L’agriculture bio sort de la marginalité

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23 septembre 2015 / Pascale Solana (Reporterre)

La porosité entre agriculture biologique et agriculture conventionnelle est de plus en plus forte, comme le prouve le salon Tech&Bio qui s’ouvre aujourd’hui 23 septembre dans la Drôme. Il vise tous les agriculteurs et présente la bio comme « viable techniquement et économiquement ». Dans un contexte porteur : le nombre d’exploitations en bio a progressé de 8 % cette année.

En France, les salons bio sont pléthore, et les salons agricoles ne manquent pas. Le public des premiers est généralement composé de consommateurs qui viennent à la rencontre d’agriculteurs bio. On y parle produit, alimentation, santé, écologie comme à Marjolaine, à Paris (du 7 au 15 novembre prochains), Vivez Nature (en octobre à Paris et novembre à Lyon) Ile et bio près de Rennes (10-11octobre) pour n’en citer que quelques-uns. Dans les salons agricoles, les agriculteurs viennent s’informer sur leur filière et ses techniques, en région.

Tech&Bio qui se déroule les 23 et 24 septembre à l’initiative de l’APCA (Assemblée permanente des chambres d’agriculture), est un salon unique en son genre : il est agricole et entièrement consacré à la diffusion de techniques bio et alternatives. Il cherche à toucher tous les agriculteurs, les conventionnels comme les bios, et bien au-delà de la région où il a lieu, à Bourg-les-Valence dans la Drôme.

L’événement, qualifié par ses organisateurs de « véritable vitrine des techniques agricoles innovantes », se déroule tous les deux ans depuis 2007. Cette cinquième édition, à laquelle une quinzaine de pays européens participent, rassemble 260 exposants, propose 120 conférences et ateliers, une centaine de démonstrations en plein champ, soit quinze hectares de l’exploitation du lycée agricole du Valentin. Toutes les techniques végétales et animales sont représentées.

Quinze agriculteurs bio sélectionnés sont à l’honneur et témoignent de leur expérience (on peut d’ores et déjà les suivre sur le site du salon) : « L’esprit n’est pas celui d’une compétition, explique Jacques Pior en charge de la bio à l’APCA. Nous voulons montrer qu’en bio, il y a des agriculteurs qui ont des résultats économiques, technologiques, écologiques, époustouflants, et favoriser les échanges. » « Ce ne sont pas les bios qui parlent aux bios, mais des agriculteurs qui parlent à d’autres », insiste Anne-Claire Vial, présidente de la Chambre d’agriculture de la Drôme, prévoyant que sur les 14 000 visiteurs attendus, il y aura autant de bios que de non-bios.

Échanges entre Bio et conventionnel

La porosité entre agriculture bio et agriculture conventionnelle est de plus en plus forte. « Sur le terrain, on est de moins en moins dans l’opposition des systèmes », observe Anne Haegelin du Pôle conversion de la FNAB, la fédération nationale de l’agriculture biologique. La communication est plus nette grâce aux entrées techniques ou économiques que permet ce salon. « Les discussions autour de la lutte contre l’érosion des sols ou de la fertilité, rassemblent. On est dans le dur du métier d’agriculteur avec des sujets fédérateurs. Quand on parle machine, on parle machine ! » poursuit-elle.

« Dans les CUMA [coopératives d’utilisation de matériel], on voit des agriculteurs non-bios utiliser les outils des bios », observe de son côté Jacques Pior. La question du désherbage mécanique qui permet de se passer de produits phytosanitaires interpelle et les bineuses à GPS qui nettoient autour du plant avec précision font envie. Des contraintes bios nait une ingéniosité plus ou moins sophistiquée, de la « modernité » qui séduit.

Dans le Nord, des agriculteurs expérimentent un drôle d’engin équipé de panneaux solaires et qui ressemble à une plate-forme sur laquelle sont allongés deux hommes désherbant à la main les rangs de pommes de terre. Ailleurs ce seront les drones qui font rêver parce qu’ils permettent d’anticiper, la prévention étant capitale en bio, ou encore le matériel pour chevaux de trait ultra léger, digne de sportifs de haut niveau. 

Les conversions au bio s’accélèrent

Et la philosophie dans tout cela, elle qui prévalait chez les pionniers de l’agriculture biologique ? On ne l’oublie pas, mais ce n’est pas l’angle du salon, annonce Jacques Pior : « Si elle n’est pas viable techniquement et économiquement, on ne pourra pas défendre l’agriculture Bio. » Un système bio consiste à optimiser au maximum à tous niveaux, c’est cela la performance à démontrer à Tech&bio. Elle contribuera à accentuer le mouvement des conversions particulièrement dynamique depuis le début de l’année : « Pour donner une image, c’est comme si seize agriculteurs étaient passés en bio chaque jour les six premiers mois », s’exclame Elisabeth Mercier, directrice de l’Agence bio. Au 30 juin, on dénombre 28 621 exploitations bio, soit 6 % des fermes françaises et une progression de 8 % par rapport au 31 décembre 2014 (les derniers chiffres qui viennent de paraître sur le site de l’Agence bio).

Le processus qui mène à la conversion d’une ferme en bio est une combinaison de facteurs liés à la conjecture économique, politique, au degré d’organisation de la filière au plan local ou national, à son animation, ou aux circuits de distribution. Il faut ensuite coupler ces éléments extérieurs à l’échelle de la ferme, au parcours de l’agriculteur, à sa pratique du métier dans laquelle peut résider aussi des freins. La gestion des mauvaises herbes ou celle des parasites abordée en bio avec des réflexes tout à fait différents, inquiète souvent.

Et à la différence du consommateur qui peut mixer ses achats bio ou non bio au gré de ses possibilités, quand un agriculteur passe au bio, c’est pour toute son exploitation un engagement à 100 % au quotidien, rappelle Jacques Pior. D’où la nécessité de multiplier les entrées, d’offrir des modèles, d’accompagner.

Le conseil, il n’y a pas que les agriculteurs qui en ont besoin : la loi Labbé adoptée en janvier 2014 interdit aux collectivités territoriales comme à l’Etat et aux établissements publics, l’usage des produits phytopharmaceutiques pour entretenir les espaces verts au 1er janvier 2020. Si les grandes villes sont pour beaucoup avancées dans la démarche, les petites et moyennes se retrouvent plus souvent démunies face aux changements de pratiques.

Elus et agents pourront aussi trouver des pistes à Tech&Bio qui leur dédie la journée du 24. Des synergies villes-agriculteurs pourraient même se mettre en place afin d’accélérer l’évolution vers le zéro-phyto comme l’espèrent les organisateurs.


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Lire aussi : L’agriculture bio est devenue un secteur économique à part entière

Source : Pascale Solana pour Reporterre

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