L’agriculture urbaine se développe à Paris

Durée de lecture : 4 minutes

9 novembre 2016 / Barnabé Binctin (Reporterre)

La ville de Paris a décidé de soutenir la végétalisation de 100 hectares de toits et de façades, dont un tiers consacré à la production de fruits et de légumes. Plus de 30 projets ont été retenus pour la première édition des Parisculteurs, choisis pour montrer que « l’agriculture urbaine, c’est rentable ».

Des fraises et des tomates juste en face des arènes de Lutèce (5e arrondissement), de l’horticulture à côté du cimetière de Belleville (20e), du houblon et de la bière sur le toit de l’Opéra Bastille (12e)… l’agriculture urbaine gagne du terrain à Paris : seize arrondissements sur vingt accueillent un ou plusieurs projets du « Parisculteur », appel à projets dont la Mairie a annoncé les lauréats jeudi 3 novembre.

Lancé au printemps 2016, cet appel à projets est la première étape de l’« Objectif 100 hectares » officialisé par une charte le 11 janvier dernier : d’ici à 2020, la capitale veut atteindre le chiffre de 100 ha de toits, murs et façades végétalisés, dont un tiers au moins devrait produire des fruits et légumes. « Le temps est venu pour les métropoles de relever de manière locale les défis de la souveraineté alimentaire et du changement climatique », a dit en conférence de presse Pénélope Komites, l’adjointe chargée des Espaces verts et de la Nature à la ville de Paris.

Pour cette première édition des Parisculteurs, les 33 projets retenus représentent une surface totale de 5,5 ha. « Ce premier jury est un démonstrateur, une vitrine pour montrer que l’agriculture urbaine à Paris est possible et rentable », a poursuivi l’élue, saluant « l’imagination et l’inventivité » des 144 projets envoyés par près de 70 prestataires.

Budget minimaliste mis à disposition des lauréats

L’arbitrage fut parfois difficile, à l’image des 5.300 m2 de toiture de l’Opéra Bastille, projet le plus emblématique du concours : le Journal du dimanche, qui a pu assister aux délibérations, raconte qu’il a fallu étudier pour la même surface un projet de vignoble visant à faire un vin baptisé « Clos de la Bastille », puis un projet de roseraie destiné à produire du sirop et de la tapenade de rose. C’est finalement le candidat Topager qui a emporté la mise avec son projet de ferme maraîchère assortie d’une houblonnière murale d’environ 200 plants ; la microbrasserie qui est prévue devrait en tirer plusieurs centaines d’hectolitres de bières par an. Le document de travail de ce projet intitulé « La Brize de la Bastille » prévoit une production de 5.580 kilos par an de plantes aromatiques, petits fruits, jeunes pousses et légumes, ainsi que 500 kilos de houblon.

Un engouement que certains acteurs du secteur ont pris soin de relativiser : « On a l’impression que la mairie de Paris vient d’inventer l’agriculture urbaine… observe Antoine Lagneau, qui vient de publier une note sur le sujet pour la Fondation de l’écologie politique. Il y a toute une histoire et l’expérience du mouvement associatif depuis plusieurs années déjà. »

Le projet de potager « Touche le ciel » sur le toit du conservatoire Georges Bizet, dans le 20e arrondissement.

On peut d’ailleurs s’étonner de l’absence parmi les lauréats de Vergers urbains, association phare dans ce domaine, qui avait pourtant postulé sur trois sites différents. « Mais on n’était pas en phase sur le modèle économique », dit sobrement Sébastien Goelzer, l’un des responsables. Comprendre : avec un budget minimaliste mis à disposition des lauréats, les projets retenus l’ont souvent d’abord été pour leur potentiel marchand.

« On peut regretter que Parisculteur ait privilégié à ce point l’univers start-up et nouvelles technologies au détriment des autres fonctions, plus sociales, de l’agriculture urbaine », analyse un observateur. Un constat largement assumé du côté des commanditaires : « L’agriculture urbaine est aujourd’hui mûre : issue d’une démarche collective à but non-lucratif, elle est aujourd’hui rentable et créatrice d’emplois » répond Guillaume Morel-Chevillet, de l’Astredhor, l’Institut technique de l’horticulture, qui assurait l’assistance à la maîtrise d’ouvrage auprès de la ville de Paris pour cette première édition des Parisculteurs.

Une deuxième est d’ores et déjà programmée pour l’année prochaine. D’ici là, certains des projets auront probablement connu leur première récolte. L’élue en charge du dossier en est convaincue : « C’est une petite révolution culturelle et culturale à Paris. »


Puisque vous êtes ici…

… nous avons une faveur à vous demander. La crise écologique ne bénéficie pas d’une couverture médiatique à la hauteur de son ampleur, de sa gravité, et de son urgence. Reporterre s’est donné pour mission d’informer et d’alerter sur cet enjeu qui conditionne, selon nous, tous les autres enjeux au XXIe siècle. Pour cela, le journal produit chaque jour, grâce à une équipe de journalistes professionnels, des articles, des reportages et des enquêtes en lien avec la crise environnementale et sociale. Contrairement à de nombreux médias, Reporterre est totalement indépendant : géré par une association à but non lucratif, le journal n’a ni propriétaire ni actionnaire. Personne ne nous dicte ce que nous devons publier, et nous sommes insensibles aux pressions. Reporterre ne diffuse aucune publicité ; ainsi, nous n’avons pas à plaire à des annonceurs et nous n’incitons pas nos lecteurs à la surconsommation. Cela nous permet d’être totalement libres de nos choix éditoriaux. Tous les articles du journal sont en libre accès, car nous considérons que l’information doit être accessible à tous, sans condition de ressources. Tout cela, nous le faisons car nous pensons qu’une information fiable et transparente sur la crise environnementale et sociale est une partie de la solution.

Vous comprenez donc sans doute pourquoi nous sollicitons votre soutien. Il n’y a jamais eu autant de monde à lire Reporterre, et de plus en plus de lecteurs soutiennent le journal, mais nos revenus ne sont toutefois pas assurés. Si toutes les personnes qui lisent et apprécient nos articles contribuent financièrement, la vie du journal sera pérennisée. Même pour 1 €, vous pouvez soutenir Reporterre — et cela ne prend qu’une minute. Merci.

Soutenir Reporterre

Lire aussi : Le boom de l’agriculture urbaine

Source : Barnabé Binctin pour Reporterre

Photos :
. chapô : la façade végétalisée du musée du quai Branly - Jacques Chirac. Flickr (Lauren Manning/CC BY 2.0)
. projet : Parisculteurs
.

DOSSIER    Habitat Agriculture urbaine

THEMATIQUE    Agriculture
16 octobre 2019
L’accès à l’eau, enjeu de la guerre turque en Syrie
Tribune
16 octobre 2019
La carte des luttes contre les grands projets inutiles
Enquête
15 octobre 2019
Dans l’Indre, il pleut mais la sécheresse demeure
Reportage


Dans les mêmes dossiers       Habitat Agriculture urbaine



Sur les mêmes thèmes       Agriculture





Du même auteur       Barnabé Binctin (Reporterre)