le WWF en janvier dernier, ainsi que sur le travail de Trase-Earth, une initiative financée notamment par la Commission européenne qui documente et cartographie l’empreinte écologique du commerce international agricole.

L’étude du WWF ne nie pas le relatif succès des systèmes de certification « zéro déforestation », puisqu’elle montre une baisse d’environ 40 % de la déforestation causée par l’Europe par rapport à la période précédente de 1990-2009. Mais ce travail révèle que la certification de certaines zones, comme l’Amazonie, déplace le problème. Ainsi, l’Union européenne ne contribue plus à la déforestation amazonienne, mais elle est largement responsable de celle du Cerrado. Une région voisine qui, à elle seule, concentre 70 % de la déforestation due à l’Europe en Amérique latine.

Aller au-delà des engagements volontaires des entreprises

« Un effet domino qu’on retrouve aussi en Indonésie, où la certification a empêché la déforestation liée à l’huile de palme, mais où d’autres fronts de déforestation se sont ouverts ailleurs. En effet, l’appel d’air créé par la demande européenne pour les biocarburants a poussé les agriculteurs à convertir leurs terres cultivées en plantation de palmiers à huile. Et à déforester d’autres terres pour y faire pousser le maïs », dit à Reporterre Alain Karsenty, du Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad).

Face à ces limites de la certification, le WWF pousse plusieurs propositions auprès de Bruxelles. Initiative qui tombe à point nommé puisque la Commission européenne s’apprête à présenter une proposition de législation pour lutter contre la déforestation. Une des demandes de l’ONG est de prendre en compte la destruction de tous les écosystèmes naturels et pas seulement des forêts. « Le Cerrado est de la savane arborée, donc il n’apparait pas dans les statistiques officielles de déforestation tropicale », explique Alain Karsenty. Pour l’instant, Bruxelles n’a pas adopté de définition de la forêt. Mais le chercheur s’accorde avec le WWF pour dire qu’une définition trop restrictive risquerait de passer à côté de la destruction de beaucoup de milieux. L’ONG écologiste plaide ainsi pour adopter le standard HCS (High Carbon Stock), qui intègre la diversité des milieux à l’échelle du globe et associe des critères de biodiversité.

Le rapport du WWF souligne également la nécessité d’aller au-delà des engagements volontaires des entreprises et demande « une législation contraignante et ambitieuse », qui impose aux entreprises européennes de ne pas importer des produits impliqués dans la déforestation. Mais Alain Karsenty imagine mal « l’Europe risquer de s’exposer à des représailles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) » en posant des règles à l’importation de matières premières agricoles.

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