L’avenir du bâtiment ? La réutilisation des déchets

Durée de lecture : 4 minutes

4 décembre 2014 / Lorène Lavocat (Reporterre)

Ils n’étaient pas trois mais quatre petits cochons. Et le quatrième a construit sa maison avec… des déchets. Une jolie maison, solide et écologique ! Petit tour INTERACTIF du propriétaire de l’exposition Matière Grise, qui met à l’honneur la récupération des matériaux.


« Nos villes sont nos futures mines. » Nicola Delon lâche cette prédiction comme une évidence. Pour cet architecte, pas de doute : nos déchets sont des trésors. En particulier les résidus du bâtiment : béton, verre, plastique, moquette, bois…

En matière d’ordures, le secteur de la construction fait figure de champion : d’après la Fédération française du bâtiment, « 254 millions de tonnes de déchets sont produits annuellement au gré des chantiers de construction, déconstruction ou de réhabilitation des ouvrages. »

Souvent taxé d’inertie, le secteur bouge lentement. Il se met au recyclage, et promeut les matériaux biosourcés, donc renouvelables, comme le bois ou la laine de mouton. Nicola Delon est quant à lui un fervent défenseur du réemploi. Il est d’ailleurs l’un des commissaires de l’exposition Matière grise, au Pavillon de l’Arsenal, à Paris.

« Consommer plus de matière grise pour consommer moins de matières premières », tel est le mot d’ordre de l’exposition. Visite guidée en sons et en images…

Le réemploi, c’est quoi ?

« Le recyclage prend une matière, et la transforme fortement pour en faire autre chose, explique Nicola Delon. Le réemploi, c’est différent et c’est beaucoup plus doux : on trouve un nouvel usage à une matière qui existe déjà. » Dans la lignée de la « récup‘ » ou de la réutilisation, le réemploi est une manière de valoriser un matériau ou un produit… pour éviter qu’il ne finisse dans la poubelle.

- Définition du réemploi :

Pourquoi c’est important ?

Pour construire une maison, des quantités de matériaux sont nécessaires. Or ces ressources ne sont pas infinies. Même le sable pourrait bientôt venir à manquer. Car il faut deux-cents tonnes de cette précieuse poussière pour construire une maison. À ce rythme, nos plages pourraient disparaître d’ici la fin de ce siècle.

Epuisement des matières premières d’un côté… et trop plein de déchets de l’autre ! En Île-de-France, les détritus produits par le bâtiment représentent près des trois-quarts de nos bennes à ordures. D’où l’idée, simple et évidente : au lieu d’aller puiser dans les ressources de la planète, faisons les poubelles !

- Parcourez l’image ci-dessous et cliquez sur les icônes pour plus d’informations !

Comment on fait ?

« Le réemploi, c’est pas un truc d’idéalistes ou de militants », insiste Nicola Delon. Preuves à l’appui : il présente dans l’exposition soixante-quinze projets architecturaux qui mettent à l’honneur la récupération des matériaux. De la Chine au Canada en passant par l’Iran, les constructeurs du monde entier s’y mettent. Des bâtiments esthétiques et fonctionnels, musées ou édifices publics, loin des tables fabriquées en palettes récupérées à la fin du marché.

- Parcourez l’image ci-dessous et découvrez des exemples concrets !

Malgré son potentiel, le réemploi reste pourtant très marginal. En cause, une réglementation trop restrictive. « On ne peut utiliser que des matériaux certifiés, labellisés, précise Nicola Delon. C’est très compliqué de réutiliser des déchets issus d’autres bâtiments. » Sur une table du pavillon de l’Arsenal, une pile de papier illustre cet obstacle : « Si on empilait toutes les normes applicables à la construction, ça ferait une tour de plus de soixante-dix mètres ! »

- Cinémas à Auch, construits par l’agence de Nicola Delon, Encore heureux. -

Autre frein : l’accès à ces matériaux de seconde main. « Il faudrait des Leroy Merlin de l’occasion, pour que tout le monde ait le réflexe de réutiliser plutôt que racheter. » L’architecte insiste aussi sur la relocalisation des approvisionnements. « Pour développer le réemploi, il faut revenir à une échelle artisanale. Le secteur de la construction s’est sans doute trop industrialisé. »

- Nicola Delon à propos de l’artisanal dans le secteur de la construction :

L’exposition Matière grise se tient jusqu’au 5 janvier au Pavillon de l’Arsenal à Paris. Des visites nocturnes, des ateliers de récup’ et des conférences sont régulièrement organisés. Les visiteurs se pressent dans les allées, les questions des enfants résonnent sous les arches. « Il y a beaucoup de monde, je pense que les gens sont maintenant très sensibles à la question de la réduction des déchets », conclut Nicola Delon.


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Source et sons : Lorène Lavocat pour Reporterre

Photos :
. Dessin et expo : Pavillon de l’Arsenal (crédit Antoine Espinasseau)
. Cinéma : Encore heureux

Ecouter aussi : Pourquoi faut-il former les professionnels du bâtiment à l’éco-construction ?


Cet article a été rédigé par une journaliste professionnelle et a entrainé des frais. Merci de soutenir Reporterre :



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